E riflessioni di Max Simeoni

La langue corse est-elle condamnée à disparaître ?

Max Simeoni, Bastia
par Max Simeoni
Je rédigeais cet article il y a un an sur le numéro spécial consacré à la langue corse. Nos lecteurs connaissent nos arguments pour sauver le peuple corse, sa langue et son territoire, mis en péril par la République des jacobins. République qui nie les différences au nom de valeurs universelles, qui a été une puissance coloniale et qui, avec l’Angleterre concurrente, avaient chacune un Empire « où le soleil ne se couchait jamais ». L’une faisait surtout du business, l’autre apportait la civilisation. Eu égard aux enjeux que représentent ce deuxième tour de l’élection législative, dimanche 19 juin, il me semble important de publier à nouveau cet article. Chaque nationaliste, au-delà chaque démocrate, doit comprendre que, entre nos mains, y compris dans le bulletin que nous glissons dans l’urne, nous avons l’avenir d’un peuple sur sa terre.

 

 

Jules Ferry créateur de l’école obligatoire, laïque, gratuite était un colonisateur convaincu, missionnaire. Un progressiste ? N’empêche que Royauté et République s’enrichissaient après s’ être imposée par les armes en tirant partie des richesses minières, des forêts, de nombreuses matières premières de ces pays de « sauvages arriérés », pays aux quatre coins des océans permettant de sécuriser le trafic de leurs navires marchands… main-d’oeuvre indigène presque gratuite, taillable et corvéable à merci, alimentant en Métropole des Industries en plein rendement.

 

Le peuple corse, en marge de la France et de l’Europe en Méditerranée, de race blanche et catholique, a subi à peine atténué le même traitement. Conquis par les armes, battu à Ponte Novu en 1769, il a servi de réservoir d’hommes pour les guerres et d’encadrement de l’Empire colonial, territoire non développé, une fois l’Empire perdu (accords d’Evian en 1962 avec l’indépendance de l’Algérie), l’île vidée (160.000 hab. en 1962), elle va servir à la politique du tout tourisme pour faire rentrer des devises et compenserun peu le tourisme de l’Espagne et de l’Italie.

De nos jours, l’île est un marché captif qui enrichit les producteurs extérieurs. Elle importe plus de 97 % de ce qu’elle consomme, ne peut pas créer un domaine productif digne de ce nom, elle est pauvre, elle a 60.000 précaires et autant en voie de l’être malgré les discours officiels d’aides généreuses. Le renouvellement de population s’amplifie.

Ces rappels pour ceux qui doutent encore de la politique coloniale exercée en Corse. Les preuves incontestables sont connues, écrites dans des rapports. La Datar commande un rapport qu’elle veut secret par contrat à l’Hudson Institute qui est une importante organisation américaine internationale de prospective. Dans les 9 dernières pages elle envisage pour le développement touristique 4 lignes de conduite.

Les deux premières assez semblables au statut quo disent que si rien n’est fait pour l’identité culturelle des Corses, que le tourisme est encouragé peu ou fortement, les Corses de plus en plus minoritaires seront de plus en plus frustrés.

La troisième meilleure, l’État fait confiance aux Corses et les aides à relever la Corse. Improbable car il faudrait l’union de tous les Corses.

La quatrième, l’État est le promoteur du relèvement et la Corse par sa beauté, son histoire ses traditions, sa culture devient un pôle d’attraction national et international.

 

Donc deux options. Soit accélérer l’érosion culturelle par une immigration massive et la transition sera courte. Soit conserver et restaurer l’identité culturelle en développant le potentiel corse de l’Île. La première option douloureuse et aléatoire, la seconde sans grand risque et pourrait être passionnante dit l’Hudson Institute.

L’Hudson Institute a enquêté sur l’île en juin-juillet 1970 et le gouvernement venait de publier le Schéma d’aménagement de la Corse pour la période de 15 ans, de 1971 à 1984. Ce rapport dévoilé par l’ARC a apporté la preuve flagrante de la  manœuvre sournoise de l’État républicain  lors de sa conférence de presse retentissante en novembre 1971. Avant sa divulgation, plusieurs observateurs étaient méfiants car le gouvernement avait fait semblant de consulter quelques interlocuteurs choisis par lui. Le  Conseil général avait d’ailleurs émis 20 amendements. Le 27 juillet 1971, le Comité interministériel l’avait voté sans tenir compte de rien.

Même refus pour la Charte des langues régionales ou minoritaires du Conseil de l’Europe en 1992 que la France a fini par signer mais sans jamais la ratifier, ce qui la rend non applicable s’agissant d’un traité d’États.

Enfin le rapport de l’Unesco de 2002-2003 fait par les linguistes mondiaux les plus reconnus analyse la situation de ces langues et avance des critères quant aux risques de disparition.

Si on lit ce rapport, on se rend compte qu’aucun d’entre eux n’existe pour la survie de notre langue. Elle est donc condamnée à disparaître comme des milliers qui l’ont été.

Ce n’est pas la seule action des culturels (ou de l’école de la République) qui peut la sauver. Elle est cependant remarquable et nécessaire pour freiner son déclin. Le problème est politique en attendant de pouvoir changer la Constitution pour changer la loi et obtenir la coofficialité.

 

Il faut la reconnaissance du peuple corse dans la Constitution et l’autonomie interne pour avoir les moyens d’espérer y parvenir un jour. Ce n’est guère une phobie institutionnelle comme il est souvent avancé par les anti nationalistes ou les mal informés. C’est une réelle urgence historique qui demande temps et détermination sans relâche. Les tractations avec le pouvoir central doivent être menées avec cette conviction. On obtiendra des avancées insuffisantes comme pour les statuts spéciaux (Deffere, Joxe, Jospin, Cazeneuve), qui noient le poisson et nous font perdre un temps précieux. La pression contre le système jacobin doit être continue et sur tous les fronts démocratiques. Il y a incompatibilité entre notre aspiration juste et légitime de peuple, et la culture, la philosophie, la doctrine, on peut dire, « totalitaire » de la République française. La voie de la violence clandestine étant à l’arrêt, un front commun est possible de tous les nationalistes, il est indispensable.

On ne sauve pas un peuple par procuration et « morta a lingua, hè mortu u populu ». Les nationalistes sont-ils conscients et mobilisés sur le front démocratique ? •