L’affaire de la croix de Quasquara illustre un vrai décalage. Peut-être un symbole, un de plus, de cette incompréhension entre la Corse et Paris. La loi sur la laïcité doit-elle s’opposer à l’histoire, la culture, les traditions d’un peuple ? Finalement ne devient-elle pas ainsi un danger pour la laïcité même ? Car la laïcité n’est pas l’athéisme. Le respect de neutralité dans la sphère publique ne doit pas conduire à effacer le fait culturel, y compris lorsqu’il s’exprime ou s’appuie sur des convictions religieuses où, comme le dit Femu a Corsica dans son communiqué, « profane et sacré se côtoient » en permanence. Car enfin, comment faire disparaître toutes ces croix de nos villages qui content au-delà du fait religieux, leur histoire, les moments de partage, les rencontres, les joies, les peines, les labeurs, dont elles sont le témoin depuis parfois des siècles, un peu de l’âme de ces villages, et finalement de l’âme de ce peuple ?
Si la décision du tribunal administratif de Bastia en annulant le refus du maire de Quasquara d’enlever cette croix de bois, crée la polémique, c’est bien parce qu’elle offense bien au-delà de la soixantaine d’habitants de Quàsquara et de la guéguerre partisane pré-électorale qui vraisemblablement l’a motivé. Ce décalage entre Paris et la Corse n’est pas nouveau. Et il empoisonne et dessert finalement tout le monde. D’ailleurs le préfet de Corse, comme le cardinal Bustillo en appelle au calme et au dialogue. Pendant que d’autres mal intentionnés, cherchent dangereusement à exploiter l’événement et à en faire un motif de croisade.
Il y a sûrement une solution qui peut être trouvée dans le dialogue. De la même façon qu’en Corse on tolère la présence du fait religieux partout, des messes et bénédictions lors des inaugurations jusque des bâtiments publics, à l’implication des confréries et au son des cloches à chaque évènement important de la vie en société, sans parler de la participation active de l’église dans les débats publics. Finalement, Quàsquara nous rappelle à cette originalité qui n’est pas un problème, mais au contraire un lien social très fort dont nous avons besoin et qui fait que la Corse est la Corse.
Comme le dit notre évêque, la croix du Christ rassemble, elle ne divise pas.
Elle continuera à veiller sur nos villages. •

Le communiqué de Femu a Corsica
« En Corse, le profane et le sacré se côtoient »
« La décision du tribunal administratif de Bastia, ordonnant le retrait de la croix installée à l’entrée du village de Quasquara, s’inscrit dans une interprétation laïciste, rigide et conflictuelle du fait religieux. Elle traduit une vision déconnectée de notre réalité et étrangère à nos traditions.
En Corse, le profane et le sacré se côtoient depuis des siècles et témoignent d’une histoire, d’une culture, d’un enracinement profond. Vouloir effacer cette réalité au nom d’une conception étroite de la laïcité reviendrait à nier une part essentielle de ce que nous sommes collectivement.
Alors que notre société a plus que jamais besoin de cohésion et de sérénité, une telle décision ne peut qu’attiser les divisions et importer des débats étrangers à notre histoire. La laïcité, telle que l’entendait Pasquale Paoli, était une laïcité ouverte, éclairée et tolérante, une laïcité qui protège sans opposer, qui unit sans effacer, et qui reconnaît la place du spirituel dans la vie du peuple corse.
En cette année du tricentenaire de sa naissance, nous rappelons cet héritage : celui d’une Corse fidèle à ses valeurs humanistes, à ses traditions et à sa culture. Nous contestons donc cette décision, car elle touche à ce qui nous constitue au plus profond de nous-mêmes. La raison et la fidélité à notre histoire exigent que cette décision ne soit pas appliquée. » •








