Le suspense n’était pas vraiment très grand lorsque les députés se sont prononcés sur la motion de confiance proposée par le Premier ministre. François Bayrou se savait largement battu, même s’il a dû être dépité par l’ampleur de sa défaite. Une crise politique est désormais déclenchée. Peut-elle être contenue ? Ou bien sommes-nous entrés dans une spirale de crise impossible à maîtriser ?
Les derniers mois de 2025 seront rythmés par cette crise politique au sommet de l’État. Dès le premier jour, les commentateurs politiques sont désemparés. Nul ne sait comment trouver une majorité introuvable. À commencer par Emmanuel Macron lui-même, désormais en première ligne.
Dans le régime présidentiel de la cinquième république, il garde l’essentiel du pouvoir et il reste la clé de voûte des institutions. Cependant, ces institutions doivent fonctionner et produire de l’action politique. En franchissant le cap du vote du budget 2025, François Bayrou avait réussi à avancer là où Michel Barnier avait échoué. Mais il vient de précipiter son propre échec, moins d’un an plus tard.
Le même parcours est-il possible pour un (ou une) autre homme (ou femme) politique gravitant dans le cercle du « bloc central », ce tiers des députés qui soutiennent officiellement Emmanuel Macron ? L’ambiance qui règne au Palais Bourbon n’incite guère à l’optimisme, et chacun parie sur la censure d’un tel gouvernement dès la fin de l’année, lors du vote du budget 2026. Cependant, techniquement, cela semble être la seule façon de sortir de la vacance de gouvernement actuelle.
Les négociations porteront sur un éventuel accord de non-censure, qui serait obtenu par le renoncement aux principales mesures de baisse des dépenses publiques que François Bayrou avait mises en avant durant l’été. En effet, la répétition des épisodes de censure dans lesquels LFI et le RN mènent le bal ne pourrait que finir par mettre en difficulté les autres forces politiques, notamment les Républicains et le Parti Socialiste dont les électorats sont heurtés par la chienlit que cela entraîne.
Mais l’un et l’autre sont dans des logiques complexes. La droite court après le RN qui a le vent en poupe. Déjà, ils se sont fracturés sur ce vote, entre soutiens à Bayrou, et dissidents lorgnant vers l’extrême-droite comme François Xavier Ceccoli, député de Haute Corse, qui doit déjà son élection de juillet 2024 à un soutien direct du RN. Plus la perspective de nouvelles élections approche, plus cette pression est forte.
Les socialistes voudraient, toutes tendances confondues, sortir de la gangue du Nouveau Front Populaire où LFI et Jean Luc Mélenchon restent dominants. Mais la manœuvre est risquée, car « l’union de la gauche » a conditionné les résultats électoraux de 2024. Et ce scénario d’un gouvernement « non censuré par le PS » se heurte au retrait probable de la droite de l’équation gouvernementale recherchée. Dans ce cas l’espoir d’une majorité stable s’envolerait.
Dans ce contexte incertain, la gestion des dossiers corses va se trouver considérablement fragilisée. Deux dossiers sont particulièrement exposés. Le premier concerne la poursuite du parcours parlementaire de la réforme constitutionnelle ouvrant la voie à l’autonomie de la Corse. Cela doit commencer au Sénat dans quelques semaines. Y aura-t-il un ministre nommé pour le défendre lors des débats ? Et qui sera-t-il ? La logique serait que François Rebsamen, qui a mené le dossier jusque-là, soit confirmé dans sa fonction. Cela sera-t-il possible ?
L’autre dossier, très sensible à court terme, est celui de la rallonge de la dotation de continuité territoriale, 50 millions d’euros, dont la Collectivité de Corse a impérativement besoin pour boucler son budget annuel 2026. En effet, les contrats pluriannuels de délégation de service public signés dans l’aérien et le maritime ne pourraient être honorés sans ce concours budgétaire. Celui-ci a été accepté pour 2025, quand François Bayrou a pu valider son budget par recours au 49-3, mais il ne sera pas une dépense ordinaire reprise mécaniquement en cas de vote d’une motion de censure contre celui proposé pour 2026.
La Corse risque alors de se trouver aspirée dans une spirale de crise à laquelle elle aura bien du mal à faire face. •








