Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2877

da u 20 à u 26 di ferraghju di u 2025

La France s’enfonce dans le mal-logement

15 millions de personnes affectées par la crise du logement

logement

le 20/02/2025

Par Fabiana Giovannini

Le rapport annuel de la Fondation pour le logement des défavorisés (ex Fondation Abbé Pierre) a été rendu public le 4 février dernier. Un 30e rapport qui confirme que la France s’enfonce dans la crise du mal-logement. « Tous les signaux sont au rouge » alerte la fondation. Dans le même temps, on apprenait que l’État a été assigné le 13 février par une quarantaine d’associations pour le non-respect de la loi en matière d’hébergement d’urgence et de droit au logement opposable. C’est une première, et il est désastreux d’en être réduits à de telles extrémités. 

735 personnes sont mortes dans la rue en 2024. À cette épouvantable décompte de la misère, « chiffre le plus élevé jamais dénombré par le collectif Les morts de la rue », s’ajoutent une surmortalité de 10.000 personnes chaque hiver, et de 5000 personnes chaque été lors des canicules, du fait de la mauvaise isolation des logements. « Le mal-logement illustre à quel point le changement climatique touche en priorité les plus précaires » assène le rapport qui alerte sur la conjonction de trois facteurs, le dérèglement climatique, la crise du logement, et la crise de l’accueil, comme cela a frappé l’île de Mayotte avec le cyclone Chido.

Au total, 15 millions de personnes sont affectées par la crise du logement en France.

En 2024, 2,7 millions de personnes étaient en demande d’un logement social, 600.000 de plus qu’en 2017.

Pour y répondre, seuls 84.000 logements sociaux ont été financés en 2024 contre 124.000 en 2016. Et le nombre de logements sociaux disponibles à la location est aussi en chute libre, près de 100.000 attributions de moins entre 2016 et 2024. « Les délais pour obtenir un logement social peuvent atteindre plusieurs années », les logements se libèrent de moins en moins. Ce qui signifie que la vie des locataires ne s’améliore pas et qu’ils s’installent au contraire dans la précarité. « L’offre neuve chute également » : 259.000 logements mis en chantier en 2024 contre 435.000 en 2017. Une baisse drastique qui ne tient pas compte de l’augmentation de la population et des besoins des plus pauvres.

À cela s’ajoutent les expulsions qui battent « un record historique » dit aussi le rapport. Plus de 100.000 expulsions de personnes cette année vivant dans des squats, bidonvilles, et autres campements… avec à chaque fois, « une invisibilisation des personnes mal-logées ».

Selon la fondation, « 350.000 personnes sont sans domicile, en hébergement ou à la rue, où dorment chaque soir des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants ». La dernière enquête de l’Insee avait estimé ce chiffre à 143.000 personnes en 2012… La fondation les évaluait à 300.000 en 2020. En l’espace de 5 ans, l’augmentation est effrayante, « sans compter les 590.000 personnes hébergées chez des tiers (hors parents) » en 2020, un chiffre très certainement augmenté depuis 5 ans, amplifié encore des adultes contraints de vivre chez leurs parents.

À cette situation catastrophique, il faut ajouter la précarité énergétique. 30 % des ménages ont eu froid dans leur logement en 2024, contre 14 % en 2020, dit le rapport. 28 % ont rencontré des difficultés pour payer des factures de gaz ou d’électricité en 2024 contre 18 % en 2020. 75 % des ménages ont restreint le chauffage pour maîtriser leurs factures.

La précarité énergétique concerne 12 millions de personnes et « les passoires thermiques des mois d’hiver se transforment en bouilloires durant les périodes de fortes chaleurs », se désole la fondation.

« Le mal-logement prospère » dans un contexte d’augmentation de la pauvreté et de progression des inégalités au sein de la société.

Selon l’Insee, 11,2 millions de personnes sont en situation de pauvreté monétaire en France, 600.000 de plus en l’espace de cinq ans, de 2017 à 2022, avec aussi une disparité sociale en hausse : en 20 ans, « le patrimoine des 10 % des Français les moins dotés a diminué de moitié (-54 %) tandis que celui des 10 % les plus fortunés a doublé (+94 %), dopé par la hausse de l’immobilier ».

Pour la fondation, « le mal-logement a des causes politiques et appelle des solutions politiques. Il n’y aura pas de réponse au sans-abrisme des enfants possible quand le nombre de places d’hébergement stagne ou diminue, quand les locataires en impayés de loyer sont fragilisés, quand les expulsions locatives sont facilitées et quand des centaines de milliers de personnes sont maintenues dans la précarité administrative. Il n’y aura pas de solution au mal-logement tant que les bailleurs sociaux seront empêchés de construire, de réhabiliter ou même d’entretenir de nouveaux logements, en raison du prélèvement sur leurs ressources de 1,3 milliards d’euros par an instauré en 2017. Et il n’y aura pas davantage de réponse au mal-logement tant que les ressources prévues pour la rénovation énergétique des logements seront rognées pour des impératifs budgétaires ».

Le constat est amer : « depuis de nombreuses années, le logement ne constitue plus une priorité de l’action publique, trop souvent considéré uniquement comme un gisement d’économies, alors qu’il joue un rôle central dans la vie de chaque être humain ».

Le rapport se penche aussi sur la situation du handicap pour lequel on constate « toutes les facettes du mal-logement… en pire ». Accélérateur de vulnérabilité, le handicap n’est toujours pas pris en compte, 20 ans après la « grande loi de 2005 » qui avait suscité de grands espoirs en termes d’accessibilité. Difficultés d’accès au logement, épreuve quotidienne de vivre dans un logement inadapté, discrimination, isolement, aides insuffisantes, la fondation dénonce un véritable « parcours des combattants ».

Comment la situation générale pourrait-elle s’améliorer ? « Depuis 2017, huit ministres se sont succédés au logement ». Une « instabilité ministérielle » qui plombe toute volonté.

Production de logements neufs tombant sous les 260.000 logements par an, logement social qui affiche « les pires résultats depuis 20 ans », objectifs de production de PLAI1 abandonnés, ponction financière à répétition chez les bailleurs, expulsions en hausse, y compris de ménages reconnus prioritaires Dalo2, attentisme sur l’encadrement des loyers, réduction du soutien à la rénovation énergétique, baisse des aides au logement, hébergement d’urgence en détresse… les politiques publiques jettent de plus en plus de personnes à la rue.

« Chaque soir, entre 5000 et 8000 personnes dont 1000 à 3000 enfants sont refoulées par le 115 faute de places » déplore le rapport.

« Le sans-abrisme touche fortement les exilés. Seuls 60 % des demandeurs d’asile sont aujourd’hui hébergés ». Et le projet de loi de finance 2025 réduit encore de 6000 le nombre de places prévues. 700 à 800.000 personnes en situation irrégulière se trouvent en « zone de non-droit » dans le pays dit des droits de l’Homme…

Pour la fondation, « alors que la France s’enfonce dans la crise du logement et la chute de l’activité immobilière, les pouvoirs publics ont cherché des boucs émissaires plutôt que des solutions. Les coupables désignés sont les normes écologiques et les politiques de défense des mal-logés, les ménages les plus pauvres qui accumulent parfois des impayés, squattent des locaux vides pour s’y abriter faute de mieux, ou survivent dans des abris de fortune, parfois en situation irrégulière. Renoncer par facilité à ses obligations sociales et environnementales aboutirait pour l’État à les abandonner, purement et simplement ». •

  1. PLAI : Prêt locatif aidé d’intégration, qui finance des logements à destination des publics les plus en difficultés. ↩︎
  2. Dalo : Droit au logement opposable. ↩︎

L’État dans la ligne de mire

Le collectif des Associations pour le logement qui comprend une quarantaine d’organisations dont la Fondation pour le logement des défavorisés, Emmaüs, Médecins du monde, la Ligue des droits de l’Homme, les Samu sociaux, la Croix rouge, Les Morts de la rue, la Fédération des associations de solidarité ou encore le Secours catholique…, attaque l’État en justice pour non-assistance à personnes mal logées. Chaque soir, le 115 ne parvient pas à répondre à l’appel de 6000 personnes dont plus de 2000 enfants. Sans compter les sans-abris qui renoncent à appeler parce qu’ils pensent que cela ne sert à rien (70 % des sans-abris). « Lorsque les personnes sont hébergées, c’est trop souvent dans un hébergement indigne, surpeuplé ou à l’hôtel » dénonce le collectif. 100.000 ménages reconnus comme Dalo2 sont toujours en attente d’un logement social. Certains depuis plus de 10 ans. Cette action en justice s’ajoute à celle intentée en février 2024 par les communes de Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Rennes et Grenoble qui demandent à être remboursées des sommes dépensées pour pallier les carences de l’État qui ne datent pas d’aujourd’hui et qui s’aggravent. •

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