Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2924

da u 19 à u 25 di ferraghju di u 2026

U mo parè

Travagliemu ancu noi

STC EDF

le 19/02/2026

Par François Joseph Negroni

La mobilisation du STC devant la centrale EDF de Lucciana n’est pas un simple épisode social de plus dans un paysage déjà saturé de tensions et de crispations. Elle dit quelque chose de beaucoup plus profond, de beaucoup plus structurel, et surtout de beaucoup plus inquiétant pour l’avenir de notre pays : la difficulté persistante de la Corse à offrir à ses propres enfants les perspectives professionnelles qu’ils sont en droit d’attendre.

Ce qui est dénoncé ici, c’est un phénomène que beaucoup de Corses vivent depuis des années, parfois depuis des décennies : l’impression tenace que, même lorsque les compétences existent localement, même lorsque les profils sont formés, qualifiés, disponibles, ils restent trop souvent écartés des postes à responsabilité ou des fonctions stratégiques. Et qu’à l’inverse, on continue de considérer comme normal d’aller chercher ailleurs ce que nous avons déjà ici.
Ce malaise n’est pas nouveau. Il traverse toutes les générations. Il touche les jeunes diplômés contraints de s’exiler pour trouver un premier emploi à la hauteur de leur formation. Il touche les cadres et les techniciens expérimentés qui peinent à revenir travailler chez eux. Il touche aussi, plus largement, l’ensemble d’une société qui a le sentiment d’être tenue à distance de sa propre trajectoire de développement.

Cet exemple est révélateur parce qu’il concerne un secteur stratégique : l’énergie. Or, s’il est un domaine où la Corse devrait pouvoir s’appuyer sur ses propres forces vives, c’est bien celui-là. Transition énergétique, adaptation des infrastructures, production locale, réseaux, stockage, sobriété : tout cela suppose des compétences techniques, de l’ingénierie, de la gestion de projet, de la planification, de la maintenance. Autrement dit : des métiers qualifiés, durables, structurants pour l’avenir du territoire.
Et pourtant, le sentiment qui domine est celui d’un décalage persistant entre le discours et la réalité. On parle de développement, d’autonomie énergétique, de transition écologique, mais on continue trop souvent à fonctionner selon un schéma ancien : la Corse comme simple terrain d’exécution, et non comme espace de conception, de décision et de montée en compétence.

Ce modèle est à bout de souffle. D’abord parce qu’il est inefficace. Aucun territoire ne peut durablement se développer en important systématiquement ses cadres, ses experts, ses décideurs, tout en exportant sa jeunesse et ses talents. Ensuite parce qu’il est socialement destructeur. Il crée de la frustration, du découragement, parfois du ressentiment. Il nourrit l’idée que, quoi que l’on fasse, quoi que l’on apprenne, quoi que l’on réussisse, il faudra toujours partir pour être reconnu.


La vérité est simple : la Corse ne manque pas de compétences. Elle manque d’un écosystème suffisamment structuré pour les accueillir, les faire grandir et les retenir. Elle manque d’une stratégie claire et assumée de développement de l’emploi qualifié, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé.

Construire une véritable offre d’emploi en Corse, c’est accepter que les Corses puissent accéder aux fonctions techniques, d’encadrement, de direction, dans tous les secteurs stratégiques : énergie, eau, déchets, numérique, aménagement, agriculture, santé, mobilité.
La transition écologique, la transition numérique et la nécessaire reconquête agricole se feront avec des ingénieurs, des techniciens, des juristes, des économistes, des chefs de projet, des agents de terrain. Elles se feront avec des femmes et des hommes qui connaissent ce territoire, ses contraintes, ses fragilités, mais aussi ses potentiels. Elles se feront avec des Corses engagés, formés, responsabilisés.
Il ne s’agit pas de se refermer, ni de rejeter l’apport extérieur. Toute société a besoin d’échanges, de circulations, de regards différents. Mais il y a une différence fondamentale entre l’ouverture et la dépendance. Et aujourd’hui, trop souvent, la Corse donne le sentiment de rester dans une logique de dépendance : dépendance aux décisions prises ailleurs, dépendance aux compétences importées, dépendance à des modèles qui ne sont pas pensés à partir de nos réalités.
La Corse de demain aura besoin de toutes ses forces vives. Elle aura besoin de celles qui sont parties et qui pourraient revenir. Elle aura besoin de celles qui sont restées et qui attendent une reconnaissance légitime. Elle aura besoin de structurer un véritable modèle de développement endogène, capable de produire de la valeur, de l’emploi qualifié et de la stabilité sociale.

Ce combat n’est pas corporatiste. Il est politique au sens noble du terme. Il pose une question centrale : voulons-nous être un territoire qui subit, ou un territoire qui construit ? Voulons-nous continuer à gérer la pénurie de perspectives, ou voulons-nous enfin organiser l’abondance de compétences que nous avons sous les yeux ?
À cette question, la Corse ne pourra pas éternellement répondre par l’évitement. Car un territoire qui ne sait pas retenir ses forces vives finit toujours par s’appauvrir, économiquement, socialement et humainement. Et un territoire qui n’investit pas dans ses propres talents renonce, de fait, à une part de sa souveraineté réelle. •

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