Kalaallit Nunaat est le nom de ce pays grand comme quatre fois la France, en kalaallisut, la langue groenlandaise, seule langue officielle du territoire, une des formes de l’inuit des peuples du grand Nord arctique. Il signifie « Terre des Hommes ». Il est le nouvel objectif impérialiste des USA qui veulent s’accaparer ses richesses minières et sa place stratégique dans le futur proche au cœur des nouvelles routes du commerce mondial qui vont s’ouvrir au fur et à mesure du réchauffement climatique.
Cet immense territoire est pour l’essentiel formé d’une calotte glacière inhabitable, et ceux qui y vivent sur les zones côtières non recouvertes sont environ 55.000 habitants.
Possession du Danemark comme les îles Feroë, le Groenland bénéficie d’un statut d’autonomie très accompli. Il est maître de ses affaires internes, et il est constitutionnellement associé à toutes les décisions prises par le Danemark qui auraient des conséquences pour le territoire.
Ainsi, suite à l’adhésion du Danemark à l’Union européenne, le peuple groenlandais a décidé par referendum en 1985 de se retirer et de devenir un territoire extra-européen. La raison en est l’importance pour ce pays de l’activité de la pêche qui assure 90% de ses revenus économiques via l’exportation des produits de la mer. En protégeant leurs zones de pêche des grandes flottes européennes, les Groenlandais ont à la fois préservé leur ressource économique principale, et garanti leurs fonds sous-marins contre la surpêche et ses conséquences écologiques. La nouvelle « loi sur l’autonomie du Groenland, adoptée en 2009, a accru la « groenlandisation » du territoire, en accordant à l’autonomie locale pleine compétences sur la gestion des ressources minières, la justice, la police et l’administration pénitentiaire, et en reconnaissant formellement le droit à l’autodétermination pour le peuple du Groenland.
L’accord d’autonomie passé avec le Danemark s’accompagne par ailleurs d’une dotation financière qui assure 50% des revenus du territoire. En effet, le produit économique tiré de la pêche ne suffit pas pour faire face aux coûts de la gestion d’un tel territoire fractionné en trois zones habitables très éloignées les unes des autres, sans possibilité terrestre de communication entre elles.
Au fil du temps, et des combats pour faire respecter ses droits nationaux, le Groenland a ainsi acquis une position politique favorable à travers cette autonomie sous tutelle danoise. Dans ce contexte, la volonté d’hégémonie exprimée par Washington pour s’accaparer ses ressources naturelles est rejetée par 90% de la population selon les sondages réalisés depuis que Donald Trump a proclamé sa volonté de l’annexer purement et simplement.
L’argument de la sécurité que les USA mettent en avant est totalement fabriqué. L’armée américaine, à travers l’OTAN dont font partie le Danemark et donc le Groenland, a déjà un total contrôle du territoire qui abrite les plus grandes bases américaines en Europe, dotées d’armements nucléaires stratégiques, particulièrement dans la région de Thulé au Nord-Ouest du pays. Nul n’a jamais contesté aux EÉtats-Unis de jouer un rôle majeur dans la sécurité de cette partie du monde.
Ce que l’administration américaine veut obtenir en fait, c’est le total contrôle économique de la zone, pour maîtriser le commerce mondial qui va s’y développer au fur et à mesure du recul des glaces, et pour contrôler les ressources minières et leur extraction. C’est un projet de colonisation que Donald Trump veut mettre en œuvre, alors que des décennies de lutte ont justement réussi à extraire le peuple groenlandais de la colonisation danoise qui s’exerçait depuis plusieurs siècles.
Pour les Groenlandais, il y aurait tout à perdre ! Pour l’Europe et le Danemark, le maintien de liens structurels avec le Groenland est d’un grand intérêt stratégique pour peser pleinement sur l’avenir de la zone arctique face à la Russie et aux USA qui sont les principales puissances présentes dans cette partie du monde avec le Canada.
Le bras de fer qui s’annonce entre les USA et l’Europe pour le contrôle de ce territoire ne pourra être gagné par l’Europe qu’en mettant en œuvre une politique s’appuyant sur le droit à l’autodétermination du Groënland. Ce que le Royaume du Danemark semble avoir parfaitement compris depuis qu’une autonomie de plein droit et de plein exercice a été effectivement négociée, en 2009, avec le gouvernement et le parlement groenlandais. •








