Nous ne sommes qu’au début de l’été et déjà des températures anormalement caniculaires en mai et juin annoncent des conséquences aggravées du réchauffement climatique sur notre environnement, et sur notre qualité de vie. Une spirale non maîtrisée s’installe, entre les émissions de gaz à effet de serre que le monde laisse s’accroître inconsidérément, et des conséquences inévitables dont on ne sait se prémunir et qui apparaissent de plus en plus comme des fatalités funestes. En 2026, il semble que l’on est en train de franchir un seuil. Cela entraînera-t-il une salutaire prise de conscience ? La Corse est concernée au premier chef.
Il n’est pas un domaine où les conséquences prévisibles du réchauffement climatique n’alimentent des inquiétudes et des angoisses nouvelles. Du domaine de la santé publique à celui des productions agricoles, en passant par le tourisme, l’éducation ou les transports, tout est impacté, et tout semble hors de contrôle.
Cela vient bien sûr de la dimension mondiale du problème. C’est à l’échelle de la planète que les bonnes décisions peuvent être prises, et la modeste réalité insulaire ne peut répondre qu’à sa modeste mesure aux défis posés à l’Humanité. Le réchauffement climatique ne sera contenu à un niveau tolérable que par une volonté politique mondiale qui fait défaut depuis ces dernières années, avec des grandes puissances qui préfèrent tourner le dos aux réalités comme Trump aux USA, mais il n’est pas le seul, loin de là.
Comme on ne peut pas à la fois payer le prix de guerres qui étaient non prévues quelques semaines avant leur déclenchement, mais qui durent déjà depuis des années comme en Ukraine, ou encore en Iran où les cessez-le-feu fragiles ne garantissent pas, loin de là, une fin durable des hostilités, les autorités risquent d’être privées des fonds publics nécessaires pour accompagner leurs politiques de limitation des émissions de gaz à effet de serre. Dans les pays les plus riches, l’argent s’oriente désormais principalement vers les priorités de défense et d’armement, et les pays pauvres sont privés des soutiens financiers qui leur avaient été promis au moment de la signature des accords de Paris il y a dix ans.
Pour masquer leur choix de l’inaction climatique, les gouvernants cherchent à enfumer les opinions publiques. Le plus caricatural est le discours de Trump, qui proclame d’un côté que le réchauffement climatique est une « arnaque », tout en lorgnant sur le Groënland où la fonte des glaces est en train de tout changer en libérant des routes maritimes jusque-là interdites par la banquise. Mais il est rejoint par de nouveaux dirigeants élus climatosceptiques comme récemment en Amérique du Sud.
L’Europe détricote son « Green Deal » pour « rester compétitive », et, surtout, sous la pression d’une extrême-droite dont la progression est à craindre partout, notamment en France, l’avenir semble grand ouvert aux forces politiques les plus hostiles à l’écologie.
Face à cette démission, chaque citoyen doit opposer sa propre prise de conscience. Les canicules de l’année 2026, dont tout annonce qu’elles vont se répéter durant l’été, vont-elles y contribuer ?
Sur l’île, le sentiment que l’on est en train de franchir un seuil à force d’inaction doit nous amener à relancer une politique ambitieuse d’investissements. Aurons-nous assez de ressources en eau à l’avenir, ou bien n’est-il pas plus que temps de lancer un plan généralisé de lutte contre les pertes, ainsi que le projet de nouveaux barrages en lien avec la production d’électricité comme celui du Liamone ?
Multiplier les aménagements urbains avec de généreuses plantations d’arbres pour contrebalancer le réchauffement des températures, qui sera aggravé par les climatisations qui se multiplient sans mesure, est une autre priorité. Veiller sur le poumon vert de la forêt insulaire en renforçant encore et toujours la lutte contre les incendies doit aussi nous mobiliser en continu.
Des politiques publiques doivent être interrogées, par exemple sur les transports extérieurs qui génèrent une part considérable des consommations en énergies fossiles de l’île. Est-il raisonnable de subventionner des lignes qui vont depuis le continent français jusqu’à Bastia ou Portivechju, quand la route de mer entre la Corse et Marseille ou Toulon de loin la plus courte, et donc à privilégier, consisterait à débarquer à Ile Rousse pour rejoindre ensuite la région bastiaise, ou à Prupià pour desservir l’Extrême-Sud ? Les consommations d’énergie correspondantes seraient alors diminuées d’un tiers, et les finances de la Collectivité de Corse allégées de plusieurs millions d’euros de charges annuelles.
En fait, c’est à une démarche complète de remise en cause des comportements et des habitudes prises qu’il nous faut s’engager. De grands projets sont à mener, et de grandes réformes sont à faire, pour que la Corse apporte sa juste part à l’effort mondial de la lutte contre les rejets des gaz à effet de serre. Il faut y réfléchir activement, et construire les futurs programmes électoraux autour d’elles. •








