La direction d’Air Corsica a annoncé un plan social pour la compagnie qui doit améliorer son bilan de 30 millions d’euros par an selon les déclarations faites en conférence de presse le 29 avril dernier. Rapportée à son chiffre d’affaires annuel 2023, 245 millions d’euros, dont 175 millions d’euros directement issus de l’activité commerciale et 73 millions provenant de la dotation de continuité territoriale cette réduction des coûts est sévère, mais incontournable. Suffira-t-elle à garantir l’avenir économique de la compagnie ?
L’année 2024 a été un tournant pour Air Corsica. Depuis le premier janvier pour le bord à bord Marseille et Nice, et depuis le mois de mars pour Paris Orly, elle a été attributaire de la nouvelle délégation de service public 2024-2027, à savoir 56,4 M€/an sur le bord à bord Corse-Marseille et Corse-Nice, et 32,8 M€ sur les lignes entre la Corse et Paris, montant partagé avec Air France.
Ces sommes devaient impérativement être compatibles avec les moyens financiers de la Collectivité de Corse, à savoir une dotation de continuité territoriale gelée par l’État à 187 millions d’euros depuis 2009. Ce qui, 15 ans plus tard, correspond à une perte de pouvoir d’achat de 53 millions d’euros du fait de l’inflation.
La Collectivité de Corse a obtenu une nouvelle rallonge de 50 millions pour 2025, ce qui a permis de maintenir le dispositif à flot. Mais cette rallonge est provisoire, à négocier chaque année, avec les aléas désormais bien connus de l’état des finances de l’État.
Une bonne partie de la dotation de continuité territoriale est consacrée au maritime, 106,6 millions d’euros chaque année, pour une durée de concession signée deux fois plus longue que pour l’aérien, huit années, allant de 2023 à 2030.
Ramenée à 187 millions de la dotation de base, ce contrat maritime préalable laissait 80,4 M€ pour l’aérien, à la date d’attribution de la concession aérienne en novembre 2023. Aussi, seuls les destinations bord à bord ont pu être signées dans un premier temps, pour 56,4 M€. Ce n’est qu’une fois la rallonge de l’Etat acquise que la somme destinée aux lignes de Paris, 65,6 M€, a pu être attribuée au groupement Air Corsica/Air France, répartie en parts égales entre les deux compagnies.
C’est donc sur la base de ce montant total de 228,6 M€ millions d’euros par an que la CdC s’est engagée pour les prochaines années de délégation de service public, 2025, 2026, 2027, dans l’aérien et dans le maritime. Pour 2025, la rallonge nécessaire a été acquise, mais pour les deux années à suivre, tout est encore incertain. Et 2028 sera, on le sait déjà, encore plus contraint, surtout pour l’aérien menacé d’une réduction du périmètre de la continuité territoriale sur les lignes de Paris.
Par ailleurs, les négociations ont été rendues difficiles pour Air Corsica par le fait de la concurrence exercée par la compagnie Volotea, sur les lignes de Bastia et d’Aiacciu vers Paris, ainsi que vers Marseille. Lors de la remise des premières offres il y avait un écart considérable entre les offres des deux compagnies sur les différents lots mis en concurrence.
La négociation a permis de réduire cet écart, renchérissant l’offre de Volotea de certaines obligations non chiffrées initialement par la compagnie low cost, mais surtout en réduisant l’offre de départ d’Air Corsica avec un rabais consenti de 13,05 M€/an sur les lignes bord à bord, et, par le groupement Air Corsica/Air France, de 20,85 M€/an sur les lignes de Paris, partagées entre les deux compagnies, soit au total au moins 23,5 M€ de rabais global pour Air Corsica par rapport à sa demande de départ. Ce qui oblige Air Corsica à une réduction significative de ses coûts internes
C’est aussi la perspective de l’après 2027 qui contraint les prévisions d’Air Corsica. Selon les chiffres, le tarif résident est utilisé par 50 % des voyageurs sur les lignes du bord à bord, ce qui justifie la dotation publique consentie pour soutenir ces lignes. Par contre, sur les lignes de Paris, la part de résidents chute à 17,5 %, 30 % en hiver, et seulement 13 % en été. Or la DSP réserve à Air Corsica, au nom des intérêts des résidents corses, l’intégralité des liaisons entre la Corse et Orly, ce qui est très largement contesté vu la faible proportion d’entre eux. Pour la compagnie, le scénario le plus probable est que le périmètre subventionné par la prochaine DSP soit limité aux mois d’hiver, et elle doit en anticiper les conséquences.
En 2023, Air Corsica a enregistré un déficit net de 0,658 millions d’euros, une situation préoccupante après deux années bénéficiaires (6,7 millions d’euros en 2021 et 1,3 millions d’euros en 2022). Le déficit réel, masqué partiellement par des résultats financiers et exceptionnels positifs (respectivement 9,6 millions d’euros et 16,8 millions d’euros), s’élève en exploitation pure à 27,1 millions d’euros.
Aussi, la direction estime que l’équilibre des comptes de la compagnie passe par un ajustement important de sa masse salariale.
La compagnie, qui comptait fin 2023 un total de 780 salariés (726 titulaires et 55 non titulaires), vise désormais un objectif de 700 emplois à horizon 2028, tout en améliorant ses recettes commerciales de 175 à 215 millions d’euros annuels. Le gel des salaires instauré fin 2024 fait partie intégrante de ce plan de retour à l’équilibre.
Le plan social nommé « Tocc’à noi », accepté par le syndicat majoritaire STC, prévoit un départ volontaire étalé sur deux ans de 70 salariés, encadré par des ruptures conventionnelles assorties d’indemnités avantageuses pour limiter l’impact social.
Durant les trois années qui viennent, Air Corsica joue son avenir. •








