Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2913

da u 27 di nuvembre à u 3 di dicembre di u 2025

U mo parè

Penser l’économie corse en 2030, 2040, 2050

Economie

le 27/11/2025

Par François Joseph Negroni

Il y a des mots qui reviennent sans cesse quand on parle de la Corse, pour définir un territoire qui cherche encore sa trajectoire. Des mots qui disent à la fois la chance d’être une île et la difficulté d’être un monde à part dans un cadre qui n’a jamais été pensé pour lui. Mais si nous voulons vraiment parler de 2030, de 2040, de 2050, alors nous devons cesser de commenter ce pays telle qu’il est pour commencer à écrire ce pays tel qu’il pourrait devenir.

Car, aujourd’hui, notre économie ressemble trop à un équilibre précaire : surreprésentation du tourisme et du BTP, dispersion des activités, dépendances structurelles, faiblesse de l’industrie, tension permanente sur le logement, vieillissement démographique, infrastructures incomplètes, vulnérabilité énergétique, fragilité alimentaire, saisonnalité extrême. Tout cela compose un système qui tient encore debout, mais qui ne peut plus tenir longtemps sans transformation profonde.


La première étape est simple : nous devons accepter de dire que la Corse n’est pas un territoire « comme les autres », et qu’un modèle économique calqué sur celui du continent ne peut pas fonctionner ici. Les rapports accumulés depuis des années le montrent tous : surcoûts logistiques, marché étroit, relief fragmenté, dépendances aux flux extérieurs, concentration des emplois sur quelques communes littorales, raréfaction du foncier, explosion du prix des logements. L’économie insulaire n’est pas déficiente ; elle est contrainte. Et ces contraintes ne disparaîtront pas d’elles-mêmes.
C’est pour 2030 que les choix doivent être posés, pour 2040 que les structures doivent être consolidées et pour 2050 que l’ambition doit être assumée.

2030 doit être l’horizon de l’équité. D’abord parce que la Corse ne pourra rien bâtir tant que ses entreprises porteront un handicap structurel permanent. Elles paient plus cher, attendent plus longtemps, subissent plus de risques, et disposent de moins d’outils. L’équité économique n’est pas un privilège : c’est une condition de survie.
2030 doit aussi être l’horizon de la mobilité retrouvée. Une île qui met deux heures pour relier deux villes distantes de 130 kilomètres ne peut pas être compétitive. Les routes saturées, les entrées d’agglomération paralysées, le ferroviaire sous-exploité, les ports en retard, les aéroports en sous-capacité : tout cela pèse sur la vie quotidienne autant que sur le développement. Une économie insulaire ne peut pas respirer sans un système de mobilité cohérent.

2040 doit être l’horizon de la souveraineté matérielle. Énergétique d’abord. La Corse n’a jamais été pensée pour produire ce qu’elle consomme, alors même qu’elle en a les moyens. Lorsque la demande explose l’été, lorsque les chauffages s’allument l’hiver, lorsque les aléas frappent, nous découvrons la fragilité d’un système dépendant de décisions extérieures. Solariser intelligemment, stocker, hybrider, valoriser nos ressources forestières, organiser la production locale.
La souveraineté matérielle, c’est aussi l’eau. Les sécheresses, les ruptures, les tensions d’usage, l’infiltration saline, tout cela dessine une île qui devra apprendre à gérer sa ressource la plus stratégique comme un bien national. Et c’est l’alimentation : l’agriculture corse est riche de savoir-faire, mais trop fragmentée, trop isolée, trop peu structurée. Il faudra relier producteurs et transformateurs, organiser un véritable marché territorial, réduire la dépendance alimentaire, valoriser la qualité, remettre le produit corse au centre des assiettes — et des marchés publics.

2050 doit être l’horizon du modèle. Car toute île qui survit sans stratégie finit par se dissoudre dans les logiques qui l’entourent. Si la Corse n’invente pas son modèle économique, d’autres le feront à sa place. Et leur modèle ne sera pas le nôtre. 2050 ne peut pas être un simple prolongement de l’existant : ce doit être l’aboutissement d’un choix collectif.
Quel doit être ce modèle ? Un modèle qui assume la diversité des filières, mais les structure. Un modèle qui ne renonce pas au tourisme, mais le maîtrise. Un modèle qui fait de l’énergie une force, non une faiblesse.
Un modèle qui place l’eau, la forêt, la mer, la santé, le numérique au cœur des priorités. Un modèle qui transforme un territoire en laboratoire de résilience insulaire. Un modèle qui n’oppose pas développement et identité, progrès et nature, ambition et prudence.
Ce modèle devra être profondément corse, non pas par nostalgie, mais par cohérence. La géographie de l’île impose une économie spécifique. Sa démographie impose des choix. Ses paysages imposent des limites. Son histoire impose une responsabilité. Et, surtout, sa jeunesse impose une ambition.
Nous n’avons pas le droit de léguer à notre jeunesse une économie saisonnalisée, dépendante, disloquée. Nous n’avons pas le droit de faire de la Corse un territoire où l’on vit bien mais où l’on ne construit rien. 2050 sera l’année de ceux qui ont 20 ans aujourd’hui. À nous de décider si ce sera une année d’opportunités ou de regrets.

Penser l’économie corse à trente ans, c’est refuser la résignation et retrouver la volonté. C’est bâtir, non commenter. C’est anticiper, non subir.
C’est donner enfin un cap à un territoire qui en a trop manqué.
La Corse a toujours prouvé qu’elle savait se relever, s’adapter, inventer.
Il lui reste à se projeter. •

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