La tendance établie depuis ces dernières années est que les votes finaux des formations populistes et d’extrême-droite sont au final supérieurs à ceux qu’avaient prévus les sondages. Le même scénario a régulièrement eu cours, par exemple en Allemagne avec l’AfD, en France avec le Rassemblement National, et jusqu’au Royaume Uni de plus en plus sous l’emprise du nouveau parti d’extrême droite de Nigel Farage, Reform UK. Pourtant, c’est exactement le contraire qui s’est produit aux Pays Bas le mois dernier.
Le parti d’extrême-droite néerlendais PVV, à l’origine de ces élections après avoir provoqué la démission du précédent gouvernement, caracolait en tête des sondages deux semaines avant le scrutin avec 32% des intentions de vote. Au final, il perd 11 sièges et termine second du vote avec 16,6%, seulement la moitié du score annoncé.
Avant cette bonne surprise, d’autres scrutins avaient été gagnés par les forces pro-européennes et pro-démocratie en Roumanie (grâce à une spectaculaire « remontada » entre les deux tours) et en Moldavie (malgré les ingérences russes), alors que le risque était bien établi d’un résultat contraire dans les deux cas. Certes, dans le même temps, la Tchéquie et la Pologne ont en partie basculé dans l’autre direction. Mais, prise globalement, cette succession de résultats va permettre de consolider une position européenne ferme sur la question ukrainienne, et sur le respect des règles démocratiques face aux dérives autoritaires.
Aujourd’hui, c’est des USA où la toute-puissance de Donald Trump semble pourtant à son apogée, que vient d’arriver un nouveau souffle inattendu qui montre la fragilité des courants populistes. La percée électorale la plus significative est celle du nouveau maire de New York, Zoran Mamdani. Parti il y a neuf mois avec 1% dans les sondages, il a commencé par renverser le candidat démocrate officiel Andrew Cuomo, qui, ne pouvant garder l’investiture officielle du parti démocrate, a continué sa candidature comme candidat indépendant bruyamment soutenu par Donald Trump. Mamdani a fini avec un spectaculaire 50,4% des suffrages et une victoire éclatante.
Mais ce n’est pas le seul résultat significatif : deux gouverneurs républicains dans les États de Virginie et du New Jersey ont été renversés par les candidats démocrates, de nombreuses élections municipales sont allées dans le même sens, ainsi que des élections à des postes clefs dans les instances judiciaires, ou lors des consultations par referendum tenues le même jour. De fait, Donald Trump, et son parti républicain repeint aux couleurs de « Make America Great Again », a été en partie désarçonné par cette avalanche de défaites.
Les mouvements populistes d’extrême droite sont en fait traversés par une contradiction insurmontable, qui consiste à satisfaire tout à la fois les attentes d’un électorat populaire en quête de pouvoir d’achat et de services publics de qualité, et celles de leurs « milliardaires financeurs » qui, pour se dérober à leurs obligations de contribution et d’impôts, n’ont de cesse que d’incriminer l’État et la dépense publique en général.
Au début, la technique qui consiste à faire de l’administration publique un « bouc émissaire » commode fonctionne à merveille, sur fond de dégagisme et de démagogie. Puis les réalités reviennent progressivement à la surface, qui montrent un nouveau pouvoir arc-bouté sur des mesures anti-sociales. Aux États-Unis, c’est le forcing de Trump pour démanteler la politique sociale de santé publique, « l’Obamacare », qui a fini par éclairer une opinion qui revient massivement déçue d’avoir soutenu un Président en réalité à l’opposé de leurs intérêts pour les moins nantis.
En France aussi, la musique commence à se faire entendre d’un mouvement d’extrême droite dont le groupe à l’Assemblée Nationale vote essentiellement pour préserver les intérêts des plus riches.
Il semble que le vent pourrait tourner désormais. En Corse il faut l’espérer tant l’arrivée au pouvoir de ces ennemis déclarés de l’autonomie et des langues régionales serait négative pour l’avenir du Peuple Corse. •








