Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2905

da u 2 à l'8 d'ottobre di u 2025

Internaziunale

Quel avenir pour la Kanaky ?

Un chiffre résume la brutalité coloniale de la France : en 1901, 27.000 kanaks sont recensés, alors qu’ils étaient 45.000 quatorze ans auparavant. 18.000 avaient donc été massacrés, et sans doute bien davantage.

le 05/10/2025

Par François Alfonsi

Tel était le titre de la session consacrée par l’Associu Scopre di Marignana dans le cadre d’un week-end de débats consacrés à la décolonisation. Un film didactique1 a été projeté, fait de témoignages recueillis sur place, notamment autour d’une caravane « la pirogue de la mémoire » qui a sillonné les Iles en visitant les tribus qui avaient vécu les événements d’Ouvéa de 1998 durant lesquels, après avoir pris d’assaut la gendarmerie et tué des gendarmes, puis s’être réfugiés dans des grottes inaccessibles, 19 militants kanaks de premier plan avaient été tués par les gendarmes, y compris de sang-froid alors que les affrontements étaient terminés.

Pour comprendre la situation actuelle de la Kanaky, et imaginer son avenir possible, il faut d’abord connaître son passé, ancien et récent.

Histoire coloniale. À travers les témoignages du documentaire, chacun pouvait revivre la tragédie du peuple kanak depuis les débuts de la colonisation française au milieu du XIXe siècle.

Un chiffre résume la brutalité coloniale de la France : en 1901, 27.000 kanaks sont recensés, alors qu’ils étaient 45.000 quatorze ans auparavant. 18.000 avaient donc été massacrés, et sans doute bien davantage car la dynamique démographique de l’époque aurait inévitablement conduit à un accroissement notable de cette population.

Ce génocide a été doublé par la dépossession des terres des tribus kanaks, et l’événement historique qui a marqué la mémoire collective kanake est la décapitation du chef Ataï qui menait la révolte. Sa tête a été ensuite amenée à Paris comme un trophée barbare, privant sa tribu d’une inhumation rituelle indispensable à l’accomplissement du deuil collectif2.

Puis, durant toute la première moitié du XXe siècle, le peuple kanak décimé a subi « l’indigénat », un statut qui les réduit à un statut de sous-hommes, statut symbolisé par l’Exposition coloniale de Paris de 1931, durant laquelle une centaine de Kanaks ont été exhibés dans une cage de zoo durant toute la manifestation.

L’émergence du mouvement kanak. Il faut attendre 1946 pour que le code de l’indigénat soit enfin aboli, au lendemain de la seconde guerre mondiale. Les Kanaks accèdent alors à la citoyenneté et au droit de vote.

C’est un universitaire français passionné de culture kanak, Maurice Lenormand, marié à la fille d’un chef de tribu, qui incarnera le premier le vote kanak en étant élu député en 1951. Puis il sera le fondateur en 1953 de l’Union Calédonienne, toujours déterminante sur la scène politique calédonienne 75 ans après, autour du slogan « deux couleurs, un seul peuple ».

Aux côtés de Maurice Lenormand, s’affirme le premier leader kanak, Roch Pidjot, d’abord suppléant, puis lui succédant en 1964 comme député. En juillet 1984, Roch Pidjot est toujours député et son intervention à l’Assemblée nationale, alors que le gouvernement socialiste instaure un nouveau statut pour le Caillou, est prémonitoire des événements qui vont suivre et qui fondent l’Histoire moderne du Territoire.

« Je ne vous ferai pas l’injure de relever les propos tenus dans cette noble assemblée sur le caractère prétendument raciste des revendications kanak. N’acceptons-nous pas l’existence d’une société multiraciale avec le concept même des “victimes de l’Histoire” ? (…) vous devez être conscients, chers collègues, que la marche vers l’indépendance est irréversible. Je vous conjure de ne pas pousser le peuple kanak au désespoir. Nous sommes déterminés, et nous le resterons. »

Le « statut Lemoine » est cependant voté, Roch Pidjot démissionne du groupe socialiste et, en Kanaky, est créé le FLNKS où s’affirme un nouveau leader, son premier président, Jean Marie Tjibaou. Le FLNKS décide le boycott des élections de novembre 1984. L’image la plus forte de ce boycott est la destruction d’une urne d’un coup de hache par Eloi Machoro, alors secrétaire général de l’Union Calédonienne. L’action est purement symbolique, mais l’État et les loyalistes ciblent alors Eloi Machoro comme « ennemi public n°1 ».

Les colons multiplient les exactions, et, le 5 décembre 1984, a lieu le massacre de Hienghene, le village natal de Jean Marie Tjibaou, durant lequel 10 Kanaks sont tués par des Caldoches, parmi lesquels deux de ses frères. Au mois de janvier suivant Eloi Machoro est tué lors d’une perquisition des gendarmes, par un tir policier au fusil à lunette. Puis François Mitterrand désavoue Edgard Pisani et déclare le 20 janvier 1985 à la télévision : « La France entend maintenir son rôle et sa présence stratégique dans cette partie du monde. J’ai demandé au Premier ministre […] de prendre toutes mesures à cet effet. »

L’attitude de l’État en 2021 lors du troisième referendum, et le fait accompli d’accords déséquilibrés, ont largement miné la confiance que Michel Rocard avait en son temps réussi à instaurer.

Les événements d’Ouvéa. Le FLNKS, face à ces violences, reste partisan de la non-violence sous l’impulsion de Jean Marie Tjibaou. Il développe son action internationale, et, le 2 décembre 1986, à la demande du FLNKS, l’assemblée générale des Nations Unies, lors de sa 48e séance plénière, adopte, à la majorité des trois cinquièmes de ses États membres, la résolution 41/41A affirmant « le droit inaliénable du peuple de la Nouvelle-Calédonie à l’autodétermination et à l’indépendance », inscrivant ainsi la Nouvelle-Calédonie sur la liste des territoires non autonomes selon l’ONU.

En 1986, la droite arrive au pouvoir à Paris, et Bernard Pons, nommé par Jacques Chirac, fait adopter un nouveau statut et un « referendum d’autodétermination » ouvert à toute personne résidant depuis trois ans sur le territoire, ce qui assurait la défaite des kanaks du fait de la colonisation de peuplement. Le referendum de septembre 1987 est alors boycotté par le FLNKS, et est ignoré par la quasi-totalité des électeurs kanaks.

En octobre 1987, les sept assassins de la tuerie de Hienghene sont acquittés par un jury exclusivement blanc. La situation se tend et les actions se multiplient. En avril 1988, le FLNKS décide l’occupation des gendarmeries.

À Ouvéa, les gendarmes résistent, des coups de feu sont échangés et 4 gendarmes sont tués. Les 27 autres gendarmes présents sont pris en otages. Une partie est libérée par les militants kanaks, mais une quinzaine sont gardés par le second groupe qui s’est barricadé dans une grotte inaccessible à Gossanah. Alors que l’élection présidentielle a déjà connu un premier tour perdu par Jacques Chirac, celui-ci décide de lancer l’assaut entre les deux tours. Deux gendarmes sont tués, ainsi que 19 militants kanaks, dont plusieurs alors que l’assaut était terminé.

Les accords de Matignon. Face à ce désastre, Michel Rocard, qui a été nommé premier ministre après la victoire de François Mitterrand, décide de faire voter une loi d’amnistie générale, pour les kanaks comme pour les gendarmes, et, dès mai 1988, il envoie une « mission de dialogue » conduite par Christian Blanc. En novembre 1988, les français approuvent par referendum un texte « portant adoption des dispositions statutaires et préparatoires à l’autodétermination de la Nouvelle Calédonie ». Il prévoit un délai de dix années pour la tenue d’un referendum d’autodétermination.

En mai 1989, lors de la commémoration un an après de la tuerie d’Ouvéa, Jean Marie Tjibaou et Yeweiné Yéweiné, l’autre leader du FLNKS, sont tués par Djubelly Wéa, frère d’un des kanaks tué par les forces de l’ordre lors de l’assaut.

Dix ans plus tard, sont adoptés les accords de Nouméa qui prévoient, à échéance de vingt ans, la tenue de referendums d’autodétermination en vue de l’indépendance de la Kanaky.

Les referendums de la discorde. L’accord de Nouméa a prévu trois referendums pour statuer définitivement sur la question de l’indépendance de la Kanaky.

Le premier est fixé en octobre 2018. Le oui à l’indépendance recueille 43,3 % des voix, contre 56,7 % pour le non. Mais une tendance se dessine avec un vote indépendantiste bien supérieur à ce que prévoyaient les sondages. En 2020, le second referendum confirme cette tendance, avec une nette progression des indépendantistes (46,6 %), et l’État commence à craindre sérieusement les résultats du troisième referendum où le oui pourrait cette fois l’emporter, ou le non n’être majoritaire de très peu, ce qui aurait été politiquement problématique. Aussi, en 2021, il impose la tenue d’un referendum en pleine épidémie du Covid, malgré les demandes des Kanaks pour un report. Ceux-ci décident de boycotter, mot d’ordre qui sera suivi par la quasi-totalité des Kanaks, enlevant à ce referendum toute légitimité, avec moins de 50 % de participation. Comment considérer comme légitime un scrutin d’autodétermination auquel les autochtones n’ont pas participé ? Mais, dans le système français, la logique de l’État ne connait aucune limite !

Le gouvernement français, aiguillonné par les députés caldoches qui sont membres du groupe du président Macron, valide le résultat et en fait une base juridique définitive pour l’avenir de la Kanaky. Puis dans la logique de ce déni de la légitimité du peuple kanak, il décide de faire voter une loi constitutionnelle pour réformer le corps électoral en y intégrant tous les continentaux arrivés depuis dix ans sur le territoire.

Cette décision provoque alors des émeutes sans précédent sur le territoire. La violence, qui était auparavant essentiellement située sur les territoires en brousse, envahit Nouméa et provoque une quasi-guerre civile.

Un chiffre résume la brutalité coloniale de la France : en 1901, 27.000 kanaks sont recensés, alors qu’ils étaient 45.000 quatorze ans auparavant. 18.000 avaient donc été massacrés, et sans doute bien davantage.

Un nouveau dialogue difficile. Du fait de ces émeutes, le gouvernement a été contraint de suspendre son projet sur le corps électoral, et il a mandaté Manuel Valls pour une mission. Un dialogue s’ouvre à nouveau, mais dans un contexte économique catastrophique suite aux émeutes de mai 2024. Autre conséquence des émeutes : des dizaines de milliers de « nouveaux résidents », en raison de l’insécurité ou faute de travail, ont quitté le Caillou.

La mission de Manuel Valls s’est poursuivie dans les salons d’un huis clos tenu dans un hôtel à Bougival. Un texte en est issu, que le gouvernement entend appliquer alors que les Kanaks du FLNKS ne l’ont pas approuvé. L’attitude de l’État est dénoncée par le FLNKS qui demande des garanties sur le corps électoral et un affichage sans ambiguïté ni réserve du droit à l’autodétermination.

S’il a rejeté l’accord de Bougival, le FLNKS n’a pour autant pas quitté la table de négociation. Mais l’attitude de l’État en 2021 lors du troisième referendum, et le fait accompli d’accords déséquilibrés, ont largement miné la confiance que Michel Rocard avait en son temps réussi à instaurer.

Le rouleau compresseur de l’État continue : inscription du projet Bougival à l’agenda du Parlement, réforme du corps électoral, etc. Il ignore tous les avertissements que l’Histoire récente de la Kanaky, faite de révoltes et d’insurrections, a pourtant régulièrement annoncés.

Le débat qui a eu lieu ce week-end à Marignana renvoie ainsi à une nécessité première : faire en sorte qu’en France aussi la solidarité s’exprime, que la cause kanak soit largement expliquée et défendue. •

  1. Kanaky/Nouvelle Calédonie : la trajectoire du Caillou de Mehdi Lallaoui. ↩︎
  2. En 2010, José Bové a pris l’engagement de retrouver la dépouille d’Ataï qui était conservée dans le formol au Musée d’Histoire Naturelle à Paris. Il a tenu parole et une grande cérémonie coutumière a accompagné le retour de cette relique sur le territoire de sa tribu d’origine. ↩︎

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