Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2921

da u 29 di ghjennaghju à u 4 di ferraghju di u 2026

U mo parè

Lingua corsa : una lingua viva

Scola corsa2

le 14/02/2026

Par François Joseph Negroni

Depuis des décennies, ils nous expliquent que la question des langues est secondaire. Un sujet culturel, presque folklorique. Un supplément d’âme pour les discours officiels, une ligne dans les programmes, un paragraphe dans les commémorations. Pendant ce temps, partout en Europe, d’autres peuples ont fait un choix inverse : faire de leur langue un pilier politique, un droit concret, une évidence sociale. Là-bas, on ne protège pas une langue en la célébrant une fois l’an. On la protège en la faisant vivre dans l’école, dans l’administration, dans la justice, dans la vie économique. On la protège en la reconnaissant comme une langue normale d’un peuple normal.
Ici, ils ont fait l’inverse. Ils ont organisé la marginalisation sous couvert d’universalité. Ils ont transformé nos langues en objets culturels inoffensifs, en souvenirs tolérés, en marqueurs identitaires sans portée politique. Ils parlent d’« unité » pour ne jamais parler d’égalité. Ils parlent de « patrimoine » pour éviter de parler de droits. Et pendant qu’ils théorisent l’indivisible, notre langue recule, s’efface, s’abîme, génération après génération.


Il suffit pourtant de regarder autour de nous. Dans plusieurs régions d’Europe, les langues historiques ne sont pas traitées comme des anomalies. Elles sont des langues d’enseignement, des langues administratives, des langues de travail. On peut y vivre, y étudier, y être soigné, y être jugé dans sa langue. Résultat : ces langues tiennent. Elles se transmettent. Elles ne sont pas parfaites, elles ne sont pas magiques, mais elles sont vivantes. Parce qu’elles ont cessé d’être symboliques pour devenir politiques.
En Corse, ils nous proposent autre chose : la célébration sans le pouvoir, la reconnaissance sans les effets, l’amour des mots sans les droits qui vont avec. Ils nous expliquent que tout cela serait trop compliqué, trop sensible, trop dangereux. Dangereux pour quoi ? Pour qui ? Pour un système qui ne supporte pas l’idée qu’un peuple puisse exister autrement que dans leur vision jacobine.
Car la vérité est simple, et elle dérange : une langue est un ciment. Elle structure une manière de penser, de débattre, de se projeter, de faire société. Elle est un lien social, un lien politique, un lien historique. Quand une langue recule, ce n’est pas seulement un vocabulaire qui s’appauvrit. C’est une vision du monde qui se fragilise. C’est une communauté qui se voit peu à peu sommée de se traduire elle-même pour exister.
Ils voudraient nous faire croire que le combat est dépassé, que l’époque est à l’anglais global, aux identités fluides, aux cultures interchangeables. Mais partout où les peuples tiennent encore debout, ils tiennent aussi par leur langue. Non pas contre le monde, mais dans le monde. Non pas dans la fermeture, mais dans la continuité. Une langue forte n’empêche pas l’ouverture. Elle empêche seulement la dissolution.

La Corse n’est pas un cas exotique. Elle est un peuple européen de plus, avec sa langue, son histoire, sa mémoire, ses fractures et ses espérances. La différence, c’est qu’ici, l’État français continue de regarder cette réalité comme un problème à gérer plutôt que comme un fait politique à reconnaître. Ils tolèrent tant que cela reste marginal. Ils s’inquiètent dès que cela devient structurant. Ils applaudissent le symbole et bloquent le droit.
Et pourtant, nous le savons, nous le vivons : sans la langue, il n’y a pas de peuple politique corse plein et entier. Il n’y a qu’une périphérie culturelle, décorée, folklorisée, intégrée à condition de ne jamais trop exister. La langue corse est l’ossature invisible de notre société. Elle est ce qui relie les générations, ce qui donne une continuité à notre histoire, ce qui permet de penser la Corse autrement que comme un simple territoire administratif.
Ce combat est difficile. Il est lent. Il est souvent ingrat. Ils y opposent le droit, la peur, l’inertie, parfois même le mépris poli. Mais c’est un combat que nous ne lâcherons pas. Parce qu’il ne s’agit pas d’une revendication culturelle parmi d’autres. Il s’agit de la possibilité même pour la Corse d’être autre chose qu’un espace géré depuis ailleurs.
Les autres peuples européens ont compris une chose essentielle : on ne sauve pas une langue en la protégeant du monde, mais en lui donnant une place normale dans la vie. Tant que la langue corse restera confinée à l’affectif, au symbolique, à l’optionnel, elle restera fragile. Le jour où elle deviendra un droit, un usage, une évidence, elle cessera d’être en sursis.


Ils peuvent retarder. Ils peuvent freiner. Ils peuvent compliquer. Ils peuvent jouer la montre. Mais ils ne changeront pas cette réalité simple : un peuple qui renonce à sa langue renonce toujours à une part de lui-même. Et un peuple qui décide de la faire vivre, envers et contre tout, finit toujours par imposer le respect.
La Corse ne demande pas la charité. Elle demande la normalité. Le droit de vivre dans sa langue. Le droit de transmettre sans s’excuser. Le droit de faire société sans se traduire en permanence. Ce combat-là n’est ni passéiste ni nostalgique. Il est profondément moderne. Parce qu’il parle d’émancipation, de dignité, de continuité.
Et quoi qu’ils en pensent à Paris ou ailleurs, ce combat ne s’éteindra pas. Il est le nôtre. Il est politique. Il est vital. Et tant qu’il y aura des Corses pour savoir que leur langue est le cœur battant de ce pays, il y aura des Corses pour refuser de la laisser devenir une langue de musée. •

>>> Leghje dinù

aue-rect
pietra-rect
mattei-rect
pm-rect

Sustenite

A voce di l'autunumia dipoi sissant'anni

Abbunatevi

Arritti ùn pò campà senza voi !

soleco
ottavi
lmaiacciu
fratelliangeli
casart

Annonces
légales

Publicate i vostri annunzi ind'è Arritti : susteniteci !

Lingua

Quasi 1500 personni trà Bastia è Aiacciu

le 30/04/2026

Scola Corsa hà chjamatu à adunìscesi in Bastia è in Aiacciu stu 28 d’aprile per dumandà a « cuntrattualisazione generalizata,…

L'EXISTENCE DE SCOLA CORSA EST MENACÉE

le 25/04/2026

L’existence de Scola corsa est menacée à court terme. Avec elle, qu’on ne s’y trompe pas, c’est la langue corse…

U mo parè

le 09/04/2026

Le 4 avril, Jean-Michel Blanquer a publié sur le réseau social X un message dont la virulence aurait dû faire…

Da leghje dinù

Tchernobyl

Tchernobyl

le 24/04/2026

Ciernobil : Chì ne serà di a Corsica ? avia scrittu Arritti l’8 di maghju di u 1986. Èramu una…

Tchernobyl

le 23/04/2026

Umagiu

le 18/10/2025

Max

ARRITTI lance un appel

le 08/08/2025

Aleria Arritti

Recevez
notre Newsletter

Ricevite l’attualità è i cartulari di a nostra redazzione, per e-mail, una volta à a settimana.

Ricerca