La mobilisation devant les préfectures d’Aiacciu et Bastìa le mardi 28 avril à l’appel des responsables de Scola Corsa pour soutenir leur revendication de contractualisation immédiate par l’État de onze postes d’enseignants a été largement suivie. Pour la structure associative, c’est une question de vie ou de mort.
En actionnant le rouleau compresseur de la justice administrative pour faire annuler la délibération apportant le soutien financier de la Collectivité de Corse à Scola Corsa, le préfet Eric Jalon a initié une procédure mortifère pour la Fédération. En effet, cette subvention pèse bien plus de la moitié des ressources de la Fédération. Sa suppression ne pourrait que l’obliger à fermer les écoles déjà ouvertes.
On imagine que la manœuvre préfectorale n’est pas sans rapport avec les hauts cris poussés par Jean Michel Blanquer contre les écoles immersives de Corse, accusées de « violer la constitution » et d’instaurer une pédagogie « à la Jules Ferry », qui demanderait aux enfants de pratiquer la délation dans l’école « contre ceux qui ne parleraient pas corse ». Les fantasmes délirants du grand penseur de l’Etat jacobin ont visiblement impressionné le haut fonctionnaire en poste au Palais Lantivy, sans doute soucieux pour la suite de sa carrière.
En accordant une subvention importante, plus d’un million d’euros, à la fédération Scola Corsa qui chapeaute cinq sites scolaires ouverts « en immersion totale », à Biguglia, Bastia, Sàrrula, Corti et Lucciana, la Collectivité de Corse a fait le choix de soutenir pleinement l’immersion linguistique. Les résultats pédagogiques probants obtenus par Scola Corsa en appliquant les méthodes du réseau Eskolim qui regroupe des structures similaires en Bretagne, en Catalogne, au Pays Basque, en Occitanie et en Alsace, ont assuré un plein succès à cette filière où les parents constatent, ravis, que leurs enfants réussissent à s’approprier la langue corse pour la parler spontanément entre eux et avec eux, y compris en dehors de l’école. En tentant de briser cet élan novateur, les représentants de l’État en Corse, poussés par les Ministères concernés, commettent une agression inqualifiable contre le peuple corse.
La protestation massive et spontanée opposée devant les préfectures la semaine passée lui en a-t-il fait prendre conscience ? Il se trouve sommé désormais de résoudre le problème qu’il a lui-même créé.
Car son initiative de contester en justice la délibération adoptée à l’unanimité par l’Assemblée de Corse a pour effet, tout d’abord, le temps de la procédure judiciaire, soit entre un et deux ans, de précariser le réseau associatif en décourageant parents et enseignants de le rejoindre. L’ouverture d’un sixième site dans le Fium’Orbu était en cours de programmation. Elle est fragilisée désormais. En effet la décision du Tribunal est largement prévisible, dans la continuité de l’arrêt scandaleux rendu contre la délibération visant à permettre le bilinguisme lors des débats à l’Assemblée de Corse.
« la CeA [Collectivité européenne d’Alsace – NDLR] alloue au bénéficiaire une subvention d’un montant maximal de 507.000 € (dont) 460.000 € au titre du fonctionnement de 23 postes hors contrat avec l’Éducation nationale ».
Pour sortir de cette situation, l’État n’a qu’un moyen désormais : contractualiser à marche forcée les onze enseignants de Scola Corsa qui ne le sont pas encore, et rendre ainsi moins vitale la subvention de la Collectivité de Corse.
Avec ses lois « républicaines » emblématiques, l’État jacobin en est donc arrivé à se piéger lui-même.
Pourtant il n’en est pas partout ainsi. La convention de partenariat entre la Collectivité européenne d’Alsace, l’équivalent d’un département Alsace, et l’association ABCM-Zweisprachigkeit, l’équivalent alsacien de Scola Corsa, prévoit l’attribution d’une subvention dans le cadre de l’aide au développement de l’enseignement bilingue privé et associatif en termes explicites, par son article 2 ainsi rédigé : « la CeA alloue au bénéficiaire une subvention d’un montant maximal de 507.000 € (dont) 460.000 € au titre du fonctionnement de 23 postes hors contrat avec l’Éducation nationale ».
L’Alsace peut donc subventionner « 23 postes hors contrat » quand il est interdit à la Corse de le faire. L’explication tient au « droit local » qui existe en Alsace. En effet, les lois « républicaines » chères à Jean Michel Blanquer datent de 1905, quand l’Alsace était encore allemande. Si bien qu’elles ne s’y appliquent pas.
Ce qui amène à une conclusion simple, et ô combien d’actualité : il faut à la Corse aussi la possibilité d’avoir ses propres lois si elle veut atteindre ses objectifs fondamentaux, notamment en matière de transmission de la langue corse. •
[NDLR] – Site digià quasi 8.000 personi à zifrà u manifestu ! Cuntinuate : https://www.scolacorsa.corsica/signer








