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L’Iran contre le voile islamique

Ce qui se passe en Iran depuis un mois et demi et l’assassinat dans les locaux de la police des mœurs de l’État islamiste d’Iran d’une jeune kurde de 22 ans, Masha Amini, est une lutte d’un courage inouï pour la liberté et pour les droits des femmes. Le régime en est ébranlé et, un mois et demi plus tard, la révolte continue, malgré plus de cent morts tués par balles par les forces de répression dans les rues de toutes les villes d’Iran, Téhéran, Ispahan, Mashed, Tabriz, capitale de la province azérie d’Iran, ou Sanandaj, capitale du Kurdistan iranien.

 

 

Masha Amini est morte à Téhéran sous les coups des policiers pour avoir porté trop négligemment le voile qui est obligatoire pour les femmes en Iran.

Elle habitait le Kurdistan dont l’Iran compte dix millions de ressortissants au nord-est du pays, dans la zone frontalière avec l’Irak et la Turquie. Comme en Turquie, en Irak ou en Syrie, les Kurdes d’Iran, de tradition sunnite, sont bien loin de l’intégrisme chiite de l’Ayatollah Khomeini et de ses successeurs.

Masha Amini était jeune, femme, libre et kurde. Elle en est morte, et sa mort a enflammé dans les rues de toutes les villes d’Iran une protestation énorme qui ne s’arrête pas malgré la répression féroce.

Les réseaux sociaux montrent ainsi des images de manifestantes brûlant leurs voiles et refusant l’oppression que cette obligation vestimentaire leur impose. Elles entraînent toute la jeunesse derrière elles, et tout ce que l’Iran compte de partisans de la démocratie prêts à défier un pouvoir répressif parmi les plus violents du monde. Leur combat résonne dans le monde entier, et ce week-end 80.000 personnes ont défilé dans le centre de Berlin pour leur manifester leur soutien.

La solidarité ici en Europe avec les femmes d’Iran est indissociable de leur lutte pour le refus de l’obligation du port du voile qu’elles mènent au péril de leurs vies dans leur pays.

 

Toutes les femmes s’engagent

Dans le sillage de cette protestation légitime et courageuse, toutes les femmes s’engagent et apportent leur soutien à ces femmes opprimées. Et le refus du port du voile devient le symbole de ralliement de ces luttes.

Mais les combattantes pour la liberté font face à un monde complexe, et à des contextes radicalement différents selon la partie du monde où l’on vit. Refuser l’obligation du voile en Iran devient ici, pour certains, interdiction d’en porter, ce qui est une autre forme d’obligation vestimentaire.

Ce qui les motive en fait, très souvent, ce n’est pas la libération de la femme musulmane, mais ce que l’on appelle la « lutte contre le séparatisme ». En Europe, le pays qui a été le plus loin dans cette voie est la France qui a été jusqu’à adopter une « loi contre le séparatisme », et où les débats sur le voile sont beaucoup plus enflammés que dans les autres pays d’Europe.

Cette frénésie « anti-séparatiste » est potentiellement liberticide. Nous sommes bien placés en Corse pour savoir que le totalitarisme « anti-séparatiste » de l’État français peut aller très loin, jusqu’à des attentats barbouzards comme ceux qui avaient touché en 1979 et 1980 un journaliste indépendant comme le regretté Aimé Pietri décédé la semaine dernière. La loi qui a été votée à Paris a été combattue par toutes les oppositions démocratiques qui redoutent l’utilisation répressive qui peut en être faite. Nulle part en Europe, un tel arsenal législatif n’existe.

Ce qui n’empêche pas certains députés européens français de vouloir l’imposer au niveau de l’Europe. Ainsi, François-Xavier Bellamy, membre éminent de la droite française éprise d’ordre moral, et internaute prolifique, a réussi lors de la dernière session du Parlement européen à faire voter un règlement « anti-voile » directement inspiré de la loi votée en France, et avec les mêmes risques de dérives, au nom des « valeurs démocratiques » de l’Union européenne, afin d’interdire par exemple toute subvention à ceux qui en dévient.

Les indépendantistes catalans respectent-ils dans leur combat contre Madrid les « valeurs européennes » telles que les proclament les députés de la droite espagnole et européenne ? Les juges espagnols ont donné leur avis, et si un tel texte est appliqué, rien n’empêchera le gouvernement espagnol, demain, de l’appliquer « à modu soiu ».

C’est pourquoi nous avons voté contre l’adoption de sa proposition, Verts-ALE, Socialistes et La Gauche rassemblés. Ce qui depuis le fait se déployer à l’infini sur internet pour nous montrer du doigt.

Les femmes iraniennes ont besoin que l’on soutienne leur combat pour la liberté, pas qu’on l’instrumentalise ! •