Comité stratégique sur l’avenir de la Corse

Femu a Corsica fixe son cap

Par un rassemblement nombreux – 300 personnes – à la Testa Ventilegne sur la commune de Fìgari dans l’Extrême Sud, la rentrée politique de Femu a Corsica a voulu marquer les esprits alors que la deuxième réunion du Comité Stratégique mis en place par les accords passés entre Gérald Darmanin et Gilles Simeoni aura lieu cette semaine. Pour le parti du Président du Conseil Exécutif, il s’agit de peser sur cette négociation qui doit conduire à un premier statut d’autonomie pour la Corse.

 

Le choix de ce site désormais propriété du Conservatoire du littoral puise sa logique dans les toutes premières heures du mouvement autonomiste, quand l’ARC publiait, en 1974, le premier manifeste intitulé « Autunumia ! ».

Dans le même temps, l’État était alors imprégné par la « planification » mise en œuvre par la toute puissante Datar, qui avait missionné un grand cabinet américain pour définir un « projet économique » pour la Corse, l’Hudson Institute, dont l’étude gardée secrète avait été dévoilée par Arritti. Le Schéma d’aménagement de la Corse qui en avait découlé avait alors planifié, sur ce seul site de la Testa-Ventilegna, acheté peu avant par la banque Rothschild, la construction de milliers de lits touristiques. Rothshild avait investi, comme d’autres banques, en étant aidée par la Setco (Société d’équipement touristique de la Corse), dirigée par un fonctionnaire directement nommé en Conseil des ministres, et avait pu ainsi acquérir d’immenses propriétés. Elle avait été aussi l’acquéreur du domaine des Agriate dans le golfe de San Fiurenzu, lui aussi désormais rétrocédé au Conservatoire du littoral. Mais d’autres, aux noms moins retentissants, l’avaient rejointe dont les biens sont toujours en devenir, cinquante ans après. La Banque Lefebvre par exemple a été l’autre grand propriétaire des domaines côtiers de Bonifaziu (Balistra, Rundinara) et aussi de Carghjese, et de multiples autres emprises foncières ont alors été opérées dans tous les plus beaux endroits de Corse, jusque dans la baie de Girolata dont une bonne partie du linéaire côtier est encore propriété d’une de ces sociétés foncières aujourd’hui perdues de vue.

La dénonciation de l’ARC, puis les événements d’Aleria, ont mis un coup d’arrêt à cette machine spéculative alors accompagnée par l’État et qui devait, en une ou deux décennies, amener le littoral corse au niveau de ce que les « aménageurs » de la Datar avaient réussi à faire sur le littoral languedocien : la Grande Motte, Narbonne Plage, etc.

Cinquante ans après, le tout tourisme spéculatif reste malheureusement d’actualité sur l’île, et l’autonomie de la Corse n’a jamais été acceptée par l’État qui veut garder la haute main sur les choix fondamentaux pour l’avenir.

 

En se hissant au sommet du promontoire de la Testa qui domine tout le littoral Sud Ouest de l’Extrême Sud, les militants de Femu a Corsica ont à la fois rappelé ce que le nationalisme organisé avait réussi à mettre en échec alors, notamment l’UPC avec le soutien d’Arritti, et ils ont mis en avant pour l’avenir la nécessité de garder le contrôle de sa terre comme exigence première du peuple corse.

Un demi-siècle après, les urnes ont donné 68% des voix aux successeurs des résistants des années 70. À l’époque ils étaient une poignée et les grands élus du clan dominaient la vie politique insulaire en cautionnant les intentions débridées de l’État français. Aujourd’hui, ils accompagnent le Président du Conseil Exécutif dans la négociation qui s’ouvre enfin.

Car il est essentiel de ne pas réduire le comité stratégique mis en place après les événements de mars consécutifs à l’assassinat d’Yvan Colonna à un vase clos entre des élus corses et des ministres, ou, plus probablement, au fil du temps, des membres des cabinets des ministres. Car l’ENA est une fabrique de cadres qui n’a pas changé de logiciel depuis les années 70, et leur boussole politique est restée la même. Le grand manitou de la Datar des années 60-70 était un dénommé Pierre Racine et une promotion récente de l’ENA a porté dans la haute fonction publique un bataillon d’énarques issus justement de la « promotion Racine » !

Seule une mobilisation de terrain obligera les politiques et le gouvernement à aller de l’avant dans la négociation, malgré les énarques, malgré le Conseil Constitutionnel, malgré tous les jacobins qui dominent encore l’appareil d’État en France. Ainsi en a-t-il été du rapprochement sur l’île d’Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, après qu’Yvan Colonna ait été la victime directe de cet État profond.

Nous avons les moyens politiques de réussir la négociation qui s’ouvre. Encore fallait-il en faire la démonstration. Depuis dimanche, à Fìgari, c’est chose faite. •