Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2914

da u 4 à u 10 di dicembre di u 2025

U mo parè

Créer de la richesse

HLM Bastia

le 04/12/2025

Par François Joseph Negroni

Le développement de la Corse passera par la création de richesses. Tout le reste ne sera que décor si, derrière, nous ne sommes pas capables de produire des revenus, des emplois, des activités ancrées dans nos territoires. Pour une île comme la nôtre, la cherté de la vie, la pression foncière et la précarité, cette création de richesses ne peut pas être abandonnée aux seules forces du marché. Elle suppose une puissance publique assumée, exigeante, stratège.

La réalité est connue : coût de la vie plus élevé qu’ailleurs, dépendance aux importations, parc de logements saturé par les résidences secondaires et offre sociale insuffisante. Dans certains territoires, on ne trouve plus de logement décent, même en travaillant. Les études le confirment : l’insularité renchérit tous les coûts, du panier de courses à la facture énergétique, tandis que la tension immobilière exclut progressivement les ménages locaux des zones littorales et urbaines. Dans le même temps, nos revenus médians restent parmi les plus faibles de France, malgré des taux de chômage en apparence bas qui masquent la saisonnalité et la fragilité de nombreux emplois.
Face à ce paysage, la puissance publique n’est pas un supplément d’âme : elle est la condition de notre survie économique et sociale. Dans d’autres îles européennes – Canaries, Açores, Madère, Réunion – ce sont aussi les politiques publiques, la cohésion européenne, les investissements dans les transports et l’énergie qui ont permis de tenir la barre malgré la périphéricité et la petite taille des marchés.
Mais s’arrêter là serait une erreur stratégique. Une économie qui dépend trop de la dépense publique devient fragile, vulnérable au moindre tournant budgétaire. Elle fabrique une dépendance politique autant qu’économique. Les travaux sur les régions insulaires le montrent : lorsque l’essentiel du revenu provient de transferts, d’emplois administratifs, de prestations sociales, la marge de manœuvre collective se réduit.

La voie à tracer pour la Corse n’est donc ni le retrait brutal de la puissance publique, ni sa substitution à tout le reste, mais une articulation entre intervention publique forte et développement assumé d’une économie de marché encadrée. Nous avons besoin de la Collectivité de Corse pour créer le socle : garantir l’accès au logement, organiser les mobilités, sécuriser les services essentiels, investir dans l’énergie, le numérique, la formation. Mais nous avons tout autant besoin d’un secteur privé capable de transformer ce socle en activité, en emplois, en innovation.
Aux Canaries ou à Madère, les pouvoirs publics ont utilisé l’outil fiscal, les zones franches, le soutien aux énergies renouvelables ou à la recherche pour attirer des entreprises et construire des filières nouvelles, tout en cherchant à concilier cela avec la protection de leur environnement. Dans l’archipel d’Åland, l’autonomie politique s’appuie sur un développement économique pensé à long terme, où la création de richesses repose sur des entreprises locales exportatrices. Partout où l’insularité a été transformée en atout, on retrouve la même combinaison : une autorité publique qui investit et fixe un cap, des entrepreneurs qui prennent le relais et donnent corps à cette vision.


Pour la Corse, cela signifie plusieurs choses très concrètes.
D’abord, prendre au sérieux la question du logement comme condition préalable à toute stratégie de développement. Une île où même les actifs locaux ne peuvent plus se loger n’est pas en développement : c’est un pays en voie de dépossession.
Ensuite, sécuriser les fonctions vitales : transports, énergie, santé, éducation. Là encore, l’insularité exige un surcroît de puissance publique : continuité territoriale pensée comme levier de développement, investissements dans les renouvelables pour réduire notre dépendance énergétique, consolidation des services de santé et d’enseignement supérieur pour éviter l’hémorragie des compétences. Ce sont des conditions de base, des infrastructures invisibles sans lesquelles aucune économie de marché ne peut se développer sérieusement sur une île.
Parallèlement, il faut ouvrir grand les portes à la création d’entreprise, en particulier dans les secteurs qui donnent un contenu concret à notre ambition : transition énergétique, agriculture et alimentation de qualité, industries culturelles, services numériques, tourisme repensé autour de la qualité plutôt que du volume. Cela suppose un environnement lisible pour les porteurs de projets : procédures simplifiées, accompagnement stratégique, accès au financement, stabilité des règles.
Enfin, il faut dire dès maintenant où nous voulons aller : dans vingt ans, la Corse doit être une île où la puissance publique reste forte, mais recentrée sur des enjeux pleinement stratégiques – planification de long terme, cohésion sociale, protection des biens communs, arbitrage des grands choix. Le quotidien de l’emploi, de l’innovation, de la production de valeur doit, lui, reposer de plus en plus sur un tissu d’entreprises corses solides, exportatrices, insérées dans les chaînes de valeur méditerranéennes et européennes.

L’enjeu est là : passer d’une île qui survit grâce aux transferts à une île qui choisit son destin parce qu’elle produit une part croissante de ses richesses. Cela ne se fera ni contre la puissance publique, ni sans elle. C’est à cette condition que la Corse pourra, un jour, peser par ce qu’elle crée, dans les équilibres économiques et politiques qui la dépassent aujourd’hui. •

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