La fédération Régions & Peuples Solidaires qui regroupent régionalistes autonomistes ou nationalistes des régions Alsace, Bretagne, Catalogne, Corse, Pays Basque, Occitanie, Savoie, ainsi que les Berbères de France, tiendra son université d’été et son congrès dans quelques semaines, en Corse, au Village des Isles à Tagliu Isulaccia du 25 au 27 août. R&PS fêtera à cette occasion ses 30 ans d’existence. Arritti fait le point avec François Alfonsi, président de la Fédération.
Régions & Peuples Solidaires a 30 ans. Et fêtera son anniversaire en Corse cette année. Quelle est l’histoire de R&PS avec la Corse ?
Cette histoire commence avec l’UPC, dont j’étais le secrétaire national, et Max Simeoni qui était alors député européen (1989-1994). En 1988, Antoine Waechter a été le candidat à l’élection présidentielle qui a permis de remettre le mouvement des Verts en selle après de longues années de disette électorale. L’UPC l’avait appuyé, notamment en apportant une vingtaine de parrainages d’élus qui ont été décisifs puisqu’au final il n’aurait pu être candidat sans ce soutien car il avait rassemblé 504 parrainages alors que 500 sont nécessaires. L’année suivante, l’élan du score présidentiel écologiste de 1988 (presque 4 %) a boosté la campagne des européennes et la liste verte a dépassé 10 % et obtenu 9 élus, dont Max Simeoni qui était troisième sur la liste.
Au cours de son mandat, Max Simeoni a réussi à créer une dynamique des partis qui en Bretagne, Alsace, Catalogne, Pays Basque, Occitanie et Savoie portent des revendications proches des nôtres. Cette dynamique s’est concrétisée en fin de mandat par sa candidature à la tête d’une liste appelée Régions et Peuples Solidaires. Le sigle était né, et le ciment de cette campagne faite et assumée ensemble, y compris financièrement, a amené tous ces partis à se structurer définitivement en créant une Fédération à l’échelle de la France. Un an plus tard, après avoir débattu statuts, règlement intérieur, charte fondatrice, lors de réunions tenues en Savoie, en Provence, à Paris, la création officielle a eu lieu à Rennes à l’automne 1995.
L’Occitan Gustave Alirol a été élu président, j’étais alors trésorier, et le breton Christian Guyonvarc’h secrétaire. Et Max Simeoni notre porte-parole.
Grâce à R&PS, nous avons gardé une relation suivie avec les écologistes, relation qui s’est poursuivie après la création du PNC en 2002, puis Femu a Corsica en 2008. Ces relations ont permis une nouvelle ouverture en 2009 quand j’ai été une première fois élu au Parlement Européen, vingt ans après Max Simeoni, puis en 2019 lors de mon second mandat européen.
Cinq universités d’été de R&PS ont été organisées en Corse, deux fois à Corti, puis en Casinca en 2014, à Aiacciu en 2019 et à Tagliu Isolaccia cette année, où nous fêterons le trentième anniversaire de ce parcours.
Quelles sont les grandes lignes du programme de votre université d’été cette année ?
Elle se tiendra sur deux journées, les lundi 25 et mardi 26 août. Le lundi 25 août a un programme « R&PS » avec quatre débats. Le premier débat porte sur l’évolution institutionnelle engagée en Corse, de façon à informer les participants venus des différentes régions R&PS à un moment névralgique, à la veille des débats parlementaires sur la réforme constitutionnelle et l’autonomie de la Corse. Suivra un débat sur les transports qui est une problématique capitale pour tous nos territoires qui subissent les priorités de l’État central alors que chaque région a besoin de politiques décidées sur place.
L’après-midi sera consacrée à la défense du foncier agricole et à sa mise en valeur, avec la participation de Jean Baptiste Arena, le nouveau président de la Chambre d’agriculture de la Corse. Enfin nous terminerons avec l’évocation des trente ans de R&PS avec la participation de deux universitaires de talent, Tudi Kernelegen, professeur à l’Université de Rennes, et Andrìa Fazi, de l’Université de Corse.
La matinée du mardi est organisée avec l’Alliance Libre Européenne. Son thème est « Quelle stratégie européenne pour la Méditerranée ? » Plusieurs députés européens participeront comme Younous Omarjee, vice-président du Parlement européen, Vicent Marzà, député de Valence membre de l’ALE et Nora Mebarek, députée socialiste avec qui j’avais fait adopter au Parlement européen un rapport pour une stratégie macro-régionale en Méditerranée.
La Commissaire européenne à la Méditerranée, la croate Dubrovka Suiça, a été invitée par l’ALE. Elle doit encore confirmer sa venue. Elle sera sinon représentée par le directeur général de son administration.
Le débat général sera illustré par des exemples concrets où la coopération structurelle de l’Europe dans l’espace méditerranéen est urgente, comme l’adaptation des pratiques agricoles au réchauffement climatique, ou la mise en place de politique pour maîtriser la pression touristique, notamment un statut de résident, en cours de création aux Baléares par une loi autonome, et qui nous sera présenté par le mouvement Mes per Minorca.
Plusieurs parlementaires seront présents, notamment le breton Paul Molac.
Quels sont les enjeux du congrès qui se tiendra à la fin de l’université d’été ?
La fédération R&PS se trouve comme toutes les formations politiques confrontée à un contexte politique très incertain. Sa structure a été suffisamment forte pour surmonter la dissolution surprise de 2024 et garder intacte son accès aux financements publics qui bénéfice à tous ses partis-membres, et aussi à plusieurs structures apparentées, notamment celles qui sont regroupées au sein du groupe LIOT. Aujourd’hui 27 députés et sénateurs lui sont rattachés, bien au-delà des députés et sénateurs R&PS proprement dits.
Y aura-t-il une nouvelle dissolution ? Il faut s’y préparer. Par ailleurs, des thèmes R&PS sont au cœur de la politique actuelle, comme l’autonomie de la Corse, ou l’avenir de la Nouvelle Calédonie. Mais d’autres débats sont là, sur l’avenir de l’Alsace qui veut sortir du Grand-Est, celui de la Bretagne qui veut aller elle aussi vers l’autonomie, le Pays Basque, la Catalogne et la Savoie qui veulent être érigées en régions à statut particulier, et l’Occitanie avec la question culturelle et linguistique. Nous devons bien analyser la situation politique et se préparer à toutes les éventualités. Et mobiliser nos électeurs pour faire face à la montée de l’extrême droite qui est la force politique la plus jacobine et la plus virulente contre nos revendications. On le voit bien à propos de la Corse où leurs députés s’opposent frontalement à la réforme constitutionnelle voulue par le peuple corse.
Dans une France instable, au gouvernement contesté, au budget décrié, avec une côte de popularité du président de la république au plus bas, les régions ne sont pas la priorité. La Corse peut-elle l’être encore ?
La Corse est dans le débat politique national. Le projet de révision constitutionnelle est en cours. Sa concomitance avec le débat sur la Kanaky est je pense positive pour le succès de la réforme constitutionnelle attendue. Notre mobilisation à travers R&PS a pour but de renforcer le poids politique de ces questions pour qu’elles restent des priorités. Chacun est invité à y contribuer en se rendant à Tagliu Isulaccia les 25 et 26 août prochain. •
Pour s’inscrire à l’université d’été :
http://www.federation-rps.org/universite-d-ete-2025/inscription
Entrée des débats gratuite y compris pour les visiteurs extérieurs
Programme des conférences
Lundi 25 août
• 9h-10h30 | Débat sur l’évolution statutaire de la Corse : état des lieux et perspectives avant le débat parlementaire annoncé pour la rentrée de septembre 2025.
Avec Marie Antoinette Maupertuis, présidente de l’Assemblée de Corse, Romain Colonna, président du Groupe Femu à la Collectivité de Corse, Un élu du groupe PNC-Avanzemu à la Collectivité de Corse, Paul Molac, député R&PS (groupe LIOT).
• 11h-12h30 | Débat sur les transports ferroviaires : priorité aux territoires
Avec Jacques Chibaudel, directeur des Chemins de Fer de la Corse et Didier Cade, président du Collectif Stop-LGV Sud Sainte Baume.
• 14h30-16h | Garantir le foncier agricole contre la spéculation
Avec Jean-Baptiste Arena, président de la Chambre d’Agriculture de la Corse et Emilie Claudet, membre de Terres de lien
• 16h30-18h | 30 ans de R&PS itinéraire d’un parcours politique suivi d’une évocation de la mémoire de Max Simeoni et Gustave Alirol
Avec Tudi Kernalegenn, Docteur en Sciences politiques, auteur de l’article Régions et Peuples Solidaires, un parti pour les périphéries, Andrìa Fazi, maître de conférence à l’Université de Corse, Un représentant de l’IFOP.
Mardi 26 août – Débat avec l’ALE
• 9h-10h30 : Quelle stratégie européenne pour la Méditerranée ?
Avec Younous Omarjee, vice-président du Parlement Européen (groupe de la Gauche au parlement européen GUE / NGL), ancien président de la Commission REGI, Nora Mebarek, députée européenne (groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen) et membre de la Commission REGI, et Vicent Marzàn, député européen (groupe Verts / Alliance Libre Européenne), membre de la Commission REGI.
Invitée exceptionnelle : Dubravka Suiça, Commissaire européenne à la Méditerranée (attente de confirmation)
• 11h-12h30 : Exemples de thématiques appelant des politiques coordonnées dans tout l’espace méditerranéen
1er exemple : « Le tourisme et ses pressions sur l’espace méditerranéen ». Avec Intervenant de Mes per Minorca présentant le projet de loi autonome au Parlement des Îles Baléares, , Sauveur Giannoni, professeur à l’Université de Corse et R&PS.
2e exemple : « L’adaptation des agricultures méditerranéennes au réchauffement climatique ». Avec Nathalie Uscidda, directrice du centre de Recherche Viticole de Corse, Intervenants de R&PS et de l’ALE.
• Après-midi et soirée : Visites réservées aux inscrits au séjour, suivi d’un apéritif offert au Parc Galea et du traditionnel Dîner de gala de la Fédération, avec concert/découverte de l’histoire de la Corse présenté par le groupe Balagna.
Mercredi 27 août – Congrès statutaire (toute la journée).
Le Village des Isles
Créé il y a plus de 50 ans, le Village des Isles à Tagliu Isulaccia est le plus grand centre de tourisme social de Corse. Repris par le groupe Touristra en 2008 avec le soutien d’autres associés dont Femu Quì SA pour sauver les emplois et la structure.
Sous convention avec Pro-BTP, le village est alors rénové en partie avec du soutien public.
Touristra et Pro-BTP se retirant, il a été racheté début 2024 par le groupe immobilier Imestia qui investit aussi dans le tourisme. Il se revendique de l’économie sociale et solidaire dans ses choix d’activités et dans ses options mécénat et passe par une filiale du groupe corse Ollandini pour la commercialisation des nuitées.
Construite en 1968, la structure est rénovée régulièrement. Toutes les chambres sont climatisées. Le centre dispose d’une piscine et d’une plage à proximité.
Il est possible de prolonger son séjour après l’Université d’été, en réservant ses dates directement auprès de la structure : [email protected]








