Deux événements marqueront la vie politique corse le 30 mai prochain à Bastia. Scola Corsa, dont l’avenir est menacé par l’État, appelle à manifester massivement à 15 heures, en appui à son modèle de scolarisation en immersion totale en langue corse, dont la mise en œuvre sur le terrain depuis 2021 a enfin ouvert une fenêtre d’espoir pour l’avenir de la langue corse. Et, le même jour, aura lieu une réunion, organisée dans la matinée à 10 heures, avec l’experte constitutionnelle Véronique Bertile qui mènera le débat, dans le cadre d’un Scontru d’Arritti, sur les adaptations législatives nécessaires pour que la Corse puisse mener librement une politique linguistique réellement efficace et porteuse d’avenir. Avec au final une leçon bien comprise : seule l’autonomie peut donner à la Corse la possibilité de sauver la langue corse.
En prémices aux débats parlementaires qui vont s’engager le 15 juin à l’Assemblée nationale sur l’autonomie de la Corse, il n’est pas de dossier plus emblématique que celui de la langue corse et de son enseignement. Aussi Arritti a pris l’initiative de ce « Scontru d’Arritti » qui aura lieu le samedi 30 mai. Aux côtés de Véronique Bertile, il y aura un député, Paul Molac, un sénateur, Paulu Santu Parigi, le président de la commission des Affaires constitutionnelles de l’Assemblée de Corse, Romain Colonna, et aussi un éminent représentant des combats pour la langue basque, Peio Jurajoria.
La situation est simple : la loi française, qui vient d’être mobilisée contre Scola Corsa par le préfet devant le tribunal administratif de Bastia, est antinomique avec la survie de la langue corse et sa transmission par l’école. Dès lors, il n’y a pas d’autre possibilité que de disposer d’un pouvoir législatif spécifique à la Corse pour empêcher sa disparition.
Le dossier Scola Corsa déconstruit par l’exemple la rhétorique anti-autonomiste de François-Xavier Ceccoli et Jean-Jacques Panunzi. D’un côté, dans les médias, ils se disent favorables à Scola Corsa et au développement de son action en faveur de la transmission de la langue corse, et de l’autre, dans les travées du Parlement, ils s’opposent à l’attribution d’un pouvoir législatif à la Corse, sans lequel il sera impossible de promouvoir un enseignement réellement efficace de la langue corse dans l’éducation.
Concrètement, l’État dispose, de par la loi de 1905, du monopole absolu de toute intervention publique en faveur de l’enseignement, et il est interdit à toute autre collectivité d’intervenir dans l’école pour soutenir des formes d’enseignement différentes de celles décidées à Paris. En censurant avec l’aide de cette loi le vote de la subvention de la Collectivité de Corse en faveur de Scola Corsa, pourtant décidée à l’unanimité par l’Assemblée de Corse, le préfet savait pertinemment qu’il mettait en péril directement la structure Scola Corsa.
Et le refus du ministère de contractualiser les onze enseignants de Scola Corsa qui ne le sont pas encore, seule possibilité dans l’immédiat pour sortir du piège ainsi posé, vient compléter l’œuvre destructrice envers ces écoles immersives qui ont démontré l’efficacité de leurs méthodes pédagogiques pour que des enfants apprennent, et utilisent dans leur vie quotidienne, la langue corse, en se l’appropriant véritablement.
Le débat sur l’autonomie nécessaire à la Corse vis-à-vis des lois générales est souvent posé en des termes généraux, en se référant à l’Histoire ou à des considérations relatives au droit comparé avec ceux qui, ailleurs en Europe, en bénéficient concrètement. Il est bon aussi de parfois prendre l’autre « bout de la lorgnette », et de focaliser la question sur une question très concrète. C’est ce que fait le dossier Scola Corsa, à travers les centaines de familles qui ont fait le choix de la langue corse pour leurs enfants, ou qui pourraient le faire demain si le réseau d’écoles immersives n’est pas privé de la possibilité de se développer : sans autonomie, pas d’avenir pour la langue !
Ainsi, en manifestant pour Scola Corsa, les Corses manifesteront aussi pour l’autonomie, à la veille des premiers débats parlementaires à propos du processus de Beauvau. •








