Malgré la demande en référé suspension portée par plusieurs associations, agriculteurs et le Collectif A Piaghja di u Golu, le permis de construire du futur centre de sur-tri de Monte ne sera pas suspendu. Le tribunal administratif de Bastia a rendu sa décision le 18 avril : selon le juge, la condition d’urgence n’est pas remplie. Le projet présente, selon lui, un intérêt public, et son exécution « ne porte pas atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, aux intérêts défendus par les requérants ».
Une décision qui, pour les opposants, acte le lancement d’un projet à la fois écologique dans sa façade, mais délétère dans sa réalité. Car derrière les annonces de modernisation, c’est une logique industrielle aux conséquences irréversibles qui se dessine.
Porté par le groupe privé AM Environnement, financé à 80 % par l’État et I’ADEME pour un coût de 79 millions d’euros TTC, le centre de Monte est présenté comme la pierre angulaire du nouveau plan territorial de prévention et de gestion des déchets (PTPGD) de Corse.
À noter que les frais de fonctionnement s’élèveraient à au moins 18 millions d’euros annuels, étalés sur 10 ans, sans compter les coûts liés au transport des déchets.
Officiellement, il vise à réduire les importations d’hydrocarbures en produisant des combustibles solides de récupération (CSR). Mais pour le collectif, il s’agit avant tout d’abandonner la stratégie du tri à la source au profit d’une logique de centralisation et d’incinération déguisée.
Les défenseurs du permis (commune de Monte, Syvadec, AM Environnement) invoquent une situation d’urgence, le maintien d’emplois, la réduction de l’enfouissement à 28 000 tonnes et un site sans potentiel agricole. Treize avis favorables sur quatorze appuient le projet, qui s’inscrit dans une planification régionale adoptée en 2024.
Mais ces arguments ne répondent pas aux inquiétudes majeures soulevées par le collectif : le site est implanté en zone ESA, sur un espace agricole stratégique, à proximité d’un habitat dense, sans PLU et sans étude d’impact globale. Il devrait traiter 100.000 tonnes de déchets par an, un chiffre variable selon les sources, mais avec seulement huit tables de tri manuel prévues, ce qui laisse présager un tri minimal et une incinération massive. La combustion des CSR, rappellent les opposants, génère des substances toxiques comme le Réfium, un agent hautement cancérigène, susceptible de contaminer les sols, l’air et les cours d’eau, notamment en cas de vents dominants.
Autre alerte : la consommation en eau du site pourrait assécher la nappe phréatique du Golu, menaçant l’irrigation agricole et les réserves hydriques locales.
Les vas-et-viens quotidiens de 150 à 300 camions bennes sur une route jugée dangereuse, les nuisances olfactives et sonores, et le risque d’auto-inflammabilité des déchets stockés renforcent encore les inquiétudes.
Le collectif et les associations dénonçait déjà, lors d’une réunion publique à la chambre d’agriculture, l’opacité de la procédure : désignation anticipée de l’opérateur, absence d’appel d’offre, manque d’études sérieuses sur la biodiversité et le mépris des recommandations de la chambre d’agriculture.
Deux nouvelles procédures sont en cours : l’attaque de l’autorisation environnementale et celle du PTPGD. Les jugements ne sont attendus que d’ici deux ans… alors même que les travaux doivent s’achever fin 2027 pour une mise en service en 2028.
D’ici là, la lutte se poursuivra aussi sur le terrain. Le collectif appelle à une mobilisation physique et populaire pour empêcher l’installation d’un projet qu’il juge destructeur, imposé sans concertation, sur des terres nourricières sacrifiées au profit d’un modèle dépassé.
La bataille de Monte ne fait que commencer. •
Petru Luciani.








