Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2957

da u 5 à l'11 di nuvembre di u 2026

Autunumìa di a Corsica

L’heure du rapport de forces

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le 04/11/2026

Par François Alfonsi

Le débat calamiteux du Sénat sur la question corse a créé une situation de blocage périlleuse. L’État français en ressort discrédité, le peuple corse méprisé et l’espoir d’un règlement politique historique de la question corse par la voie de la négociation annihilé. Qui ramassera les morceaux de cet immense gâchis ?

Côté corse, après le retrait spectaculaire du sénateur Paulu Santu Parigi et de la délégation de la Collectivité de Corse présente au Sénat à Paris, l’heure est à la remobilisation.
Femu a Corsica a engagé ce processus par une déclaration de son Cunsigliu, réuni en grand nombre moins de quarante-huit heures après la séance honteuse du lundi 26 octobre au Palais du Luxembourg. Il a réaffirmé en préalable les fondamentaux du compromis issu du processus de Beauvau (notamment « communauté insulaire » et « pouvoir législatif »). Il a proposé que se tienne une session extraordinaire de l’Assemblée de Corse et il a lancé un appel à la coordination entre les forces politiques nationalistes favorables à l’autonomie négociée dans le cadre du processus de Beauvau. Enfin, il a avancé le projet d’organiser à court terme dans l’île un referendum sur l’autonomie.

Pour les représentants de la Corse, pas question d’accepter de reprendre la négociation avec l’État tant que les fondamentaux du processus de Beauvau seront contestés. Or le Sénat a été très loin dans la négation politique, et, même si le vote négatif final sur son propre texte amendé est la marque d’un désordre politique profond en son sein, l’obstacle constitutionnel reste entier.
Le gouvernement voit ses efforts sur 4 ans pour apporter une réponse consensuelle à la demande d’autonomie de la Corse mis par terre. Il tente de reprendre le fil de la négociation en convoquant à nouveau le Comité stratégique tel qu’il avait été mis en place à l’été 2022. Mais c’est la session extraordinaire de l’Assemblée de Corse qui répondra à cette proposition formulée par la Ministre Françoise Gatel. Côté corse, pas question de baisser la tête et d’accepter une nouvelle négociation
au rabais.
Au plan politique, la pression est mise sur la droite, le groupe un Soffiu Novu et le sénateur Panunzi, qui ont prêté main forte à nos adversaires, reniant ainsi les votes exprimés par leur propre groupe à l’Assemblée de Corse. Après le vote positif intervenu à l’Assemblée nationale, les élus corses de droite n’ont rien fait pour infléchir la position de leur groupe au Sénat. Les Corses ne sont pas dupes de leur double jeu et leurs jérémiades n’y changeront rien.

Toute cette relance du processus de Beauvau doit se tenir dans un délai très resserré. Pour que le Sénat revienne à de meilleures intentions, sous la pression d’une opinion corse révoltée par ses positions, et que le projet puisse ensuite reprendre son chemin vers le Congrès, il ne reste que quatre mois, jusqu’à février prochain. Après, ce sera la trêve parlementaire liée à la campagne pour l’élection présidentielle.
De toutes façons la révolte qui doit monter depuis la Corse est la seule réponse adaptée au syndrome « Libert Bou ressuscité » tel qu’il a sévi dans les travées et dans les couloirs du Palais du Luxembourg le lundi 26 octobre.
On se souvient que Libert Bou est ce haut fonctionnaire mandaté par Paris pour négocier avec l’ARC en 1974, qui avait conclu ses consultations en déclarant que « même 200.000 autonomistes corses ne pourraient pas changer la Constitution française ». Quelques semaines plus tard, débutaient les « événements d’Aleria », enclenchant plusieurs décennies de crise
politique.Les sénateurs viennent de le singer un demi-siècle après. Peu importe pour eux les leçons de 52 ans d’une Histoire tumultueuse ; peu importe pour eux la volonté du chef de l’État ; ni celle du gouvernement ; ni même le vote survenu à l’Assemblée nationale le 23 juin dernier ; peu importe non plus la volonté démocratique du Peuple Corse attestée par plusieurs scrutins successifs, sur plus d’une décennie, donnant de larges majorités aux nationalistes, à commencer par la toute récente élection sénatoriale où 55 % des grands électeurs, soit la majorité absolue des inscrits, en grande majorité des maires, ont voté pour les candidats autonomistes Paulu Santu Parigi et Jean Giuseppi.
Seul un rapport de forces puissamment exercé pourra renverser leurs positions surannées. •

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