Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2920

da u 22 à u 28 di ghjennaghju di u 2026

U mo parè

Service public : Le choix de l’égalité

Murzu Muna

le 21/01/2026

Par François Joseph Negroni

Il existe des sujets qui ne provoquent aucun scandale, aucun conflit apparent, et qui pourtant conditionnent l’avenir d’un territoire. La question du service public dans l’intérieur en fait partie. C’est un sujet discret, presque silencieux, mais politiquement décisif.

Depuis plusieurs années, la dynamique démographique et économique de la plaine est devenue une réalité objective. C’est là que l’on construit, que l’on accueille, que l’on scolarise, que l’on commerce, que l’on travaille. Rien de surprenant : la plaine concentre les flux, les bassins d’emplois, les services, les infrastructures. Elle demande des investissements importants, parfois massifs, et elle les justifie. Vouloir freiner cela serait absurde et contre-productif. Un territoire a besoin de centralités, de zones de développement, de lieux où la vie se densifie.
Mais dire cela ne suffit pas. Car un territoire ne se résume pas à ses centralités. Il se définit aussi par ses périphéries, par ses marges, par son intérieur. Et c’est précisément là que le service public prend tout son sens. Là où l’école maintient deux classes au lieu de fermer. Là où l’accès au médecin dépend de quelques demi-journées. Là où la mobilité n’est pas un choix mais une contrainte.

L’intérieur n’a jamais revendiqué le confort ; il demande simplement l’égalité. Et c’est là que la question devient politique. Car l’égalité territoriale n’a rien à voir avec la rentabilité économique. La Cour des Comptes le rappelle depuis longtemps à travers ce qu’elle nomme « le dernier kilomètre » : plus le territoire est dispersé, plus le coût d’accès au service public augmente. La Poste, la santé, l’éducation, le numérique, la mobilité, l’ingénierie locale… tout devient plus cher par habitant dès lors que la densité baisse. Ce n’est pas un échec du modèle public. C’est la conséquence logique d’un territoire de montagne, peu dense, vieillissant, segmenté entre une façade littorale active et un intérieur fragile.
Il faut donc regarder la réalité en face : la plaine produit les volumes, mais l’intérieur révèle le sens du service public. Car le service public n’a jamais été conçu pour être rentable. Il est conçu pour être juste. Il garantit que celui qui vit loin du centre n’est pas réduit à adapter toute sa vie à la distance. Il garantit qu’un enfant de l’intérieur a accès à l’école, qu’une
personne âgée n’est pas condamnée à l’isolement, qu’un foyer ne dépend pas d’un smartphone pour exister administrativement.
L’investissement structurel se fait dans la plaine, mais l’investissement politique se joue dans l’intérieur. Et cette phrase, à elle seule, résume l’enjeu. La plaine a besoin de moyens pour absorber sa croissance. L’intérieur a besoin de moyens pour ne pas disparaître. L’un n’est pas plus légitime que l’autre, mais l’un est naturellement financé par les flux, tandis que l’autre ne le sera jamais. C’est pour cela qu’il existe une puissance publique : pour financer ce que le marché ne financera jamais.

On voit parfois apparaître une logique dangereuse : concentrer les services là où ils sont utilisés. C’est rationnel sur un tableau Excel. Cela ne l’est pas dans un projet de territoire. Car un territoire n’est pas une plateforme logistique ; c’est un espace de vie. Et l’espace de vie ne se mesure pas à la fréquentation annuelle mais à la continuité humaine. Si l’on retire le service public de l’intérieur, on ne récupère pas l’intérieur plus tard. On récupère du vide.
Dans une île comme la nôtre, cela prend une dimension particulière. L’intérieur, ce n’est pas le folklore ni la carte postale. C’est l’ancrage, la mémoire, les liens familiaux, la transmission, l’agriculture, l’eau, la forêt, la montagne. C’est tout ce qui fait que la Corse n’est pas une bande littorale artificielle, mais un pays avec une profondeur. La question du service public dans l’intérieur n’est donc pas une revendication locale ; c’est un enjeu stratégique. Un territoire qui ne protège pas son
intérieur devient un territoire vulnérable, touristique, dépendant, déséquilibré.

Il faut donc sortir d’une logique binaire où la plaine serait l’avenir et l’intérieur le passé. La plaine est l’espace de l’investissement, du développement et de l’ouverture. L’intérieur est l’espace de la cohésion, de la continuité et de la résilience. Les deux sont nécessaires. Les deux forment le même pays.
La vraie question à poser est simple : qu’attend-on du service public ? S’il s’agit d’un outil d’efficacité économique, alors il doit suivre les volumes. S’il s’agit d’un outil d’organisation collective, alors il doit garantir l’égalité territoriale. Et si nous voulons que la Corse reste un territoire vivant, et non un littoral entouré de friches administratives, alors il faudra assumer que l’égalité territoriale coûte cher.

C’est un choix politique, au sens fort du terme. Pas un caprice, pas une nostalgie, pas une subvention de plus. Un choix qui dit ce que l’on veut préserver, ce que l’on considère comme essentiel, ce que l’on transmettra à ceux qui viendront après nous. Ce choix-là engage l’avenir bien plus que n’importe quel rond-point ou n’importe quel plan pluriannuel d’investissement. Il engage un modèle de société.
Il n’y a pas de Corse forte sans plaine forte. Il n’y a pas de Corse cohérente sans intérieur vivant. Entre les deux, il n’y a pas un conflit à arbitrer, mais un équilibre à construire. C’est cela, au fond, le rôle du politique. •

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