Visites des ikastolas entre rêve et enthousiasme

Nos hôtes, Peio Jorajuria, président de Seaska, la Fédération des Ikastolas, et Hur Gorostiaga, tenaient à nous faire découvrir l’ikastola d’Ahetze, un bourg de 2 200 habitants près de Biarritz.

L’Ikastola qui porte le nom de Alhorga, le fleuve à cheval entre les communes d’Ahetze et de Arbonne, est emblématique comme toute démarche chez Seaska. C’est une « annexe » de l’ikastola de Bidarte. Elle symbolise à elle seule l’obstination à créer et à faire vivre ces démarches d’écoles associatives. Le maire, farouchement opposé, a tenté d’y mettre tous les freins possibles. Il a fallu s’obstiner pour aboutir, tant d’efforts démontrent de la volonté des parents, base essentielle pour réussir un tel rapport de forces.

Au démarrage donc, la priorité sont les parents volontaires. Après, on recherche les locaux. Ensuite, on règle les contraintes administratives et les conditions matérielles.

4 enfants ont permis l’ouverture de l’ikastola. N’ayant pas trouvé de locaux disponibles dans le village, Seaska a cherché longtemps une habitation qui pouvait faire l’affaire et c’est in fine un rez-de-chaussée de gîte qui a été trouvé. Toutes les commodités nécessaires y ont été installées comme autant de petits défis.

Au démarrage d’une ikastola, il faut une salle de classe, une salle de sieste, une salle pour la cantine, une cour de récréation.

Notre délégation s’émerveille de l’obstination des parents, à participer à toute la mise en place, à dénicher ces locaux, à les aménager, à trouver le mobilier… Il s’agit de leur enfant, tout doit être parfait, et tout l’est, leur enthousiasme se devine dans le soin apporté au moindre détail.

Ouverte en 2019, la maternelle a doublé ses effectifs. 8 petites frimousses nous dévisagent, intimidées par notre présence et nos masques, puis ils nous oublient vite et se remettent à leur dessin, à parler et à chantonner en basque avec la maîtresse.

C’est déjà le moment du départ. Surprise ! Les enfants nous lancent avec naturel un « avèdeci ! » pendant que nous leur disons « Adio ! ».

Pas de doute le bilinguisme mène au plurilinguisme !

Nous reprenons la route, et mesurons le maillage des ikastolas. Prochaine étape, Bidarte, commune de près de 7 000 habitants. Ouverte avec 3 enfants il y a 10 ans, l’ikastola compte pas moins de 90 enfants aujourd’hui. Elle a déjà bouclé le cycle primaire, compte 6 classes et autant d’enseignants, et les CM2 s’apprêtent à entrer au collège de Bayonne !

Si le soutien communal a été affiché, des freins perdurent. L’Ikastola a besoin de s’agrandir et a souhaité acquérir un terrain immédiatement voisin en friche de 500 m2. Malheureusement, l’explosion du prix du foncier en Iparralde ne l’a pas permis : le propriétaire en demandait 500.000 €…

À Biarritz, le soutien politique est affiché. L’ikastola bénéficie de bâtiments publics. C’est une des toutes premières ikastolas, créée dans les années 70. La première, ouverte en 1969, étant située à Arcangues.

L’ikastola de Biarritz compte 120 enfants. Atteignant jusqu’à 150 enfants, elle a donné naissance à l’ikastola de Bidarte qui a rééquilibré depuis les effectifs.

Nous reprenons la voiture, 5 minutes seulement, et nous apercevons l’ikastola d’Anglet, 110 enfants, puis 1 km plus loin, celle de Bayonne, 220 enfants, là encore fortement soutenue par la commune et son maire, Jean René Etchegaray, également président de la Communauté de communes du Pays Basque.

Nous nous rendons au collège Eztitxu Robles Kolegioa, du nom d’une célèbre chanteuse. Créé en 2009, ce nouveau collège, 4e de la filière Seaska, compte 169 enfants. « Il sera saturé dans 3 ans, nous anticipons pour pouvoir accueillir tous nos enfants. » Il a très vite donné naissance au Lycée Bernat Etxepare, écrivain qui a publié le premier livre en langue basque. Avec 394 élèves, dont 118 en internat, 47 enseignants, 20 administratifs représentant 16 équivalents temps plein, il est le « fleuron » de Seaska !

Iban, le très jeune directeur, pur « produit » du cursus scolaire des Ikastolas, est tout fier de nous faire visiter son gymnase, ses salles de classe, ses quatre laboratoires… et surtout sa cantine ! Pour rentabiliser les cuisines, Seaska a imaginé répondre à la demande non seulement des ikastolas voisines, mais aussi d’autres écoles, du système public ou privé. Ainsi ce sont pas moins de 4 000 repas par jour qui sont servis et livrés aux enfants, avec une charte d’utilisation des produits du terroir basque. La qualité est parfaitement contrôlée par la Chambre d’agriculture du Pays Basque, l’EHLG (lire ci-dessous). « D’un petit projet, nous avons fait quelque chose d’énorme » nous dit Peio Jurajuria. Le lycée a été construit avec des aides publiques et privées, il est une vraie réussite. Les membres de notre délégation sont en plein rêve !

Nos amis basques rentabilisent la moindre possibilité. Ainsi Iban nous raconte la symbolique du pommier que s’est donnée le lycée.

Au moment de l’installation, ils ont fait appel aux donateurs en vendant des pommiers 30 € pour récolter des fonds nécessaires à l’achat du mobilier de classe. Au total, plus de 3 500 pommiers ont ainsi été vendus, avec la recommandation expresse, pour ceux qui n’étaient pas conservés par Seaska pour son antenne coopérative, qu’ils soient replantés dans le domaine public. Plus de 650 jeunes arbres ont ainsi été replantés dans les rues de Bayonne ! C’est un producteur local qui a fourni les pommiers pour la somme de 8 €, c’est dire le gain d’une telle opération ! Seaska, exploite sa propre pommeraie qui produira du jus de pomme Sagar Jusa également vendu au profit de l’école. C’est un élève qui en a dessiné l’étiquette.

Tuttu si tene. A lea identitaria hè addipertuttu è face a forza di a dimarcha alternativa basca.

Fabiana Giovannini.

 

Pour lire tous les articles se rapportant à l’organisation des Ghjurnate d’Arritti, suivez l’étiquette ci-dessous (au bas de chaque article).