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L’enjeu de la Méditerranée

par François Alfonsi
Ce vendredi 10 février, j’étais à Toulouse invité par l’Euro-région Pyrénées-Méditerranée qui regroupe la région d’Occitanie, la Generalitat de Catalunya et les îles Baléares. La Présidente sortante occitane Carole Delga, le nouveau Président, le catalan Père Aragonès et la ministre des Affaires extérieures des îles Baléares, Rosario Sanchez, assistaient à ces cérémonies de passation de présidence. Nanette Maupertuis y a été invitée pour représenter les institutions de la Corse, et il m’a été demandé de présenter le projet que je défends au Parlement européen d’une stratégie macro-régionale pour la Méditerranée.

 

Ce rapport d’initiative a été obtenu par le groupe Verts-ALE qui a porté une demande formulée par les élus ALE lors de la réunion de groupe que nous avons tenue à Bastia en septembre 2021. Ce rapport d’initiative du Parlement européen fait suite à un rapport sur le même thème adopté par le comité des régions fin 2022. Il sera voté au printemps prochain, d’abord en commission du développement régional (REGI), puis en séance plénière. Il lui faudra ensuite recueillir l’adhésion des régions concernées pour réussir entraîner un accord de l’ensemble des institutions européennes et aller de l’avant. La Commission européenne était elle-même représentée à Toulouse, et le Conseil européen des États-membres, notamment les États limitrophes (France, Espagne, Italie, Malte, Grèce, Croatie, Chypre) devront eux aussi s’impliquer.

Quel est le constat ? L’espace méditerranéen connaît une dégradation continue de ses données environnementales, climatiques économiques et culturelles, depuis des années et même des décennies, et aucune politique menée séparément, par un État ou une Région, aussi volontariste soit-elle, ne pourra arriver à résoudre les problèmes qui s’accumulent et qui mettent en péril son avenir.

Les problèmes sont connus et régulièrement dénoncés par les ONG et par les scientifiques : des déchets plastiques dont les quantités déversées en mer ont doublé en trente ans ; l’impact croissant du trafic maritime qui transporte en Méditerranée 20 % du commerce mondial, générant des rejets d’hydrocarbures pour 100 à 200.000 tonnes tous les ans ; une pollution maritime et portuaire qui va crescendo avec notamment le développement démesuré d’une activité de croisière de géants des mers ; le recul des populations des mammifères marins, et de la biodiversité en général, tandis que la pression humaine, population résidente et population touristique, est en croissance continue. Enfin le réchauffement climatique impacte particulièrement la zone méditerranéenne, ce que les cartes météorologiques constatent scientifiquement avec des conséquences accrues en catastrophes naturelles (tempêtes, incendies) et en raréfaction de la ressource en eau.

 

Qu’est-ce qu’une stratégie macrorégionale ?

Elle consiste à ce que, dans un bassin donné, la Commission européenne coordonne structurellement la coopération entre les différentes autorités politiques qui administrent cet espace. Cette procédure a été initiée en mer Baltique et elle associe dans une même programmation des États-membres de l’Union, des régions européennes, des États-tiers comme la Norvège et même la Russie.

En une décennie, les premiers résultats sont là avec une moindre pollution par les nitrates venus des bassins versants, une moindre pollution portuaire avec un classement de l’espace maritime en zone ECA exempte de tout rejet de soufre et d’oxydes d’azote générateurs de particules fines, et un fort développement de l’éolien en mer qui a modifié structurellement la production d’énergie de cette zone.

Au sud de l’Europe, on est loin des mêmes résultats, et un fait l’illustre cruellement : le plus récent ferry acquis pour desservir la Corse est un bateau qui a été déclassé car il ne peut plus en l’état de la nouvelle réglementation portuaire continuer de naviguer en mer Baltique !

La Méditerranée est plus vaste, et il faudra considérer trois zones distinctes pour mettre en œuvre une telle stratégie, la Corse ressortant de la Méditerranée occidentale. Mais la responsabilité de l’Union européenne est incontournable : plus de la moitié du bassin méditerranéen est un espace sous responsabilité directe de l’Europe, 110 millions d’Européens vivent sur ses rivages, et l’Europe, par rapport aux États de la rive sud, bénéficie d’une capacité de coopération administrative éprouvée, de moyens financiers et scientifiques bien plus étoffés et d’une force opérationnelle avec d’importants financements déjà en place : programmes Interreg, Instrument de pré-adhésion, politique de voisinage envers les pays du sud, etc.

L’initiative lui revient incontestablement, et son dynamisme pourrait entraîner les pays tiers dans une coopération fructueuse. •