Chacun comprend bien que la succession d’incendies criminels, sur le port et dans les environs de la cité balanine comme sur le port de San Fiurenzu, ne doivent rien au hasard, mais qu’ils sont comme une éruption volcanique d’un système mafieux souterrain.
Les incendies criminels de bateaux professionnels dans le port de Calvi sont probablement à relier avec des faits similaires survenus à San Fiurenzu. Même mode opératoire, mêmes secteurs économiques visés. Le chjami è risponde incendiaire des nuits dernières est comme une réaction en chaîne : l’explosion de violence est le produit direct de la situation souterraine créée par l’emprise mafieuse.
Des prémices s’étaient fait entendre comme l’assassinat d’un commerçant et élu calvais en janvier dernier, ou des opérations d’extorsions de fonds sur d’autres secteurs de la vie économique locale, commerces de boulangerie ou engins de chantier du BTP. Ailleurs ce sont les paillottes de bord de mer ou même les terrasses de café de centre-ville qui sont détruites par des incendies volontaires.
C’est un système d’extorsion de fonds qui est derrière ces destructions volontaires exercées sur des activités exposées, faciles à atteindre par de tels attentats, à travers des engins dispersés et isolés sur les différents chantiers, ou sur des biens facilement inflammables comme le sont les bateaux modernes.
Car un système mafieux c’est d’abord et avant tout une réalité économique qui doit assurer le train de vie de ses acteurs, petites mains comme gros caïds. Ce « revenu minimum garanti » était naguère plutôt issu de la prostitution ou des jeux clandestins. Puis le trafic de drogue a pris une place prépondérante qu’il occupe encore probablement aujourd’hui. L’extorsion de fonds est aussi un grand classique du banditisme dont on sait désormais qu’il joue un rôle essentiel sur un territoire comme la Balagne, mais, très probablement, pas seulement en Balagne.
L’extorsion de fonds suppose le leadership incontesté d’une bande mafieuse sur un territoire donné. Dès que ce leadership est menacé, la violence se déchaîne. Par nature, il doit aussi disposer d’une notoriété occulte qui ne peut échapper aux observateurs, à commencer par les forces de police. Et pourtant pas une affaire ou presque n’aboutit. C’est là le mystère insondable de l’impunité d’une délinquance pourtant bien voyante qui déstabilise tous les gens honnêtes qui sont mis sous la pression du racket.
La violence qui s’est déchaînée à Calvi, et qui risque de dégénérer encore plus gravement demain, ne signifie pas que cette emprise mafieuse ne s’exerce pas ailleurs, dans le calme apparent d’un leadership local provisoirement incontesté.
On nous annonce à grand renfort de visites ministérielles que des moyens exceptionnels sont mobilisés pour venir à bout de la mafia en Corse. Seront-ils suffisants pour réussir à surveiller un bout de quai à Calvi, pister plusieurs gros bras avant qu’ils ne passent à l’acte, et réussir enfin quelques flagrants délits retentissants ? C’est très clairement ce que la population attend, en vain jusqu’à aujourd’hui.
Les effets seraient pourtant tangibles. Car en réduisant les flux économiques du racket, on affectera le volume économique dont vit le système mafieux. Ce qui en réduira mécaniquement la masse souterraine active. Et donc les risques d’éruptions de violences.
Il faudra du temps, sans doute une génération, pour arriver à bout de ce cancer qui mine la société corse. Manifestations et débats se sont succédés pour dire le rejet de la société et la volonté d’en finir. Des promesses sont faites. À quand les premiers effets ? •








