La façade maritime du parc de Corse constitue un ensemble paysager et naturel exceptionnel, reconnu par l’inscription du site, en tant que simple site naturel, ce qui est exceptionnel, à l’inventaire mondial de l’Unesco, dès 1983.
En constituant cette réserve naturelle de Corse, trois objectifs sont poursuivis :
– connaître et protéger le site et sa biodiversité, avec la possibilité d’instaurer des quotas, des zones de quiétude, etc., en fonction du suivi régulier et scientifique des espèces ;
– surveillance, modération et même interdiction des impacts des activités humaines, le plus souvent liées au tourisme, omniprésent, ou encore au pillage des ressources halieutiques par des pratiques de pêche industrielles ;
– accompagnement des activités du territoire pour qu’il soit partie prenante de la protection de son patrimoine et le bénéficiaire des retombées économiques que sa notoriété provoque.
Ce modèle de réserve « grand format », la réserve nouvelle gérant 70.000 hectares incluant les 1.000 hectares actuels de Scàndula, avec un zonage différencié des niveaux de protection, a été validé à Bonifaziu, dans un secteur où le tourisme est encore bien plus présent qu’à Portu, et où la proximité de la Sardaigne, et même des côtes italiennes et siciliennes, génèrent une pression de pêche considérable. Avec un point de vigilance particulier à porter sur les îles Lavezzi dont la mise en réserve dans les années 70 avait accompagné l’implantation d’un tourisme de luxe sur l’île de Cavallu.
Le parallèle peut être fait avec le golfe de Portu-Ghjirulatu et la réserve de Scàndula, elle aussi créée dans les années 70 et dont le fonctionnement est aujourd’hui revisité car le décret qui la régit doit être modifié. Le décret de 1975 empêche en effet de nombreuses mesures d’interdiction, soit parce que certains impacts étaient ignorés au moment de sa rédaction (survol par des drones par exemple), ou encore parce que sa rédaction rendait impossible légalement la mesure n°1 pour la protection des fonds marins, à savoir l’interdiction de mouillage des bateaux de plaisance dont les ancres affectent les herbiers de posidonie.
La mise en place d’une réserve naturelle couvrant l’ensemble de l’espace maritime constituant la projection en mer du site Unesco inclura la réserve de Scàndula et permettra d’en étendre les effets sur l’ensemble du golfe.
En allant jusqu’à la limite des eaux internationales des 12 miles, il pourra être mis fin aux campagnes de pêche de certains bateaux européens qui écument la Méditerranée. Lors d’épisodes de tempêtes, le port de Ghjirulatu a eu plusieurs fois la surprise de voir arriver des grosses unités du port de Sète ou des ports de Ligurie venus se mettre à l’abri alors qu’ils pêchaient au large, ni vus ni connus. Tout comme les agents de la réserve de Bonifaziu ont eu plusieurs fois à arraisonner des bateaux italiens ou d’ailleurs qui avaient à bord des dentis par dizaines et même centaines de kilos. La zone poissonneuse du canyon sous-marin de Portu, ou celle qui profite de la zone de non-prélèvement instaurée à Scàndula, aura, avec la future Réserve, les moyens de réserver réellement l’effort de pêche aux professionnels locaux agréés, et, dans le respect de la réglementation, aux pêcheurs amateurs, notamment les résidents.
La zone de Capu Rossu, pointe sud du golfe de Portu, est actuellement privée de toute surveillance alors que son intérêt est tout aussi important que celui de Scàndula. La réserve créée, de par sa surface, aura les moyens scientifiques et humains pour étendre la protection nécessaire à ce site et à tous les autres concernés (Seninu, Calanche de Piana, etc.) dont les côtes abritent plus de la moitié des balbuzards se reproduisant sur toute la côte ouest de la Corse. La réserve étendue permettra ainsi de mettre en place les mesures de préservation bien au-delà de Scàndula dont le territoire réduit représente 20 % du potentiel insulaire de cette espèce protégée.
La réglementation de cette future réserve va faire l’objet d’une large concertation, concertation à laquelle l’État a tourné le dos pour rédiger le projet de nouveau décret « Scàndula » mis à l’enquête publique en décembre et janvier derniers. Ce faisant, il a plaqué un schéma extrêmement limité (70 hectares mis sous cloche au détriment de la vie locale), dont l’effet serait, s’il n’était pas corrigé, de mettre à bas tous les efforts engagés pour apporter une protection durable sur 70.000 hectares d’espace maritime, dans cette région emblématique de la biodiversité pour la Corse et la Méditerranée. •








