Le dossier de la cherté des carburants en Corse vient de rebondir à travers les très grosses amendes (187 millions d’euros) infligées aux trois groupes pétroliers contrôlant l’approvisionnement en carburants sur l’île (Total, Rubis-Vito et EG Retails) pour exercice d’un monopole illégal. Mais il n’y aura pas de miracle pour les Corses, bien au contraire ! Tant que la Corse ne pourra pas, par la force de la loi dans le cadre de l’autonomie, réguler les prix du marché, les consommateurs corses seront toujours les dindons de la farce !
Cocus hier, triplement cocus demain. En plus d’avoir subi cette entente et son inévitable dérive sur les prix à la pompe, les consommateurs corses finiront par payer l’amende colossale infligée, car les distributeurs la répercuteront inévitablement lors de leurs prochains exercices, tandis que l’Etat en gardera le montant dans ses caisses parisiennes. Et les prix à la pompe en Corse continueront à pomper les finances d’une population qui, plus que toute autre dans l’Hexagone, a besoin de sa voiture pour faire face aux reliefs, aux distances, à la pénurie des services publics et à la rareté des transports en commun.
La distribution des carburants dans l’île échappe aux mécanismes de concurrence qui, bon gré mal gré, permettent de limiter les prix sur le continent grâce à la pression exercée par les grandes surfaces commerciales qui distribuent 50% des carburants vendus en France.
Le modèle économique est celui d’un circuit court, chaque chaîne de supermarchés ayant sa propre flotte de camions-citernes. Elles négocient, grâce à l’ampleur des volumes embarqués aux portes mêmes des raffineries, des rabais maximum, puis elles desservent leurs stations de distribution à très fort débit où l’essence est revendue à prix coûtant. En effet, pour eux, vendre de l’essence est un produit d’appel à des consommateurs dont on peut penser, une fois que leur plein est fait, qu’ils descendront de voiture pour faire leurs courses.
Circuit court et absence de marge sont donc les ingrédients de base de ce système économique. Sur le reste de leurs réseaux, les majors du pétrole bénéficient de leurs situations privilégiées, sur les autoroutes et les grands axes, pour continuer à vendre plus cher, mais, inévitablement, la concurrence des grandes surfaces restreint leurs marges de manœuvre pour la fixation des prix. Ainsi fonctionnent les mécanismes de la concurrence en France.
Mais la Corse est une île, ce que le tout nouveau et parfait inconnu qui a pris la place de Ministre de l’Industrie semblait n’avoir pas encore réalisé quand il a répondu aux députés corses dans l’hémicycle qu’il « comptait sur les mécanismes de la concurrence pour faire diminuer les prix ». En effet, la conséquence de l’insularité est toute simple : il ne peut exister de circuit court pour la distribution de carburant en Corse car, pour des raisons de sécurité, les semi-remorques d’essence sont interdites de circuler sur les ferrys desservant Aiacciu et Bastia. Sans compter le temps nécessaire à la traversée aller et retour qui est antinomique avec le concept même de circuit court. Si bien que les grandes surfaces corses ont renoncé d’emblée à ce modèle économique qui régit le marché des carburants sur le continent.
L’infraction grossière d’entente illégale entre compagnies pétrolières révélée par l’enquête de l’autorité de la concurrence est en fait le simple constat d’une réalité objective qui renvoie à la seconde caractéristique nécessaire de tout marché insulaire, à savoir l’existence de dépôts pétroliers intermédiaires aptes à garantir la sécurité de l’approvisionnement. La gestion de ces dépôts ayant été confié à ces mêmes sociétés pétrolières à travers une holding commune, comment éviter qu’elles échangent, et donc qu’elles s’entendent ?
Les compagnies pétrolières corses jurent leurs grands dieux que cette situation objective ne les a pas incitées à augmenter les prix. Les automobilistes corses, et les touristes surtout qui, eux, savent tous les prix qu’ils payent chez eux, sont persuadés du contraire. Mais peu importe qui dit vrai. Attacher dogmatiquement la situation corse aux lois et règlements qui sont en vigueur sur le continent est en fait le péché originel du système.
La réponse adéquate à la question de l’approvisionnement en carburants de la Corse ne se trouve donc pas dans les ânonnements du ministre Papin sur les vertus de la concurrence, mais, au contraire, dans la mise en place d’une régulation stricte qui surveille de près les groupes pétroliers, et qui impose un prix régulé acceptable par le consommateur, et raisonnable pour les acteurs économiques.
Mais, pour cela, il faudrait que la Corse soit, enfin, devenue autonome par rapport aux lois et règlements hexagonaux ! •








