Majorité absolue des sièges : avec 70 sièges obtenus, deux de plus que la majorité requise, les nationalistes catalans ont été reconduits à la tête des institutions malgré le climat instauré par les actions répressives du gouvernement madrilène à l’encontre des dirigeants sortants de la Generalitat. Ce résultat est une gifle pour Mariano Rajoy.
Mariano Rajoy avait misé sur une forte mobilisation, ce qui est arrivé avec une participation record de 82% des voix, car il pensait qu’elle profiterait à son camp. Il n’en a rien été, et la majorité nationaliste a résisté aux coups de boutoir répressifs du gouvernement espagnol. Oriol Junqueras en prison, Carles Puigdemont en exil, ont dû mener campagne sans pouvoir aller au devant des électeurs.
La peur du néo-franquisme a pesé, et continue de peser, sur la vie politique catalane. À l’heure de leurs investitures à la tête de la Catalogne, ils sont toujours menacés d’arrestation et d’incarcération.
Le rejet de la politique madrilène par une majorité nette d’élus catalans va porter à la tête du gouvernement autonome des dirigeants que Madrid voulait voir disparaître à tout prix. Jordi Sanchez, dirigeant de l’Assemblée Nationale Populaire, comme Oriol Junqueras et Carles Puigdemont, ou Carmè Forcadell, seront élus mais ils seront empêchés d’exercer leurs mandats en raison des pressions de l’appareil judiciaire arcbouté sur l’article 155 de la Constitution qui a permis de dissoudre le précédent Exécutif. La démocratie a parlé, mais l’Espagne post-franquisite n’est plus une démocratie, tandis que l’Europe, à part une déclaration isolée d’Angela Merkel appelant Madrid à la « désescalade » en Catalogne, reste la caution muette de la répression anti-démocratique sur ce territoire.
Le gouvernement espagnol a perdu l’élection, mais il n’a pas renoncé à faire perdre la démocratie. Avec une stratégie de tension, il espère encore garder la main sur la vie politique catalane. Dans les semaines à venir, ou la «désescalade » prônée par Algela Merkel intervient, ou bien de nouvelles tensions surgiront sur fond d’une Catalogne partagée en deux blocs électoraux en plein divorce.
Les espagnolistes paradent avec un parti, Ciutadans, aux résultats flatteurs car il a « siphonné» les voix du Partido Popular sorti essoré des urnes catalanes. Mais le total anti-indépendantiste est loin derrière et la porte est fermée à un gouvernement pro-madrilène.
Le principe de réalité s’impose aussi aux vainqueurs du scrutin. Il leur faut reprendre la main sur les compétences de la Generalitat, ce qui passe obligatoirement par une « cohabitation » entre Madrid et Barcelona. Et les plus de 40% de voix apportées en soutien à l’application de l’article 155 pèseront malgré tout sur les choix politiques futurs des mouvements indépendantistes. Ils devront porter un message qui rassure la « deuxième Catalogne » et permette au « procès », le processus qui doit conduire à une indépendance pleine et entière, de trouver un second souffle.
C’est donc un long chemin qui s’annonce alors que se mettra en place le nouveau gouvernement catalan.
François Alfonsi.








