Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2889

da u 15 à u 21 di maghju di u 2025

U mo parè

La vérité en exil

Negroni

le 16/05/2025

Par François Joseph Negroni

Il fut un temps, pas si lointain, où la vérité constituait le socle commun. Un horizon partagé, certes débattu, mais reconnu. Les faits précédaient l’opinion. Le réel imposait ses limites, même aux plus puissants. Ce temps semble révolu.

Nous entrons dans une ère nouvelle. Celle où les mots ne décrivent plus, ils déforment. Où les faits ne s’imposent plus, ils se négocient. Où la vérité n’est plus recherchée, mais construite, à coups de tweets, de montages, de récits performés. Cette ère porte un nom : la post-vérité.

Ce n’est pas un concept intellectuel d’inquiet. C’est un basculement mondial. De Donald Trump à Vladimir Poutine, de Bolsonaro à Netanyahou, le même mécanisme se répète : produire du mensonge comme stratégie. Organiser la confusion comme méthode. Fabriquer un monde parallèle, où tout est relatif, où plus rien ne choque, car tout devient narratif. Les ingénieurs du Chaos.

Trump en est le symbole parfait. Non pas parce qu’il ment — cela, beaucoup l’ont fait avant lui — mais parce qu’il ne se donne même plus la peine de cacher qu’il ment. Mieux : il transforme le mensonge en arme, en outil de domination. Il lance des accusations délirantes, inverse les rôles, traite un président démocratiquement élu de dictateur, se pose en victime alors qu’il piétine les institutions. Il crée un univers fermé, où son récit devient loi, où ses partisans, hypnotisés, n’écoutent plus que lui. Vérité alternative, justice parallèle, médias ennemis. Le doute devient doctrine.

Poutine, lui, a perfectionné cette logique. Il ne s’agit plus simplement de travestir la réalité : il s’agit de l’éteindre. Dire que l’Ukraine n’existe pas, que la guerre n’en est pas une, que les crimes ne sont que mises en scène. Le langage est perverti, le réel devient malléable. Orwell n’est plus une dystopie, mais un manuel.

Mais ce phénomène dépasse ces figures. Il infiltre nos démocraties, lentement, insidieusement. À force de relativiser, de tout mettre sur le même plan, d’entretenir l’idée que « chacun a sa vérité », nous avons créé un climat de désorientation collective. La vérité n’est plus sacrée : elle est subjective, optionnelle, réversible.

Ce glissement n’est pas neutre. Il prépare le terrain à l’arbitraire. Car si la vérité ne compte plus, seuls comptent le pouvoir, la force, la mise en scène. Et si la vérité n’a plus de valeur, alors le mensonge n’a plus de coût. C’est la démocratie elle-même qui vacille. Elle ne peut survivre sans un socle partagé, sans une confiance minimale dans les faits, dans la parole publique, dans l’honnêteté du débat.

Or ce virus, ce poison lent, pourrait bien nous atteindre aussi. Ici. Chez nous. Nous croyons parfois que notre insularité, notre culture, notre histoire nous protègent. Mais ce serait une illusion dangereuse. Nul n’est à l’abri. Le jour où l’on cessera d’exiger la rigueur dans les mots, la cohérence dans les actes, la fidélité aux faits, alors nous perdrons bien plus qu’un débat : nous perdrons le sens même de la vie commune.

La vérité n’est pas un luxe. C’est une nécessité politique. Une exigence morale. Une boussole fragile. Elle ne se donne pas, elle se mérite. Elle se travaille, se vérifie, se confronte. C’est cette vérité-là qu’il faut défendre. Non pas comme une certitude, mais comme une discipline. Non comme un absolu, mais comme un devoir.

Il ne s’agit pas de craindre la critique, ni de refuser la complexité. Il s’agit de refuser la trahison du réel. De ne pas sombrer dans le cynisme de ceux qui disent : « tout se vaut », « tous mentent », « rien n’est vrai ». Ce relativisme n’est pas la sagesse : c’est la défaite.

Alors oui, regardons le monde. Regardons Trump, Poutine, et les autres. Mais regardons-les comme des avertissements. Non comme des modèles, ni même comme des aberrations lointaines. Mais comme les symptômes d’un mal qui pourrait, demain, s’installer chez nous. Par fatigue. Par paresse. Par lassitude démocratique.

Ne laissons pas cette tentation entrer. Ne tolérons pas l’approximation quand elle devient habitude. Ne banalisons pas l’inversion des valeurs. Ne nous habituons pas au bruit, à la polémique creuse, au théâtre sans enjeu. Retrouvons, à contre-courant, le goût du vrai. Même s’il dérange. Même s’il oblige. Même s’il coûte.

C’est peut-être là, aujourd’hui, l’acte politique le plus radical. Résister à l’effacement du réel. Dire encore, avec calme et constance : cela s’est passé. Cela est faux. Cela est inacceptable.

Et redonner au mot « vérité » sa force de levier. •

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