Ce samedi 15 mars, malgré une météo pluvieuse, de nombreux militants et citoyens soucieux de l’environnement se sont réunis à Monte, sur le site prévu pour la construction d’un centre de sur-tri des déchets. Le terrain a déjà été défriché, les routes élargies et le permis de construire accordé. Pourtant, la mobilisation citoyenne persiste pour dénoncer un projet jugé nuisible à la biodiversité, à l’agriculture et à la qualité de vie des riverains.
Core In Fronte, aux côtés du collectif de riverains Piaghja di Golu, dénonce un manque de réflexion sur le devenir des déchets triés. Selon eux, les déchets calcinés seront entreposés sur site sans moyens de stockage adaptés. De plus, le projet provoquerait une augmentation du trafic de camions, aggravant la congestion routière et la pollution locale.
Le parti propose une fiscalité incitative favorisant les citoyens qui trient leurs déchets, plutôt qu’un système de traitement massif sans tri sélectif efficace. Pour Core In Fronte et le collectif, ce centre acterait l’abandon d’une véritable politique de gestion des déchets basée sur le tri à la source.
Ce projet est en contradiction avec plusieurs dispositions légales et environnementales, dénoncées par les associations Le Garde et Corsica Pulita1 :
– Non-respect de la carte communale de Monte et du Padduc,
– Artificialisation de 5 hectares de terres agricoles classées ESA, sans compensation,
– Violation du principe ERC (éviter – réduire – compenser),
– Impact sur l’activité agricole et absence de justification claire du choix du site,
– Absence d’étude d’impact sur l’incinération de 189 500 tonnes de CSR/an,
– Manque de transparence sur les conséquences des constructions voisines.
La commission d’enquête publique a rendu un avis favorable le 18 février 2025, malgré un avis défavorable du Conseil national de la protection de la nature (CNPN). Un arrêté préfectoral a tout de même autorisé le Syvadec à exploiter le centre.
En réponse, Le Garde a déposé un recours en annulation et un référé contre cette autorisation devant le Tribunal administratif de Bastia.
Le coût du projet est estimé à plus de 70 millions d’euros, financé à 80 % par l’État via l’Ademe et le PTIC. Son exploitation, confiée à une société privée, engendrerait des frais annuels de 18 millions d’euros.
Rappelons (même si son Plan Déchets laisse de façon incompréhensible la porte ouverte à la « valorisation énergétique ») que la Collectivité de Corse par la voie du président du Conseil exécutif avait réclamé le retrait de la délibération du Syvadec prévoyant le financement du projet. Le président y reproche notamment le non-respect des compétences de la CdC, non consultée sur sa pertinence, ce qui pose un problème sur l’utilisation des fonds publics au travers du PTIC. Le président alertait aussi sur les conséquences financières catastrophiques pour les collectivités locales et pour les ménages et la menace que ce centre fait peser sur la priorité du tri à la source.
Dans notre édition du 1er février 2024 Arritti pour sa part commentait : « le mot « valorisation » est ici indéniablement usurpé. Ce n’est pas Arritti qui le dit, ni même les associations de défense de l’environnement à travers notamment le collectif Corsica Pulita. C’est l’analyse des composants au final et l’expérience de terrain qui fait que ces CSR ne sont pas considérés comme une solution « pertinente » dans la loi de Transition écologique pour la croissance verte. Combustibles Solides de Récupération et incinération sont en effet liés. Et l’incinération c’est dangereux pour la santé, polluant pour l’environnement, dissuasif sur la vraie solution de traitement des déchets : le tri à la source ! »
Le montage financier du projet suscite des interrogations : le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête en novembre 2024 sur d’éventuelles irrégularités. Plusieurs perquisitions ont été menées, notamment dans les locaux du Syvadec, et plusieurs responsables ont été auditionnés.
Les associations A Spiriata et U Levante ont annoncé un recours en annulation devant le Tribunal administratif de Bastia, les contestations déjà manifestées par Piaghja di Golu et Core In Fronte, ne faiblissent pas.
La mobilisation se poursuit donc contre un projet jugé incompatible avec une politique publique responsable de gestion des déchets. •
Pierre Luciani.
- Collectif regroupant associations de défense de l’environnement et des collectifs anti-mafia. ↩︎








