Sous l’impulsion de Donald Trump, l’ordre mondial est en plein chambardement. Grâce à la puissance financière et militaire des USA, il multiplie les atteintes aux principes qui ont fondé les relations internationales depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
Parmi les initiatives passées plutôt inaperçues à côté du fracas des opérations militaires à grand spectacle, il en est une qui est fondamentale : le retrait des USA de l’ensemble des organismes internationaux dédiés à l’édification d’un dialogue mondial global. Il s’agit notamment de l’Unesco, qui unit les cultures du monde et favorise l’éducation dans tous les pays, du Giec qui fait référence dans l’observation du réchauffement climatique à l’échelle de la planète, de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), créé en 1948 et qui gère notamment la liste rouge mondiale des espèces menacées et joue ainsi un rôle essentiel dans la préservation de la biodiversité.
Le décret de Donald Trump vise aussi plusieurs agences mises en place par l’ONU pour mener de grands programmes dans le cadre de ses « objectifs de développement durable » : lutte contre la faim dans le monde, pour la santé de la mère et de l’enfant, etc. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui intervient dans les pays les moins développés en menant des campagnes de vaccination et qui surveille les épidémies dans le monde est elle aussi privée d’une grande partie de ses financements, et ainsi de suite pour 66 organisations internationales.
Par exemple, le Giec, dont les rapports scientifiques réguliers ont jeté les bases de l’accord de Paris sur le climat, et qui renseignent depuis le monde sur l’évolution du réchauffement climatique, se trouve privé d’un coup de crayon de 30% de ses financements, et tous les autres organismes sont traités à l’avenant.
Donald Trump explique que le réchauffement climatique est un « canular » inventé pour nuire aux intérêts américains, son ministre de la Santé est un activiste antivaccins, et leurs discours récurrents contre tous ces organismes est que ce sont des institutions « mondialistes » et « inefficaces ». Aux USA, l’obscurantisme est entré à la Maison blanche !
Il ne faut pas cependant désespérer des USA dans leur ensemble. Par exemple la défection de l’État Fédéral américain pour l’organisation des COP, les sommets mondiaux annuels pour le climat, a été palliée par la décision du milliardaire New Yorkais Michael Bloomberg de substituer sa propre fortune aux fonds publics. Pour le Giec les nombreux scientifiques américains impliqués pourront continuer à participer à ses travaux sur la base de financements alloués par leurs universités ou les États fédéraux. Mais les aides aux réfugiés des nombreuses guerres à bas bruit qui accablent des populations entières de crève-la-faim (Soudan, Gaza, le Kivu au Congo, les Rohingyas en Birmanie, etc.) seront gravement affectées. Les conséquences seront inévitables : épidémies, famines, migrations, etc.
À côté de ces décisions qui vont nuire au monde entier, Donald Trump a engagé des aventures militaires sans pertinence, si ce n’est pour dessiner un monde sans règles en piétinant les bases du droit international. Certes Bush était intervenu en Irak, mais il l’avait fait sur la base d’un mandat international arraché à l’ONU. Ce que Trump a engagé au Venezuela bafoue toutes les règles internationales, et même américaines puisqu’il lui a fallu qualifier comme une simple « action de police contre le narcotrafic », donc dispensée d’un accord préalable des parlementaires, un fait de guerre mené avec l’appui des fleurons aériens et maritimes de l’armée yankee.
Mais ce qui sidère encore davantage, c’est la gestion du « jour d’après », nullement anticipée. Non seulement les autorités vénézuéliennes « chavistes » se sont maintenues au pouvoir, mais leur pouvoir de nuisance reste total comme en témoigne le département d’État américain qui a enjoint samedi 10 janvier tous les ressortissants américains à ne pas voyager au Venezuela et à ceux qui s’y trouvent à « quitter le pays immédiatement », en raison d’une situation sécuritaire jugée « instable ». Ainsi, « des milices armées, connus sous le nom de « colectivos », installent des barrages routiers et fouillent des véhicules à la recherche de preuves de citoyenneté américaine ou de soutien aux États-Unis », écrit le département d’État, avouant son incapacité à déjouer cette guérilla armée dont l’émergence était pourtant hautement prévisible.
Depuis le début de l’année, les discours belliqueux et agressifs se sont multipliés sur le Groënland, annonçant une accaparation par l’argent et au besoin par les armes de ce territoire européen du Grand Nord, devenu stratégique par ses ressources minières et situé sur la nouvelle route mondiale du trafic maritime qui est en train de s’ouvrir grâce aux effets du réchauffement climatique.
Encore trois années à tenir face à ce feu roulant destructeur de l’ordre mondial par les États-Unis ! Elles pourraient finir par installer un désordre mondial dont les conséquences seront potentiellement très graves. Le monde doit d’urgence s’organiser pour gérer les années Trump qui viennent, à commencer par l’Union européenne, en lien avec le Royaume Uni, le Japon, le Canada, la Corée du Sud, Taïwan, l’Australie et tous les pays que le dérèglement américain menace. •








