Il existe 32 centres hospitaliers universitaires en France, répartis sur tout le territoire. La Provence en compte deux, Marseille et Nice, l’actuelle région Occitanie trois, Toulouse, Montpellier et Nîmes, celle de Normandie deux à Caen et Rouen, et ainsi de suite. Outremer, la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion et la Guyane en sont dotées. La Corse est donc la seule région de plein exercice à n’être doté d’aucun établissement de santé de ce standard. Ce qui représente un handicap structurel en matière de santé.
Pour les futurs médecins, la phase de formation est une partie très importante de leur parcours professionnel. Sur les quarante et quelques années de leur vie active, elle représente une bonne dizaine d’années durant lesquelles se déterminent la spécialité dans laquelle ils exerceront, et donc le contenu de leur vie professionnelle future.
Leur formation est très poussée, et les études de médecine sont les plus longues de tous les cursus de formation universitaire. Durant ce long temps de formation qui les occupe jusqu’à l’âge de 30 ans environ, chaque étudiant en médecine construit dans le même temps son avenir professionnel et familial, et, mécaniquement, l’endroit où il suit sa formation finit très souvent par être celui où il exercera sa spécialité en milieu hospitalier.
Certes, rien ne l’empêche de choisir d’exercer dans d’autres centres hospitaliers régionaux, et il en est ainsi régulièrement dans les hôpitaux corses. Mais toute la plus-value médicale qu’il apporte durant ses années d’études, notamment durant son internat, est mécaniquement réservée aux territoires où il suit sa formation. Et, arrivé à son diplôme final, son installation définitive se fait très souvent en prenant en compte les contraintes d’une vie familiale déjà bien avancée, comme un couple formé et des enfants déjà nés, si bien que son choix naturel sera de continuer à exercer dans la ville où il a étudié.
Être un territoire sans CHU amène donc la Corse à voir son offre médicale territoriale amoindrie. Elle manque d’internes qui exercent leurs stages professionnels dans les hôpitaux auxquels sont rattachées les universités où ils étudient, et les structures hospitalières corses bénéficient peu de ces apports économiquement bien plus avantageux que le recours à des spécialistes temporairement affectés pour faire face aux carences que peuvent connaître les structures hospitalières non universitaires. Et le problème est encore plus compliqué pour les structures hospitalières insulaires, car elles ne peuvent compter sur des praticiens se déplaçant depuis un CHU voisin, comme par exemple Toulon depuis Marseille. L’insularité rend par définition encore plus pénalisante l’absence de structure de type CHU en Corse, et, pour de nombreuses pathologies, les Corses sont amenés à être soignés hors de Corse. Chaque année, ils sont 13.500 malades à partir se faire soigner sur le continent, principalement à Marseille ou Nice, faute d’une offre de soins existante sur l’île. Ce qui entraîne un accès aux soins plus cher pour les malades et leurs proches, et un coût de prise en charge de frais de transports très élevés pour la caisse d’assurance maladie.
La création d’un service hospitalier suppose en effet que des professeurs de médecine éminents s’y consacrent, ces mêmes professeurs étant des formateurs dans les universités de médecine. La progression de l’offre de soins en Corse sera donc largement favorisée si l’Université de Corse développe des formations de spécialités médicales en lien avec l’élévation au rang de centre hospitalier universitaire des structures hospitalières implantées sur l’île.
Le dossier est complexe car il suppose de faire évoluer à la fois l’offre hospitalière et la montée en puissance des formations universitaires correspondantes. Actuellement l’Université de Corse accueille des étudiants pour les deux premières années de médecine, et installer des cursus de formation portant sur la totalité d’un cycle de formation est une opération très lourde qui demandera des moyens financiers et humains considérables.
Pour amener l’État à ces choix politiques lourds, les parlementaires corses ont choisi de passer par la force de la loi. À l’initiative du député Paul André Colombani, lui-même médecin exerçant en Corse, une proposition de loi a été présentée dans la niche parlementaire du groupe LIOT. Son contenu est simple, résumé dans son article premier : « Chaque région comprend au moins un centre Hospitalier Universitaire ». Comme la Corse est la seule région non pourvue, ce texte est intitulé : « Proposition de loi visant à la création d’un CHU en Corse ». Et il est complété par un article 2 tout aussi indispensable si l’on considère l’importance et la complexité d’une telle création : « L’article premier entre en vigueur à compter du 1er janvier 2031 », ce qui donne cinq années à l’État pour organiser le passage des structures hospitalières insulaires aux standards d’un centre hospitalier universitaire, en lien avec l’Université de Corse.
Pour qu’elle devienne loi de plein exercice, la proposition de loi émanant du groupe LIOT doit être votée dans les mêmes termes par le Sénat et l’Assemblée nationale. Elle a été votée dans sa forme première le 3 décembre 2024 au Palais Bourbon. Le 12 février 2026, le Sénat l’a votée à son tour avec des modifications constructives qui doivent encore passer pour une seconde lecture devant les députés.
À ce stade l’essentiel du parcours législatif est d’ores et déjà accompli grâce à un soutien quasi-unanime des parlementaires. Le projet d’un Centre Hospitalier Universitaire est en passe de devenir une réalité pour la Corse*. •
* Ne riveneremu à parlà.








