I messaghji d’Edmond Simeoni

Yvan Colonna

Le 30 juin 2009 sur le magazine slate.fr, Edmond Simeoni, alors président du comité de soutien, s’exprimait sur le second procès d’Yvan Colonna qui a toujours clamé son innocence. Rien n’a changé. L’affaire Colonna reste un scandale qui se poursuit jusque dans le refus obstiné de lui accorder le droit au rapprochement judiciaire, comme pour Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, malgré des comportements exemplaires en prison. Tant que la relation avec Paris sera polluée par la question des prisonniers, aucune avancée ne pourra véritablement être arrachée pour la Corse.

 

«Ayant initié, avec d’autres, la lutte d’émancipation de la Corse depuis près de cinq décennies, je reste un partisan convaincu d’un Statut d’Autonomie Interne au sein de la République Française et de l’Union Européenne. Ce combat se poursuit dans la légalité mais je ne peux oublier que, historiquement, l’injustice a, en Corse, fait le lit de la révolte. Défenseur engagé du respect des Droits de l’homme, je m’intéresse à « l’Affaire Colonna » dans cette optique.

Le procès d’appel d’Yvan Colonna est un fiasco judiciaire : des pièces décisives cachées à la défense, une enquête policière bâclée et malhonnête, une instruction scandaleusement à charge, le tout dessinant la volonté d’arriver à tout prix à une condamnation décidée d’avance. L’exigence de justice s’est donc muée, au fil des audiences, en esprit de vengeance. Ce dossier aurait dû être l’honneur de la justice française. Il en restera la honte, sinistre chef d’œuvre de la justice anti-terroriste, qui vaudra très probablement à l’État français une nouvelle condamnation devant la Cour Européenne des droits de l’homme ; comme le laisse augurer l’édifiant rapport de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH).

Ces débats d’appel faussés ne sont en fait que l’ultime avatar d’une dérive structurelle entamée dès le 6 février 1998, soit dans les instants qui ont suivi l’assassinat du Préfet Claude Erignac à Ajaccio. En effet, le fonctionnement de la police et de la justice anti-terroristes, et plus globalement le comportement d’ensemble de l’appareil d’État en suite de cet assassinat ne pouvaient qu’aboutir à la faillite de la démocratie judiciaire.

Rappelons qu’au lendemain de l’assassinat du Préfet, la République et la Corse sont sous le choc. Des dizaines de milliers de Corses descendent silencieusement dans les rues, pour manifester leur émotion, mais aussi pour témoigner collectivement de leur volonté de faire changer les choses. L’État va alors se tromper sur la portée de ce message. Là où s’exprime une attente démocratique, il voit un blanc-seing à une répression tous azimuts. Les Corses, dans leur grande majorité, veulent alors mettre un terme à l’ensemble d’un système qui génère la violence, et notamment la violence clandestine. Cela passe par une remise à plat des rapports entre la Corse et l’État, un nouveau contrat, une démocratisation profonde de l’ensemble de la société insulaire. Mais plutôt que d’ouvrir pareille perspective, Paris cherche uniquement à marginaliser le mouvement nationaliste corse.

L’erreur politique est profonde. Elle s’exprime aussi dans la brutalité de la réaction policière et judiciaire à l’assassinat du Préfet : des centaines de personnes raflées au petit matin, des dizaines d’incarcérations sans charges à Paris, avec en arrière-plan, la même logique, répétée à l’envi par la DNAT aux gardés à vue : « vous – les Corses – avez tué un Préfet : nous vous mettrons tous en prison si nécessaire, mais nous trouverons les auteurs… ». Parallèlement, des coupables potentiels sont désignés à l’opinions publique, et incarcérés : c’est le temps de la fameuse piste « agricole ».

Onze ans après, plusieurs dizaines de personnes, brisées par des détentions abusives de plusieurs mois, attendent toujours leur non-lieu. Puis, c’est la piste « intellectuelle » : Castela et Andriuzzi seront condamnés en première instance à 30 années de réclusion criminelle, puis acquittés en appel, au terme d’un procès mettant en exergue les mensonges et les faux commis par des policiers de haut rang, les mêmes que l’on retrouvera au cœur du procès Colonna…

C’est à l’aune de ce contexte qu’il faut apprécier la procédure menée contre celui-ci. Yvan Colonna a été publiquement désigné par les plus hautes autorités de l’État comme officiellement coupable, dès sa mise en cause en mai 1999. Ce postulat de culpabilité a ensuite accompagné tous les actes du procès pénal, de l’enquête au procès, avec pour conséquence de vicier irréversiblement le débat judiciaire sur la culpabilité ou l’innocence de Colonna.

Cet homme est aujourd’hui l’otage d’un jeu qui le dépasse : pour l’État, admettre son innocence serait reconnaître que l’assassinat du préfet Erignac, décrété « cause sacrée », n’est pas élucidé. Que la police et la justice anti-terroristes sont dangereux pour la démocratie. Que ceux qui, comme l’actuel président de la République, l’ont publiquement affirmé coupable, se sont trompés. Voilà pourquoi il n’est pas excessif de dire que Colonna est aujourd’hui prisonnier de la raison d’État. Et voilà pourquoi nous demandons justice pour Yvan Colonna. »