Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2943

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A mossa di Scola Corsa

Scola Corsa

le 02/07/2026

Par François Alfonsi

En cette fin d’année scolaire, Scola Corsa jouait sa survie. À force de mobilisation et de pressions sur l’État, un accord intermédiaire a été obtenu. Rien n’est encore réglé sur le fond, mais la rentrée 2026-2027 est assurée.

Le développement de Scola Corsa, depuis sa première rentrée en septembre 2021 dans les écoles de Biguglia et Bastia, est une réelle satisfaction. Le rythme choisi par les promoteurs de la version corse des écoles « immersives totales », dont le modèle a été conçu en Bretagne, au Pays Basque et en Occitanie, puis repris en Catalogne et en Alsace, et désormais en Corse, a été volontariste : un nouveau site est ouvert chaque année, tandis que les écoles déjà ouvertes accueillent, à chaque nouvelle rentrée scolaire, un niveau supplémentaire de classe. Après Biguglia et Bastia, Sàrrula, puis Corti, puis Lucciana ont ouvert leurs portes, et cette année, en septembre, ils seront probablement rejoints par Serra di Fium’Orbu.
À la rentrée 2026, ce sont près de 300 élèves qui seront scolarisés en immersion totale, selon une pédagogie qui leur apporte l’essentiel : la faculté de s’exprimer et d’échanger en langue corse, dans la classe et hors la classe, entre enfants comme avec les enseignants, les intervenants ou les parents.
Pour les Corses mobilisés pour l’avenir de leur langue, le projet Scola Corsa s’incarne désormais à travers ces gamins allègrement corsophones, qu’ils entendent dans leurs entourages, ou sur les ondes de RCFM. Scola Corsa représente « l’espoir d’avenir » pour la langue corse.

Le développement des écoles immersives par la filière associative a été très tardif en Corse alors que les premières sont nées au Pays Basque il y a un demi-siècle. Aussi fallait-il mettre ici les bouchées doubles, et bousculer les rythmes académiques et les « règlements républicains », celui notamment qui, rattaché à la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État, bannit le financement de l’enseignement privé par des collectivités publiques en dehors de l’État lui-même, agissant à sa guise à travers la contractualisation des enseignants.
Pour avancer vite il fallait passer outre, et la Collectivité de Corse, à l’unanimité, a décidé de le faire en subventionnant directement les écoles corses et leurs enseignants. Cette volonté a été politique, résultat logique en démocratie de la majorité nationaliste qui dirige la Collectivité de Corse.
Elle a permis de construire un équilibre économique durant cette phase de lancement du réseau, car la première classe d’un site démarre souvent avec moins d’élèves face à la maîtresse, tandis que, comme ce sont des tout petits qui entrent en 1ère année de maternelle, il faut financer aussi une aide maternelle.
Mais, comme l’État a la possibilité de contractualiser les enseignants, cela permet d’installer progressivement un modèle économique pérenne fondé sur la prise en charge des salaires enseignants par l’État (75 % des coûts), les financements complémentaires (frais d’inscription, subventions, mécénat, dons, événements et fêtes) couvrant le reste.

C’est cette mise en place progressive que l’on a voulu briser. Cela est parti insidieusement de la Cour régionale des comptes dont le rapport sur les finances de la CdC de juin 2025 signale, en passant, que la Collectivité de Corse finance Scola Corsa en contradiction avec les dispositions légales. Dès lors, la pression est mise sur le préfet pour qu’il défère au Tribunal administratif, dans le cadre du contrôle de légalité, les délibérations de l’Assemblée de Corse finançant Scola Corsa. Pression relayée à Paris par le clan des Jacobins, jusqu’à ce que le préfet de Corse s’exécute et fragilise ainsi dangereusement l’association en la privant de ses financements.
Ce faisant, l’État s’est piégé lui-même. Car ces postes que la CdC ne peut plus financer, il lui est demandé de les financer lui-même en contractualisant d’un coup les onze postes d’enseignants concernés par la remise en cause du financement de la CdC. Six sont définitivement acquis. Les autres seront possibles à terme. Mais il faudra presser le pas et cela passera par une négociation globale, nécessairement facilitée si l’autonomie est instaurée.
Car les effectifs actuels de Scola Corsa ne représentent encore que 1 % des effectifs scolaires du primaire dans l’île, qui sont environ 25.000 élèves. Il faudra tripler les effectifs d’ici 2030 pour atteindre 1.000 élèves, 4 % des effectifs globaux de Corse. Et continuer à généraliser l’ouverture de nouveaux sites dans tout le territoire insulaire. Au Pays Basque, après quarante ans de développement, Seaska scolarise 12 % des enfants du primaire, soit plus de 3.500 enfants. C’est un seuil qu’il nous faut atteindre au plus vite. Il est réaliste, puisqu’il est déjà effectif dans un territoire qui compte grosso modo la même population que la Corse.
Ce sera tout juste suffisant pour assurer un noyau corsophone robuste dans la génération qui aura vingt ans en 2040. Il faut monter en puissance, très vite, dans le réseau Scola Corsa, tandis que les cursus classiques de l’Éducation nationale devront continuer à intégrer bien davantage de langue corse dans leurs programmes.
La crise que vient de traverser Scola Corsa ne doit surtout pas nous démobiliser. Nous sommes sur la bonne voie, et il faut accélérer ! •

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