Tourisme

Comment sauver les meubles ? Une proposition concrète pour la saison qui vient

Le week-end de Pâques mi-avril est traditionnellement le top-départ de la saison touristique qui prend fin mioctobre, ou, pour certains, avec le week-end de Toussaint, début novembre. Six mois durant lesquels des milliers d’établissements ouvrent et recrutent, chauffeurs de cars, chefs de cuisine, plongeurs pour les ports, responsables des syndicats d’initiative, de supérettes, de campings, etc. Des milliers de travailleurs corses quittent alors les statistiques du chômage et font leur saison qui réactivera leurs droits et leur permettra de passer l’hiver. Que vont-ils devenir alors que commence la saison touristique 2020 en plein confinement imposé par la pandémie du Covid-19 ?

 

C’ est un problème social, et c’est aussi un problème économique structurel. Tout le monde a d’ores et déjà compris qu’on ne sauvera pas la saison. Mais que faut-il faire pour ne pas perdre tout l’outil économique touristique qui est en Corse tellement important ?

Car ces saisonniers ne sont généralement pas des anonymes recrutés au hasard des saisons comme on donne des « jobs d’été » à des étudiants. Très nombreux, plusieurs milliers, sont des rouages essentiels des établissements touristiques où ils travaillent chaque année, et leurs compétences sont fondamentales au moment de remettre l’activité en route. Si ce tissu humain aux compétences diverses venait à se disperser dans la nature, la Corse et ses professionnels du tourisme n’auraient alors pas que perdu une saison, ils auraient aussi perdu leur outil de travail qui ne peut être opérationnel, très souvent, sans cette « armée » de travailleurs qui pour l’essentiel, vivent en Corse.

Or à ce jour, sans aucun transport de voyageurs, ni par air, ni par mer, donc sans aucun touriste pouvant gagner l’île, les entreprises de tourisme qui devaient ouvrir à Pâques restent fermées, leurs travailleurs restent au chômage, dans un contexte anxiogène, sans aucune perspective pour leur avenir, et sans pouvoir « recharger leurs droits », et donc espérer pouvoir « tenir le coup » l’hiver prochain. La conséquence mécanique sera la dispersion de ces compétences indispensables, et donc la mise en cause de la structure touristique corse elle-même, et non plus de la seule saison à venir.

Comment y pallier, comment sauver les meubles ?

La proposition que je fais à l’État est de permettre que le recrutement d’un « saisonnier régulier » par une entreprise de tourisme puisse être rendue possible au 1er mai 2020, puis que cette entreprise puisse bénéficier du dispositif de chômage technique en attendant que l’activité reprenne, si elle peut reprendre, avant, ou durant l’été.

Cette mesure ne serait guère coûteuse en argent public puisque ce que la caisse de chômage continuerait à payer au titre des droits acquis l’an dernier, il reviendrait à une autre caisse publique de s’en acquitter à travers les mesures de chômage technique.

On pourrait la « cibler » en demandant à l’entreprise bénéficiaire de justifier que la personne recrutée pour 2020 travaillait déjà pour elle en 2019.

Dans l’immédiat, cela permettra aussi d’être en « situation » pour profiter du moindre relâchement de la pression épidémique et donc de répondre efficacement dès que l’activité peut reprendre, quel que soit le moment, juin ou juillet ou même plus tard à l’arrivée des premiers touristes une fois le confinement levé. Tout ce qui ne sera pas perdu de la saison 2020 contribuera à atténuer le choc pour l’économie corse quand on fera les comptes en octobre prochain. En effet, en permettant aux professionnels d’être « en place » dès le moment venu, cette mesure permettra d’atténuer les pertes tout en permettant à tous les outils économiques d’être encore présents en 2021.

Sinon les conséquences seront encore bien plus graves pour l’économie touristique, et donc pour notre économie en général.

François Alfonsi

Député Européen