Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2910

da u 6 à u 12 di nuvembre di u 2025

La Corse et le droit au bonheur

De l’héritage philosophique aux politiques publiques

Paoli

le 07/11/2025

Par Pauline Boutet-Santelli

Si le « droit au bonheur » résonne comme une antienne dans l’imaginaire collectif corse, de la Constitution de 1755 aux discours contemporains, la réalité actuelle du bien-être interroge aujourd’hui la nécessaire transformation de nos politiques publiques.

Un éclairage sur cette singularité est apporté par le récent ouvrage L’enracinement, L’arradichera : Essai sur l’imaginaire polyphonique corse de Jean-Guy Talamoni, qui place dès les premières pages le bonheur au cœur de la « manière d’être au monde » insulaire. Dès le XVIIIe siècle, l’idée d’un droit à la « félicité » du peuple corse s’inscrit dans la Constitution de 1755, puis est réaffirmée en 1758 dans le Vivete felici de la Giustificazione della rivoluzione della Corsica, écho linguistique perceptible aujourd’hui encore dans le campate felice du parler courant. Cette conception perdure, comme le rappelle le discours d’investiture de Gilles Simeoni en 2015 : « La Corse a droit à la paix, la Corse a droit au bonheur, la Corse a droit à la vie ». Une singularité, alors que le bien-être du peuple français, bien qu’évoqué en 1789, demeure absent de la Constitution de la Ve République.

Pourtant, cette aspiration ancienne se confronte à des constats préoccupants. Tandis que le baromètre IPSOS 2025 révèle que 73 % des Français se disent heureux, une étude IFOP de 2024 indique qu’un Français sur cinq juge sa santé mentale « moyenne ou mauvaise ».

En Corse, les jeunes apparaissent particulièrement vulnérables : une enquête récente montre un taux de dépression de 28 % chez les 18-29 ans, contre 25 % en France hexagonale, et souligne que 20 % d’entre eux ont déjà eu recours à des anxiolytiques ou antidépresseurs, contre 12 % sur le continent. Ces données montrent les limites d’une lecture de la prospérité fondée sur les seuls indicateurs économiques traditionnels, et l’insuffisante efficacité des politiques actuelles sur la santé mentale et le bien-être.

Dès les années 1970, l’idée de dépasser le PIB gagne du terrain. En 1990, l’Indice de développement humain (IDH) du PNUD marque une première rupture, suivie en 2009 du rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi, qui invite à intégrer qualité de vie, soutenabilité, bien-être subjectif et inégalités. Une ambition encore peu concrétisée en France.

« La diète générale du peuple de Corse, légitimement maître de luimême (…) Ayant reconquis sa liberté et désirant donner à son gouvernement une forme durable et constante en le soumettant à une constitution propre à assurer le bonheur de la Nation… »

Consulte de Corti des 16, 17, 18 novembre 1755 (préambule du texte constitutionnel de Pasquale Paoli)

Depuis 1972, le Bhoutan privilégie le Bonheur national brut, modèle ayant inspiré d’autres territoires comme Victoria au Canada ou São Paulo au Brésil. Précurseure, la Nouvelle-Zélande adopte depuis 2019 un « Wellbeing Budget » et alloue ses fonds en fonction de priorités sociales et environnementales. Chaque dépense doit alors prouver son impact sur des domaines tels que la santé mentale, la réduction de la pauvreté infantile ou le soutien aux populations maories.

L’exemple néo-zélandais, marqué par une coexistence de descendants de colonisateurs et de colonisés, questionne l’intérêt d’un tel budget pour la Corse. En effet, développées en collaboration avec les leaders autochtones maoris, ces orientations budgétaires intègrent des perspectives culturelles et évaluent des indicateurs tels que la pratique de la langue te reo Mãori, la connexion aux lieux ancestraux (marae) ou la participation aux activités culturelles. Ce modèle présente alors un intérêt certain pour les minorités, notamment dans son intégration des perspectives culturelles, de la langue à la relation au territoire ancestral.

Intégrer le bien-être comme principe d’action publique implique donc une évolution des politiques à toutes les échelles, locale, régionale et nationale, avec une attention particulière aux spécificités insulaires et aux peuples minoritaires.

Le sixième numéro de la Rivista Lumi (juillet) propose plusieurs pistes. Alessio Belli montre que le travail peut favoriser l’épanouissement humain, tandis que les logiques néolibérales en fragilisent la portée émancipatrice. Il propose de repenser juridiquement le travail afin de restaurer sa dimension humanisante. En Corse, la réorganisation du travail, via le télétravail, la relocalisation d’activités et des rythmes adaptés, pourrait ainsi contribuer à limiter la désertification de l’intérieur, renforcer la cohésion territoriale, soutenir les économies locales et favoriser le bien-être des insulaires.

Dans un autre registre, Emmanuel Bornet analyse le lien entre urbanisme et qualité de vie, et appelle à une meilleure intégration de la nature dans l’espace bâti.

En Corse, où nature et identité sont intimement liées, l’inscription d’un urbanisme durable et situé dans un projet de territoire apparaît indispensable. Enfin, Gaël Berthier rappelle que la démocratie vise l’autonomie individuelle et collective, fondée sur la vertu, la justice, la non-domination et le respect mutuel.

Cette conception d’un « bonheur démocratique » partagé trouve un écho particulier dans l’espace insulaire, marqué par des enjeux d’autonomie, de justice sociale et de participation citoyenne. •

Pour consulter les articles de la Rivista Lumi numéro 6 : Le “droit au bonheur”, une idée toujours neuve ? : https://m3c.universita.corsica/lumi/category/numero6/

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