Le cessez-le-feu a été annoncé dans la nuit du 23 juin après de nouvelles salves de missiles iraniens qui ont répondu, en visant Israël et les bases américaines du Qatar ou d’Irak, aux bombardements incessants de l’aviation israélienne et au raid éclair américain lancé pour détruire les installations enterrées d’enrichissement d’uranium de l’Iran. À en croire Donald Trump, le programme iranien pour se doter de l’arme nucléaire est « anéanti ».
L’alternative à un cessez-le-feu serait la continuation des combats ce qui, c’est une évidence à cette heure, ne pourrait pas tourner à l’avantage de l’Iran. Aussi, ce cessez-le-feu, Israël ne l’accepte qu’à contre-cœur. Aussitôt prononcé, il a d’ailleurs été violé et Donald Trump a dû élever la voix en appelant « les israéliens à se calmer ». Très clairement, Israël est frustré de ne pouvoir aller jusqu’au renversement de régime en Iran.
Car pour l’Amérique, le soutien donné à Netanyahu qui les a entraînés dans cette guerre ne vaut pas blanc-seing pour une guerre sans fin.
Quelques données doivent être prises en compte. Les bases américaines du Qatar ou de l’Irak sont, étant plus proches de l’Iran, à portée de missiles de courte ou moyenne portée, alors qu’Israël ne peut être atteint que par des missiles de très longue portée survolant tout l’Irak et la Syrie. Financièrement, pour le coût de chaque missile, et structurellement pour constituer des rampes de lancement, il est dix fois plus facile pour l’Iran de cibler les bases américaines qu’Israël.
L’autre différence tient au nombre de missiles disponibles. Ceux à longue portée sont en nombre limité, et les installations de lancement sont lourdes et repérables par satellites, et donc aussitôt détruites par l’aviation israélienne. Ceux à moyenne et courte portée sont bien moins chers, bien plus répandus, et ils peuvent être déployés et lancés beaucoup plus facilement. Si le cessez-le-feu devenait non valide, l’Iran aurait bien plus de moyens pour cibler les Américains déployés au Moyen Orient que contre Israël.
Une autre perspective inquiète Washington : perdu pour perdu, l’Iran pourrait opérer un blocus du détroit d’Ormuz. Il ne faut pas de superbombardiers pour cela, ni de bombes colossales comme en ont les américains. Il suffit de parsemer le détroit de mines en nombre suffisant, et d’en aviser les compagnies d’assurance qui aussitôt retireraient leurs garanties aux cargaisons empruntant ce détroit.
Pour le Qatar, le Bahrein, l’Irak ou le Koweit, le blocus serait alors total ou presque. Et pour l’Arabie Saoudite aussi la moitié et plus de sa production d’hydrocarbures serait bloquée. Soit au total 20 % au moins de la consommation mondiale, de quoi provoquer un « choc pétrolier » colossal. Avec des conséquences en chaîne sur l’économie mondiale dont les USA porteraient alors la responsabilité.
Certes, les iraniens en seraient eux aussi victimes car leur pétrole et leur gaz naturel sont exportés par cette route maritime stratégique. Mais, pour un pays assiégé, quelques mois de crise économique ne sont pas rédhibitoires. Par contre, pour l’économie mondiale, et pour les pays arabes concernés par le blocus, les conséquences seraient tout à fait insupportables.
Intervenir dans le détroit d’Ormuz pour en garantir la sécurité de navigation serait alors impératif, mais serait très risqué. Les démineurs envoyés sur place se trouveraient en effet à portée de tromblon des côtes iraniennes, face à des armées avides de revanche. Le précédent de l’Afghanistan en a apporté la démonstration : aucune puissance, pas même l’Amérique, ne peut vaincre une armée au sol, campée sur son territoire, au corps à corps.

Israël a lancé la guerre. Sa supériorité militaire éclatante, fondée sur des services secrets incroyablement renseignés, à écrasé l’Iran et décapité ses armées. Cela a ouvert la porte à l’assaut lancé depuis les USA contre les installations nucléaires iraniennes. Donald Trump y est allé, mais il voudrait refermer cette porte aussitôt, alors qu’Israël veut pousser son avantage jusqu’à un changement de régime en Iran.
L’Iran, dans l’immédiat, n’a d’autre choix que d’accepter de jouer la carte du cessez-le-feu. Mais si, avec le temps, le régime des mollahs arrive à se reconstituer économiquement et militairement, l’heure de la revanche viendra inéluctablement, un jour ou l’autre.
Si l’Iran, comme le veut Israël, est poussé dans ses retranchements pour l’acculer à un changement de régime, il a les moyens de provoquer avant cela un chaos économique mondial historique.
Israël et les USA sont en train de vérifier une vérité bien connue : le plus difficile est de terminer une guerre, pas de la lancer. •








