La coordination anti-maffia a été créée pour permettre aux collectifs et aux associations de lutter ensemble contre ce fléau. En vue de la manifestation du 15 novembre à Bastia et Aiacciu, nous avons interviewé Jean-Toussaint Plasenzotti sur cet évènement. Le président et fondateur du collectif Massimu Susini répond à Arritti concernant la manifestation, et également sur les aspirations futures en Corse de la lutte contre la maffia. Entretien.
Les collectifs anti-mafia et des associations se sont réunis au sein d’une coordination anti-mafia, à l’origine de la manifestation du 15 novembre. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette coordination, sa composition, ses attentes ?
La première chose, c’est qu’il est apparu après la manifestation du 8 mars, qui avait été tout à fait exceptionnelle, c’est la large adhésion dans toute la Corse à la lutte anti-mafia. Depuis six ans, nous avons voulu élargir ce mouvement à l’ensemble de la société, et cela s’est fait favorablement. Cela veut dire qu’il y a un réel besoin, maintenant, d’une prise en charge de la lutte anti-mafia par la société civile. C’est une bonne nouvelle, car il y a déjà eu de nouvelles adhésions, et il y en aura d’autres dans les années à venir.
C’est important : il faut que nous créions une culture commune, une culture antimafia. Il faut désormais que nous soyons présents partout où cela est possible, parce que la mafia, elle, l’est.
Quelle est la composition de la coordination ?
Il y a bien sûr le collectif Massimu Susini, A Maffia Nò, mais aussi des associations de protection de l’environnement comme le Garde, U Levante. Également, le syndicat agricole Via Campagnola, dont le secrétaire général Pierre Alessandri avait été assassiné quelques jours après la manifestation du 8 mars, ce qui donne à notre engagement une valeur encore plus forte et symbolique.
Nous comptons également des associations comme Rennu in Cumunu, qui œuvre à la revitalisation de l’intérieur de l’île, en organisant des activités culturelles estivales, et qui a créé la recyclerie du village.
Il y a aussi Terra Pace, à l’origine de la caravane de l’antimafia, une initiative itinérante qui sensibilise sur tout le territoire corse. D’autres comme A Sentinedda, qui s’occupe des questions de l’air à Aiacciu.
Ce sont des associations différentes, avec leurs propres sensibilités, mais qui se retrouvent naturellement ensemble pour lutter contre le mal absolu qu’est la mafia en Corse.
Toutes ces associations citoyennes ont œuvré, chacune dans leur domaine, contre le système mafieux. Il était donc naturel qu’elles se regroupent désormais pour parler d’une même voix et montrer que la société corse est capable de se prendre en main.
C’est une nécessité, pour répondre à l’emprise mafieuse, mais aussi pour démontrer aux autorités, à l’État en particulier, et aux élus, qu’il existe désormais une conscience corse contre la mafia, une conscience culturelle et sociale, qui pèsera dans les années à venir.
Cette voix citoyenne, en Corse contre la mafia, est désormais vitale. Elle doit devenir un mouvement large, un mouvement culturel, car on combat la mafia par la connaissance et la compréhension, autant que par la loi.
La coordination anti-mafia sera l’un des outils de ce combat.
Toute association peut-elle rejoindre la coordination ?
Oui, bien sûr. Toute association, tout collectif peut nous rejoindre en nous contactant.
Depuis la dernière manifestation, en mars 2025, plusieurs initiatives ont été portées. Par exemple, la création d’une commission de lutte anti-mafia à l’Assemblée de Corse a été annoncée. Qu’en attendez-vous ?
Depuis six ans, nous portons cette exigence de justice. Les collectifs ont travaillé, des parlementaires corses ont relayé nos propositions, et c’est une grande fierté.
La reconnaissance de la dimension mafieuse par le Rectorat, avec l’introduction prochaine de cours d’éducation antimafia dans les collèges et lycées, est aussi une avancée importante.
La création de la coordination en est une autre.
Concernant la commission de l’Assemblée de Corse, disons que sa composition ne correspond pas vraiment à nos attentes : la majorité de ses membres provient de l’exécutif, et la manière dont elle a été conçue risque de la bloquer. Une commission n’est pas un espace de simple discussion : elle doit être un lieu de travail. Nous allons y participer, bien sûr, et juger sur pièces.
Nous avons déjà désigné trois représentants, et nous attendons la convocation de la première réunion pour voter le règlement intérieur. Nous verrons alors la nature réelle de cette instance.
Aujourd’hui, quel est le dossier prioritaire dans la lutte antimafia ?
Pour moi, actuellement, la manifestation du 15 novembre. Pourquoi ? Parce que si la coordination est une structure associative et syndicale, la manifestation permet à chaque individu, par sa présence physique et par sa voix, d’exprimer son refus de la mafia, de s’autodéterminer face à ce phénomène.
Cette manifestation sera une photographie de cette prise de conscience collective. C’est pour cela que nous en organisons à Aiacciu et à Bastia, afin que le maximum de Corses puisse participer et affirmer leur refus de la mafia, simplement et fermement.
Quels seront les mots d’ordre de la manifestation ?
Les mots d’ordre sont : « Assassini, maffiosi, fora ! » et « Determinati contr’à a maffia », autour des thèmes de l’auto-détermination, de la responsabilité et de la réappropriation du destin collectif.
L’idée, c’est que chaque Corse puisse se déterminer, s’autodéterminer, par sa présence et sa voix, en soutenant l’action de la coordination.
C’est une étape, une photographie d’un mouvement plus large, un mouvement socioculturel appelé Antimafia.
Nous appelons bien sûr l’ensemble des Corses, et notamment celles et ceux qui viendront manifester, à rejoindre les associations, à participer à la coordination, ou même à créer
de nouvelles structures citoyennes sans forcément qu’elles ne rejoignent la coordination, mais qu’elles participent à ce combat.
L’essentiel, c’est de s’inscrire dans un mouvement social et culturel pour s’opposer à la mafia.
Car le pouvoir de la société civile ne réside pas dans la répression, mais dans l’expression, dans la présence et la créativité collective.
L’espoir est-il enfin une option crédible dans le combat contre la mafia en Corse ?
L’espoir, ou plutôt le principe d’espérance, nous anime depuis toujours. Il a parfois reculé, dans certaines périodes sombres, mais il n’a jamais disparu. Il y a toujours eu, d’un côté, un instinct de mort, et de l’autre, un instinct de vie.
Nous sommes porteurs de l’instinct de vie : nous voulons montrer que nous sommes déterminés à donner un avenir à ce pays, à nos enfants et à nos petits-enfants.
L’avenir se construit dans la maîtrise du présent. Et si nous laissons le présent à la mafia, nous perdons cet avenir. Les citoyens doivent donc se réapproprier leur destinée, chaque jour, par des actions symboliques et concrètes.
La manifestation du 15 novembre sera une photographie de cette volonté : celle d’un peuple qui veut reprendre en main son destin, et qui envoie un message fort, non seulement à la société corse et française, mais aussi à toute l’Europe. •








