Des événements forts marquent régulièrement l’actualité. Visites ministérielles, drames humains, procès médiatiques, font la une un beau matin. Puis le quotidien s’installe, et les dossiers correspondants passent à l’arrière-plan. Pourtant ils avancent et c’est leur inscription dans la durée qui sera déterminante pour l’avenir.
Autonomie de la Corse : le processus continue
C’est la principale leçon des informations qui ont été rendues publiques au lendemain de la réunion du 29 avril 2025 du Comité Stratégique installé en 2022 par Gérald Darmanin, et présidé désormais par François Rebsamen. Trois années sont passées et les plumes des chroniqueurs se sont usées, certains ayant même prophétisé la mort du processus de Beauvau. Il a pourtant résisté à leurs prophéties, et les annonces de cette réunion du 29 avril sont fortes qui engagent concrètement le processus de ratification après le premier cycle de négociations qui s’était terminé par les accords de Beauvau signés il y a 13 mois.
Le dossier corse a été transmis au Conseil d’État dont l’avis (probablement négatif, mais seulement consultatif) est nécessaire avant le débat à l’Assemblée nationale. Le gouvernement a annoncé qu’il passerait outre et qu’il soutiendrait, ministre, Premier ministre et président de la République, la révision constitutionnelle actée entre l’État et la Collectivité de Corse.
La phase décisive est engagée désormais et l’avenir de la Corse dépendra en grande partie de son aboutissement dans les délais annoncés, avant la fin de l’année 2025.
Scola Corsa : l’immersion s’enracine et progresse
À la rentrée 2021, 25 enfants de maternelle faisaient leurs premiers pas dans les deux écoles de Bastia-Toga et Biguglia ouvertes par la toute nouvelle équipe Scola Corsa. L’innovation de l’immersion totale y a été expérimentée et validée. Les enfants entrés en petite classe de maternelle en 2021/2022, sont entrés en cours préparatoire à la rentrée 2024, c’est-à-dire qu’ils ont appris la lecture en langue corse. Leur aisance et leur spontanéité à l’oral fait merveille, et le saut pédagogique de l’écriture est réussi. Deux autres sites sont ouverts à Sàrrula è Carcopinu et à Corti. Cette année 2024-2025 a vu la scolarisation de presque 150 enfants, et on en attend 220 à la rentrée prochaine, en espérant l’ouverture d’un nouveau site à Lucciana.
Ces cinq premières années sont cruciales qui doivent conduire à la première contractualisation avec l’État. Quand elles seront « sous contrat », comme l’est l’enseignement privé en général, qu’il soit confessionnel ou laïc, Scola Corsa deviendra un acteur reconnu de l’enseignement en Corse, de jure et non seulement de facto, et il aura des contraintes économiques allégées. Après la Collectivité de Corse qui lui a apporté un soutien conséquent et unanime, elle deviendra une « dépense obligatoire » pour l’État qui prendra en charge les salaires de plusieurs enseignants.
Une vingtaine d’enseignantes et d’assistantes maternelles, certaines formées par l’AFPA de Corti, et plusieurs personnels administratifs forment désormais les effectifs de la structure. Les demandes d’inscription affluent, portées par le bouche à oreille.
Parallèlement à ce développement, le rectorat multiplie les annonces sur l’ouverture de « sites d’immersion » dans le public. Certes ce n’est pas le même modèle pédagogique et « l’immersion totale » mise en place par Scola Corsa apporte des résultats bien supérieurs. Mais un mouvement est lancé dont l’empressement rectoral est le signe, tout comme le regain d’intérêt manifesté par les autorités académiques et universitaires.
Lutte contre la mafia : l’impunité recule
C’est en tous les cas l’impression donnée par le compte-rendu du procès pour le financement de la bande mafieuse du Petit Bar. Les règlements de comptes n’ont malheureusement pas baissé de rythme, mais l’inertie des pouvoirs publics semble enfin remise en question. Il faudra des années pour venir à bout de ce cancer de la société corse, sans doute au moins une génération. Mais les appels de la société corse contre le fléau mafieux qui menace de l’étouffer semblent avoir fini par réveiller policiers et magistrats.
Autonomie de la Corse, enseignement immersif pour sauver la langue, lutte contre la mafia : tout cela ne sera décisif qu’à la condition de s’inscrire réellement dans la durée, et d’aller de l’avant, au-delà des effets médiatiques. •








