L’escalade des crimes mafieux paraît sans limite. Aucune retenue pour ce système parallèle qui s’impose au mépris de la morale et de la simple humanité. Après la Sicile, la Corse a été la première à réagir de manière citoyenne, mais la gangrène sévit aussi en France et des villes comme Marseille démontre toute son étendue, sa capacité d’adaptation face aux moyens de luttes que déploient les pouvoirs publics, ses appétits de pouvoir, son mépris de la vie. C’est bien d’une mobilisation générale dont on a besoin pour y faire pace. Partout.
Après l’émotion suscitée par le meurtre pour l’exemple du jeune Mehdi Kessaci, les Collectifs et la Coordination antimafia en Corse, ont appelé les marseillais à s’organiser pour faire front. La lutte sera longue et difficile, mais il faut impérativement la mener et ne jamais baisser les bras.
Mehdi Kessaci avait 20 ans. Assassiné à Marseille par des hommes que l’on soupçonne appartenir à la DZ mafia, un groupe redoutable par sa barbarie aux ambitions de véritable cartel. Son frère, Amin, 22 ans, militant écologiste, mène campagne contre le narcotrafic depuis des années. Placé sous protection policière, les assassins ont probablement voulu faire encore plus mal en tuant Mehdi à sa place.
Mais jusqu’où iront-ils ? Menaces et violences permanentes, recrutement de gamins, passages à tabacs de policiers, expédition punitive sur des concurrents du trafics de drogue, opération que l’on filme et diffuse sur les réseaux en message à d’éventuels prétendants, balles perdues assassines, barrages filtrants dans les cités ou les immeubles pour préserver les trafics de drogue ou de prostitution, fusillades régulières, recours aux tueurs à gage, alliance entre mafieux d’un quartier à l’autre, d’une ville à l’autre, d’une région à l’autre, assassinats sans vergogne, les bandes mafieuses imposent leurs lois et rien ne semble les arrêter. À Marseille, les influences s’étendent jusqu’à Bruxelles et on soupçonne certains de vouloir prendre liens jusqu’en Corse.
Bien plus de 6000 personnes étaient réunies à Marseille ce samedi 22 novembre pour soutenir la famille de Mehdi Kessaci. Il y a deux ans, l’émotion était à son comble aussi pour Socayna, étudiante de 24 ans, tuée à son domicile par une balle perdue qui a traversé le mur de sa chambre alors qu’elle révisait ses cours. L’assassin est un mineur qui n’avait pas 16 ans et avait été armé d’une kalachnikov pour menacer le quartier en tirant à l’aveugle. Qui s’en souvient aujourd’hui hors de l’inventaire des victimes collatérales suite au meurtre de Mehdi ?
À Marseille, il suffit de flâner dans les quartiers nord de la cité phocéenne pour constater que les bandes criminelles sont partout, malgré une forte présence policière le trafic de drogue s’affiche sans crainte et il gagne d’autres secteurs de la ville. Police et justice sont débordées.
110 personnes sont mortes en 2024 et 341 ont été blessées dans des violences liés au trafic de drogue en France selon le ministère de l’intérieur. Au total, il y a eu 367 assassinats et tentatives d’assassinats. « La France a ignoré le problème du trafic de stupéfiants et des mafias en estimant que c’était un problème lié à l’immigration » a commenté au micro de France Inter Roberto Saviano, journaliste-écrivain spécialisé dans le phénomène mafieux, et depuis sous protection policière. « Cette façon de voir les choses a complètement détourné le regard de la prise en compte de ce phénomène. On s’est dit c’est simplement un problème qui relève de l’ordre public. Toutes ces tonnes de cocaïne qui ont été saisies auraient généré un chiffre d’affaires de l’ordre de 2,7 milliards d’euros. Cela veut dire que cet argent serait ensuite entré dans l’économie vivante et active de la France. Mais il se trouve qu’en France on n’a pas de loi qui permette de véritablement comprendre où va ensuite le fruit du blanchiment des capitaux. C’est essentiellement un problème de perception politique. On va dire c’est le problème des italiens, des maghrébins ou de l’Europe de l’Est. Or ce n’est pas comme cela que se passent les choses. L’économie criminelle concerne tout le pays, toute l’Europe même ». C’est bien d’une mobilisation générale dont la société a besoin.
Chloé a été assassiné à 18 ans, victime innocente qui conduisait la mauvaise voiture. Pierre Alessandri, membre du syndicat Via Campagnola, dénonçait les fraudes agricoles et la spéculation. Il a été assassiné quelques jours après sa participation à la manifestation antimafia du 17 mars 2025. Massimu Susini a été assassiné à Cargèse. Il dénonçait le trafic de drogue. Les règlements de compte particulièrement sauvages dans l’île ont lieu jusque sous le regard des enfants des victimes, souvent non épargnés par les tirs. Jusqu’où iront-ils ?
« Nous sommes vraiment concernés par ce qui se passe à Marseille, les mécanismes nous les connaissons et cette espèce de peur qui se distille de plus en plus ne peut être brisée que par l’unité, le bouclier que doivent constituer les citoyens » a déclaré Léo Battesti du collectif A Maffia Nò A Vita Iè.
« Nous devons créer une législation pénale antimafia, c’est vital, c’est urgent » a pour sa part répété Jean Toussaint Piasenzotti pour le collectif Massimu Susini. « Si l’on veut pouvoir frapper les structures criminelles, on doit associer dans cette législation pénale antimafia les criminels assassins, les élus corrompus, ceux qui blanchissent l’argent, les entrepreneurs qui servent de prête-nom, toutes les personnes qui sont complices des structures criminelles. Il est absolument urgent de créer des tribunaux avec des juges professionnels comme on le fait en matière de terrorisme, la société civile paie assez cher son opposition à la mafia, aujourd’hui l’État doit prendre le relais et les élus en particulier doivent être à la tête de la résistance contre la mafia ».
La lutte s’avère longue et difficile mais elle est impérative et d’évidence les politiques publiques ne suffiront pas sans union citoyenne contru sta malamorte. •








