35,33 %. En tête. Nettement. Gilles Simeoni a passé dimanche le premier test de ces élections municipales à Bastia. Dans la lignée d’un mouvement, celui où son père a semé, celui où des centaines de militantes et de militants ont tenu dans les moments où tenir était déjà une forme de résistance. Ce chiffre n’est pas anodin. Il dit quelque chose. Il dit que Bastia, quand elle est convoquée à choisir, reconnaît d’instinct ceux qui ont porté son histoire avec rigueur et fidélité.
63,26 %. C’est le taux de participation. En 2020, il était de 44,4 %. Ce sursaut-là n’est pas un détail de chronique électorale. C’est le signe que quelque chose s’est réveillé. Que les Bastiaises et les Bastiais ont compris, confusément ou clairement, que ce dimanche comptait. Que cette urne — cette urne ordinaire, posée dans une salle d’école ou dans une mairie de quartier — pesait quelque chose dans la longue chaîne de ce peuple qui cherche à se gouverner lui-même.
Ce que ce premier tour dit de nous
Les élections municipales ne sont jamais secondaires. En Corse, elles sont souvent fondatrices. Elles ne désignent pas seulement des gestionnaires. Elles disent ce que nous sommes, ce que nous refusons, la direction vers laquelle nous nous tournons. Et ce premier tour dit quelque chose de précis : une majorité des Bastiais qui se sont déplacés a choisi de porter la continuité d’un projet — non pas la continuité du confort, mais celle d’une ligne politique portée depuis des décennies par des hommes et des femmes qui ont tout risqué pour que cette Corse-là soit possible.
Edmond Simeoni a ouvert un chemin. Pas seul — avec des centaines d’autres, militants discrets ou figures connues, qui ont donné leur temps, leur jeunesse, parfois leur liberté, pour qu’une idée prenne corps. Cette idée, c’est celle d’un peuple capable de se gouverner lui-même. D’une île qui ne subit pas son destin. D’une Corse qui pense, qui décide, qui construit. Gilles Simeoni en est aujourd’hui l’incarnation la plus directe : un nationalisme de responsabilité, ancré dans la réalité, exigeant de lui-même, attentif au quotidien des gens autant qu’aux horizons lointains.
Ce n’est pas de la piété filiale. C’est une cohérence. Celle d’un mouvement qui a choisi de durer en se transformant, de convaincre sans capituler, de gouverner sans se dissoudre dans la gestion ordinaire. Le vote de dimanche en est une validation partielle — provisoire, fragile, à confirmer. Mais réelle.
Les autres listes : ce qu’elles disent et ce qu’elles cachent
Julien Morganti et son attelage « Uniti ! » finissent à 25,48 %. Ce n’est pas rien. Mais il faut regarder ce que ce score représente : une coalition construite contre — contre Simeoni, contre l’idée nationaliste, contre un projet de territoire. Il n’y a pas dans cette démarche une vision de Bastia, un horizon pour la Corse. Il y a une somme d’oppositions rassemblées par la volonté de barrer la route. C’est une stratégie. Ce n’est pas un projet.
Nicolas Battini et « Populu di Bastia » — RN, Mossa Palatina, Union des Droites — obtiennent 16,65 %. C’est le score le plus préoccupant de cette soirée. Non parce qu’il constitue une surprise — la vague brune déferle partout en France, Bastia n’est pas une île dans l’île. Mais parce qu’il rappelle avec brutalité que le travail de fond n’est jamais terminé. Ce vote-là n’est pas un vote identitaire corse. C’est un vote de colère, de désorientation, parfois de désespoir, capté par des forces dont l’histoire entière s’est construite contre la Corse — contre ses langues, contre ses libertés, contre son droit à se gouverner. Un parti qui a voté contre chaque avancée, refusé chaque reconnaissance, nié jusqu’à l’existence d’un peuple corse. Ce vote doit être regardé en face, sans complaisance ni panique. Et il doit être défait dimanche prochain.
Le 22 mars : chaque bulletin est un acte historique
Le second tour arrive. La triangulaire — Simeoni, Morganti, Battini — va se jouer dans quelques jours. Et dans cet intervalle, il y a quelque chose d’essentiel à dire, simplement, sans rhétorique ni amplification artificielle : chaque bulletin mis dans l’urne dimanche prochain a une valeur historique.
Pas parce que la formule est belle. Parce que c’est vrai. Parce que Bastia n’est pas une ville comme les autres dans ce processus. Bastia est la deuxième ville de Corse, le poumon du Nationalisme, une cité dont la mairie sera demain le point d’appui ou le point de friction d’un projet politique bien plus vaste — celui de l’autonomie réelle, de la Corse qui se construit plutôt que celle qui subit. Si Gilles Simeoni gagne à Bastia le 22 mars, ce n’est pas seulement une victoire municipale. C’est une confirmation. Celle d’un ancrage populaire. Celle d’une continuité portée non pas par des appareils mais par des convictions. Celle que l’idée nationaliste, dans sa version la plus exigeante et la plus moderne, n’a pas dit son dernier mot.
L’Histoire nous regarde. Ce n’est pas une métaphore. Ce sont les épaules d’Edmond Simeoni, de tous ceux qui ont préféré la prison à la capitulation, de toutes celles qui ont milité dans l’ombre sans jamais fléchir, qui portent ce moment. Chaque Bastiais qui s’abstient dimanche prochain, chaque vote éparpillé sur une liste sans avenir, chaque bulletin résigné — c’est autant de distance prise avec cette chaîne-là. Ce n’est pas un reproche. C’est un rappel. Le rappel que la liberté n’est jamais un acquis. Qu’elle se gagne, se confirme, se défend — dans les urnes comme ailleurs.
Voter Simeoni, c’est voter pour une idée de la Corse
Voter pour « Bastia Inseme », c’est voter pour la continuité d’un projet qui a mis des décennies à se construire. C’est choisir une mairie qui pense Bastia à l’échelle de la Corse entière. C’est préférer la rigueur à la démagogie, le projet à la posture, la durée à l’éclat. C’est refuser que la ville tombe entre les mains de ceux qui n’ont rien à dire à la Corse — ni en sa faveur, ni pour son avenir.
La Corse n’a jamais avancé par résignation. Elle n’a jamais rien obtenu par lassitude. Chaque génération a porté sa part. Dimanche prochain, les Bastiais portent la leur. En conscience. En responsabilité. En sachant que ce qu’ils glissent dans l’urne ne vaut pas seulement pour leur rue, leur quartier, leur ville — mais pour l’idée qu’ils ont de ce pays et de ce qu’il peut encore devenir. Bastia a commencé à répondre dimanche. Le 22 mars, elle doit finir ce qu’elle a commencé. •








