Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2893

da u 12 à u 18 di ghjugnu di u 2025

Zeru vergogna, aux éditions Agfb

Livre d’assistance à société en danger

Zeru Vergogna

le 13/06/2025

Par Fabiana Giovannini

« Et si cette mi-fiction était d’utilité publique ? Et s’il s’agissait d’un livre d’assistance à société en danger, une radiographie, une boussole, une résistance, une alerte inédite ? »

Voilà le lecteur averti au moment d’entamer ce livre-regard sur notre société. Il est signé à deux mains, Jean-François Bernardini, qu’on ne présente plus, et Laurina Marchi, une jeune auteure dont il a « perçu sa colère ». Ensemble, ils interpellent. Ce livre-interrogation-témoignage-réveil veut secouer le potentiel de révolte des lecteurs. Il se dit « librirateur », un mot à entrer dans notre quotidien à défaut pour le moment de le trouver dans nos dictionnaires.

N’allez pas croire que la lecture est ennuyeuse ou par trop moralisante… car on peut rire et sourire au long des chapitres, reconnaissant trop les (nos) situations. Avec l’humour, tout passe toujours mieux, le rire est libérateur !

Pour que les mots retrouvent leur pouvoir… dit la préface. Les mots, les attitudes. Beaucoup d’une société plus vraie, moins emprisonnée, tient à nous in fine. C’est le message de l’ouvrage qui s’organise en deux grandes parties. Une plongée dans un siècle, en 2125, imaginant la Corse de demain si rien ne changeait… avec son lot d’interventions, actions, jusque dans les associations, syndicats, démarches, opérations qui la feront, et qui révèlent le potentiel créatif, pas seulement des auteurs, mais celui peut-être d’une île et de son peuple, emprisonnée dans le narratif de propagande, d’une Corse violée terrorisée, qui vit dans le culte des préjugés et du slogan. C’est là la seconde partie, où le regard se pose sur notre société pour nous interpeller sur nos réalités.

Autre avertissement, intriguant, voire attractif, avant d’entamer la lecture… dans l’avant-propos, le lecteur est informé que : « certains contenus de cet ouvrage sont susceptibles de heurter la sensibilité des lecteurs de moins de 15 ans, et au-dessus de 15 ans. D’autres chapitres peuvent écorcher votre représentation de la Corse. Le pronostic vital de la Vérité étant engagé dans l’île »…

La Vérité, écrite avec un grand V, c’est la recherche profonde du livre à lire en s’interrogeant donc. Parfois on peut se dire, « ils exagèrent », et puis finalement à la réflexion, il nous faut bien reconnaître que dans les images, les faits, les situations évoquées, il n’y a pas vraiment de caricature.

Alors, est-ce vraiment une fiction ? Dès le premier chapitre, intitulé « Je vous écris du futur »… on est gagné par un étrange mélange (j’allais dire malaise si on est un peu plus conscient) de curiosité, de déjà vécu, et de sourire amer en coin… Deux mots, juste pour vous éclairer et vous donner envie de découvrir ce futur : Portovek et champ de l’or. Si le premier vous aurez tout de suite compris, le second vous apprendrez aussi, à moins que vous n’ayez deviné probablement. Dans un siècle, où en sera-t-on à ce rythme est-il suggéré tout dans un humour mezu mezu ? Ah ben non, on a dit que c’était une fiction…

Et on en découvre d’autres… ça-roule car-copine et autre Maison tour… et les noms propres ne sont pas les seuls, autant dire que la relecture de l’ouvrage avant impression a dû demander beaucoup de vigilance aux auteurs pour ne pas se faire corriger la grammaire et les expressions par l’ordinateur ! J’allais dire l’IA…

Ainsi le livre introspecte à sa manière. Chaque erreur d’orthographe pour l’ordinateur est en réalité une vérité à méditer. Tous les sujets y passent entre analyse caustique et toujours sourire en coin, culture, alcool, déchets, aménagement du territoire, logement, divagation animale, criminalité, terrorisme, drogue, religion, pauvreté, foot, justice, langue, pollution, racisme, mafia encore, etc. De cette màffia noustrale dit l’ouvrage. « Ils entendent par là, non pas une organisation irresponsable qui tue au hasard, mais une maffia qui n’abat que ceux qu’il faut abattre. Ici on sait tuer » peut-on lire, « on peut tuer en invoquant des saints. On peut tuer au nom du bien, sans intention de nuire à quiconque. On peut même mourir pour rien ou pour “un regard en bisbò”… » À ce regard-là… en coin, élément culturel qui sous une loupe grossissante pourrait bien nous anéantir dans un siècle… mais non, c’est une fiction ! ouf !

Autres sujets encore évoqués, âneries, bétonisation, derby, spéculation, dépossession, spoliation, agriculture, savoir-faire, santé et même le forum de RCFM !

Ce livre est l’IRM de l’ensemble de nos débats et problèmes, revisités sous le regard (futuriste ?) des auteurs… et celui d’un troisième personnage, la tante Orsula qui est la voix de la sagesse et dont on aimerait bien faire connaissance. On en sourit, parfois on en rit, même sur des sujets très sérieux et dramatiques, mais on peut aussi en pleurer… on s’y reconnaît trop.

Intrigué, le lecteur est amené à lire d’une traite, on veut savoir où ça nous mène, comprendre, dépasser le regard in bisbò, la mise en conditionnement qui fait que cette Corse subjuguée par le spectacle du droit de mépriser le droit, a emprisonné notre société, lui a appris à ne pas discerner, à ne pas mettre en question…

Le cinéma a son chapitre, l’éducation, la culture aussi. Parce que les outils qui devraient aider à la prise de conscience, parfois entretiennent le narratif en cause… Quand allons-nous sortir de cette corse voilée ? interroge l’ouvrage qui explique dissociation, amnésie, déni ont été les seules protections. Et l’on revient sur ce qui préoccupe beaucoup les auteurs, l’héritage traumatique1… avant de conclure en une phrase, « ce qui a été dit, ce qui a été nommé, on peut le surmonter ». La solution est en nous.

« Soyez vigilants, vous prenez le risque de modifier vos données de base. Vous voilà invités dans la boîte noire d’une femme corse. Cette mi-fiction exalte la lucidité » prévient encore l’ouvrage…

Grand bien nous fasse ! •

  1. À lire aussi « L’autre enquête corse », Jean-François Bernardini aux éditions l’aube. ↩︎

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