Crises politiques

Un avenir d’incertitudes

Banksy / CC BY 2.0 David Merrett
par François Alfonsi

 

 

Alors que 2023 s’achève bientôt, de quelque côté que l’on se tourne, les perspectives ne sont pas bonnes. Europe, Ukraine, Moyen Orient, Arménie, Argentine, Afrique, scène diplomatique mondiale tant à l’ONU que lors des sommets de la lutte contre le réchauffement climatique : aucune éclaircie n’apparaît alors que les situations s’aggravent.

 

 

L’Europe doit faire face de plus en plus régulièrement au pire pour son avenir, à savoir l’influence croissante des forces populistes qui en sapent les fondements politiques et démocratiques. Depuis la victoire de l’extrême-droite en Italie, même si elle a été tempérée par un pilotage étroit de sa politique économique depuis Bruxelles, le cycle électoral européen continue sa course favorable aux eurosceptiques, dont la nature politique est de remettre en cause le fonctionnement-même de l’Union Européenne.

Depuis l’élection italienne, les échéances se sont succédées avec des résultats en dent de scie. En Pologne, le parti ultraconservateur PiS a certes perdu l’élection, mais le Président du pays en reste un membre assidu et il va s’ingénier à entraver la gouvernance de la majorité pro-européenne issue des urnes. En Espagne, la victoire à l’arraché des socialistes et de leurs alliés est contestée par une union entre droite et extrême-droite qui veut empêcher à toute force l’adoption de la loi d’amnistie catalane indispensable au maintien de la coalition gouvernementale.

À côté de ces victoires étriquées du camp pro-européen dans deux États parmi les plus importants, on a assisté à de larges succès des forces eurosceptiques dans deux autres. En Slovaquie, l’élection du nouveau Premier ministre Robert Fico est venue renforcer la position ultra-négative de la Hongrie de Viktor Orban. Puis est tombée la semaine dernière la nouvelle de l’élection hollandaise qui a vu un parti d’extrême-droite remporter une très large victoire dans un pays-clef de l’Union Européenne.

 

 

Les prochaines élections européennes, dans huit mois maintenant, donneront la température politique de l’Union. Les sondages sont alarmants en France et en Allemagne. L’alliance entre la droite et l’extrême droite s’affirme à chaque occasion désormais. Lors de la dernière session du Parlement européen, un débat effarant sur la situation en Espagne, provoqué par la coalition Partido Popular/Vox, a reçu le soutien explicite de certains ténors de la droite européenne. Et la directive sur la limitation des pesticides en agriculture, rejetée de quelques voix, a fait les frais de ce glissement de la droite vers l’extrême-droite.

L’Ukraine a tout à redouter de cette évolution pour le soutien à son effort de guerre. Déjà, le nouveau Premier ministre slovaque a purement et simplement annulé une livraison d’armes négociée par son prédécesseur. Or l’arrêt de l’invasion russe et la reconquête des territoires occupés ne peut se passer d’un soutien sans ambiguïté de l’Europe à l’Ukraine. Celui-ci apparaît moins fort désormais, alors que l’hypothèse de l’élection de Donald Trump aux USA en novembre 2024 n’est pas écartée.

La sauvagerie des combats déclenchés par le Hamas, et la riposte démesurée de l’armée israélienne, ont rallumé le foyer de tension mondiale que représente le conflit israélo-palestinien. Une trêve a été enfin négociée autour de la situation des otages détenus par le Hamas. Mais l’armée israélienne reste en échec malgré des bombardements massifs et meurtriers pour les civils : pas ou peu de dirigeants du Hamas tués ou arrêtés, ni de reddition d’aucune de ses « brigades ». Malgré la trêve, la paix semble bien loin !

La vulnérabilité extrême de l’Arménie face aux agressions de l’Azerbaïdjan et de son allié turc menace le seul pays démocratique de la zone.  L’Argentine, dévastée par la crise économique, a désormais un Président d’extrême-droite manifestement dangereux. Et en Afrique, la milice Wagner poursuit ses avancées politiques et militaires.

Dans le même temps l’ONU affiche sa totale impuissance, quel que soit le conflit en cours. Et la COP28, le prochain sommet des États pour la lutte contre le réchauffement climatique, se présente comme un échec annoncé. Et cela alors même que tous les experts expriment leur crainte d’effets encore plus graves que ceux anticipés jusqu’à présent.

À vrai dire, dans les récents développements de l’actualité, rien n’invite vraiment à l’optimisme ! •