L’actualité insulaire est focalisée sur les élections municipales qui auront lieu dans deux semaines. Mais l’environnement international connaît crise sur crise, avec un rythme effréné impulsé par les Etats-Unis. Une sourde incertitude pèse sur l’avenir du monde.
L’assassinat ciblé de l’ayatollah iranien Ali Khamenei est le nouveau fait d’armes des forces armées américaines. L’accumulation de moyens militaires américains énormes aux portes de l’Iran, auxquels s’ajoute sur place l’armada aérienne israélienne directement associée aux projets guerriers de Donald Trump, ne laissait aucun doute sur la probabilité, tôt ou tard, d’une action spectaculaire contre le régime iranien.
Difficile d’évaluer ce que la mort violente d’un vieillard de 86 ans peut représenter pour déstabiliser un régime en place depuis un demi-siècle sans discontinuer. Certes, le discrédit de ce régime fasciste est immense. Il y a un mois à peine, il a mené la plus féroce répression qui soit contre les manifestations désarmées de centaines de milliers de citoyens qui aspirent à la liberté et à la fin de la dictature.
L’intervention armée extérieure renforcera-t-elle cette opposition, ou bien étouffera-t-elle la contestation démocratique sous une chape patriotique de type « union sacrée » contre un agresseur adossé au régime sioniste qui écrase le peuple palestinien ? L’expérience passée n’incite guère à l’optimisme.
Au programme immédiat de l’autocrate étasunien, deux objectifs semblent prioritaires : la mise au pas de l’Amérique du Sud et l’écrasement de l’Iran, dans un binôme étroit avec Israël concernant le Moyen Orient.
En Amérique du Sud, après le Venezuela, nouvellement « colonisé » au mépris des règles du droit international, c’est Cuba qui est programmé pour être renversé au plus vite. La machine peut avoir des ratés, et l’élimination par la marine cubaine d’un commando venu droit de Floride oblige sans doute Washington à temporiser. Mais tout le continent est en alerte rouge, particulièrement dans les pays où le pouvoir en place contrarie la mainmise américaine, comme au Brésil où son allié putschiste d’extrême-droite Bolsonaro a été condamné par les tribunaux malgré les injonctions américaines.
Jusqu’à quand les autres peuples américains supporteront-ils l’impérialisme décomplexé des USA ?
Les deux plus grands pays, Brésil et Mexique, sont encore résistants, même si, plus encore que le Président brésilien Lula, la Présidente mexicaine Claudia Sheinbaum doit rivaliser d’habileté pour résister aux pressions yankees. Elle soutient Cuba en sous-main, tout en affichant une détermination irréprochable contre le narcotrafic, avec des résultats probants, alors que la justice américaine est incapable de mettre fin aux trafics d’armes venues des USA qui alimentent sans compter la violence des gangs qui affrontent les forces de l’ordre au Mexique et dans les autres pays du continent.
Pour ces pays latino-américains, la seule alternative disponible est de se tourner davantage vers l’Europe avec qui ils entretiennent des relations séculaires. C’est une des données politiques qui amène les dirigeants bruxellois à accélérer la mise en place du Mercosur, le traité de libre-échange, bien qu’il soit largement contesté par les agriculteurs européens.
L’Europe est traitée comme quantité négligeable par Washington, et elle est sous la menace directe de la Russie en Ukraine. L’ampleur des moyens déversés au Venezuela et en Iran éclaire encore plus crûment l’ambiguïté calculée de Donald Trump en Ukraine. Aucun moyen nouveau n’a été accordé à Kyiv depuis un an, et les dotations décidées avant lui par Jo Biden et le Congrès, que Trump ne pouvait légalement bloquer, arrivent à épuisement.
Aussi, au-delà des palinodies trumpiennes sur le Groënland, c’est la situation effective en Ukraine qui influera sur l’avenir de l’Union Européenne. Le conflit actuel paralyse les relations entre Washington et Moscou. Mais son dépassement à travers un accord auquel serait contrainte une Ukraine en position de faiblesse ouvrirait grand les portes d’un deal général entre Poutine et Trump, dont l’Europe serait inévitablement la première victime économique.
Maintenir les forces armées ukrainiennes en capacité de bloquer l’invasion russe est donc prioritaire pour l’Europe, et les jeux sournois menés par Trump à travers la Hongrie de Victor Orban doivent être impérativement déjoués.
Qu’on le veuille ou non, la situation politique et économique de l’Europe, donc de la France, et donc de la Corse, sera largement tributaire de ces évolutions erratiques d’une politique mondiale qui a écarté le multipartisme de l’ONU au profit d’un jeu de grandes puissances dominé par les USA, la Chine et, potentiellement demain, la Russie.
Un sursaut salutaire de l’Europe est encore possible, mais il ne pourra advenir qu’en écartant la montée en puissance de ses extrêmes-droites potentiellement collaborationnistes. Ce qui devra commencer dans les urnes municipales du 15 mars prochain. •
• Leghje dinù








