Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2917

da u 25 di dicembre di u 2025 à u 7 di ghjennaghju di u 2026

40 ans après la plus grande catastrophe nucléaire de tous les temps

Qu’avons-nous retenu de Tchernobyl ?

le 24/04/2026

Par Fabiana Giovannini

Ce 26 avril 1986, il est 1h23 passée de quelques secondes quand le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine, présentée comme le fleuron de l’industrie nucléaire soviétique, explose après une série d’erreurs humaines. Une première explosion au plus près du réacteur, suivie d’une seconde explosion qui soulève le couvercle de la centrale de 1.400 tonnes dans les airs. Des millions de débris et de particules hautement nocives sont propulsés jusqu’à plusieurs kilomètres d’altitude. Le nuage radioactif se répand dans toute l’Europe.

Ukraine, Biélorussie, Russie sont les premières et les plus durement touchées.
Les éléments radioactifs les plus lourds : uranium, plutonium, y ont sévi portant les autorités à créer une « zone interdite » sur un rayon de 30 kms pour plusieurs siècles. Les plus légers des radioéléments, très nocifs aussi, comme l’iode 131, le césium 131, le césium 137, le strontium, etc., élevés jusqu’à 10.000 mètres d’altitude, ont voyagé et pollué l’environnement européen à court et long termes selon les radionucléides. On en retrouve encore des traces 40 ans après.
L’Europe subit en effet une météo capricieuse avec des pluies abondantes comme en Corse qui répandent ces particules sur le sol et la végétation, particulièrement les cultures, et les plantes à larges feuilles comme salades, épinards les rendant hautement radioactives. La contamination pénètre la chaîne alimentaire par les animaux qui broutent l’herbe et donnent un lait contaminé.
La population corse, grosse consommatrice de ces produits du jardin et de fromage frais ou de brocciu, est particulièrement exposée par les phénomènes d’accumulation. Elle n’a pas été protégée par les autorités qui n’ont cessé, encore aujourd’hui, à relativiser les conséquences de cette contamination.
Pire, en pourfendant les lanceurs d’alertes accusés de faire de la « dramatisation » et en incitant la population à consommer ces produits, ils ont adopté des attitudes criminelles.
Partout ailleurs en Europe, on prendra des mesures de protection des populations : éviter les sorties (surtout pour les enfants) les jours de pluie, ne pas consommer de fruits et légumes frais, de gibiers, d’herbes sauvages, etc.

Sur place, il faudra des semaines pour maîtriser l’incendie et les dangers d’une explosion encore plus cataclysmique menaçant de faire de la moitié de l’Europe une zone désertée par le péril radioactif (le corium – lave issue de la fusion du cœur – se répandant sous la centrale, il a fallu creuser un tunnel et déverser des tonnes de béton sous le réacteur pour arrêter l’écoulement dont on ne sait aujourd’hui s’il est bien définitif).
Des dizaines de milliers de pompiers, soldats, réservistes, techniciens, ingénieurs, pilotes d’hélicoptères, mineurs, nettoyeurs de toutes sortes, réquisitionnés ou volontaires, seront sacrifiés pour tenter de préserver le monde d’une catastrophe encore plus épouvantable. On les appellera les « liquidateurs »…
25.000 n’en reviendront quasiment pas les premiers mois, appelés au nettoyage à l’aide de simples pelles, ils ne sont pourtant restés exposés que quelques secondes… Puis à leur suite et jusqu’au début des années 1990, 700.000 à 900.000 liquidateurs se relaieront pour poursuivre ce travail ingrat de la mise en « sécurité » afin de tenter d’isoler le réacteur à l’air libre, d’abord sous des tonnes de béton et de sable… ensuite à travers la construction en 6 mois d’un immense sarcophage. Des milliers d’hommes travailleront d’arrache-pied encore à bâtir un second sarcophage achevé en 2016, arche gigantesque prévue pour durer 100 ans, elle a été percée par l’explosion d’un drone russe en février 2025 (lire notre article), et réclame d’importants et d’urgents travaux de réparation.

Les victimes de Tchernobyl
15 annoncées par l’Union soviétique dans les premiers jours, puis très vite une soixantaine, 5.000 dans les premiers mois. Des centaines de milliers par la suite parmi les « liquidateurs » (annonces des gouvernements ukrainien et biélorusse). Quant à la population mondiale tombée malade : 9 millions d’adultes et 2 millions d’enfants souffraient en 1995 des conséquences de la catastrophe de Tchernobyl selon le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Kofi Annan qui ajoutait alors : « la tragédie ne fait que commencer ». Mais 40 ans après, toujours pas d’enquête efficace pour un décompte international officiel du nombre de ces victimes. En Corse, l’Association française des malades de la thyroïdes (AFMT) avait déposé plus de la moitié des plaintes contre X sur les 400 qu’elle a porté en justice. Elle gérait à l’époque quelques 800 dossiers. •

C’est la Suède, le 28 avril, qui alerte l’Europe avec ses capteurs de radioactivité. À ce moment-là l’URSS tente par tous les moyens de cacher la catastrophe au monde.
En Ukraine, à Prypiat, ville la plus proche, la vie se poursuit malgré l’explosion nucléaire. L’évacuation n’est ordonnée qu’une quarantaine d’heures après l’accident. Symbole du désastre, Prypiat est aujourd’hui une ville fantôme, visitée par des touristes insensés. Comme Prypiat, des dizaines de villes et villages alentours seront évacués et rayés de la carte. Malgré l’extraordinaire sacrifice de centaines de milliers d’ukrainiens et de russes, unis dans cette funeste destinée, la catastrophe et sa gestion calamiteuse participera de l’effondrement du régime soviétique.
Mais la Russie ne sera pas seule à tenir un discours de déni.
C’est une des leçons effrayantes de Tchernobyl. La catastrophe a jeté le doute sur la confiance que l’on pouvait avoir en l’industrie nucléaire qui s’est montrée totalement incapable de gérer la catastrophe, d’informer la population en toute transparence, de la protéger.

Le nuage touche la France par le sud Est et la Corse à partir du 29 et du 30 avril. Il y séjourne plusieurs jours. Les discours officiels relativisent à l’extrême d’abord en affirmant que le nuage a été stoppé à la frontière par un anticyclone, ensuite par les discours des organismes de protection du nucléaire (SCPRI, puis IRSN)1 et par les politiques (ministres) qui les couvrent (ou qui les missionnent ?) pour rabâcher que la population ne court aucun danger. Pendant ce temps, la radioactivité pollue forêts, jardins, sols, maquis, gibiers, bétails, produits frais ou transformés. À ceux qui s’inquiètent, les autorités répètent que « le nuage est bloqué aux frontières » (bulletins météo non démentis par les autorités), que « ça ne menace personne actuellement, sauf, peut-être, dans le voisinage immédiat de l’usine, et encore » (professeur Pellerin, patron du SCPRI), que « l’ensemble des radiations pour la Corse a été équivalent pour une personne à une demie journée passée aux sports d’hiver » (Dr Sapin, directeur des services vétérinaires), que « en France, du point de vue de la santé publique, il n’y a aucun risque » (Pr Chanteur, directeur adjoint du SCPRI), « que si il y avait eu une anomalie quelconque, on nous aurait averti » (DDASS), que « la radioactivité n’est pas dangereuse puisqu’elle est soluble dans l’eau » (sous-préfet Garsi de Bastia), que « nourrissons et femmes enceintes peuvent consommer du lait sans crainte » (Michèle Barzack, ministre de la santé)…
« Il y a eu un clignotant sur la Corse qu’on n’a pas su interpréter tout de suite » avouera pourtant quelques temps plus tard le professeur Pellerin. Et c’est seulement 15 ans après, que l’IRSN (qui a pris la suite du SCPRI) concèdera qu’il y a bien eu une contamination anormale des sols, « plus élevé en Corse que dans le reste du pays »… avec notamment concernant les enfants : « Conséquences attendues : au plus un faible accroissement du nombre de cas de cancers, sans doute difficilement repérable par la voie d’enquêtes épidémiologiques ».
Le cancer d’un seul enfant, n’est-il pas un cancer de trop ? On ne s’est pas donné les moyens d’éviter ce risque et plusieurs années plus tard le constat des centaines de malades de la thyroïde sera mis au compte de l’amélioration des détections. Si c’était le cas, pourquoi alors cette amélioration médicale n’a pas révélé la même hausse de pathologies thyroïdiennes dans l’île de La Réunion, épargnée par le nuage de Tchernobyl ?

Carte extraite de l’Atlas de la contamination (Criirard et A. Paris).

En Corse, militants nationalistes et associations de défense de l’environnement en tête, la revendication d’une enquête épidémiologique pouvant établir la vérité de la contamination et d’un registre des cancers, outil de veille pour la santé de la population, durera 30 ans. Expertises, conférences de presse, manifestations, motions et interventions à l’assemblée de Corse, meubleront en gros les décennies 1990-2000. D’abord dénigré, moqué même, ce combat a duré jusqu’à l’obtention de l’enquête épidémiologique sous la présidence du Conseil exécutif de Paul Giacobbi (et Dominique Bucchini à la présidence de l’Assemblée de Corse), qui a appuyé cette revendication. La mise en place de la Commission dite Tchernobyl en 2010, présidée par l’élue communiste Josette Risterucci, a été un tournant dans la prise en charge officielle au niveau régional des conséquences de la catastrophe. Tous les groupes de la droite à la gauche en passant par les nationalistes particulièrement actifs y étaient représentés (moi-même et Jean Guy Talamoni y avons siégé sans discontinuer). Également associés à ses travaux des personnalités publiques comme le Dr Fauconnier, le journaliste indépendant Jean Charles Chatard (qui réalisa plusieurs documentaires sur le sujet appuyant la prise de conscience2, les associations de défense de l’environnement, U Levante en première ligne, l’Observatoire régional de la santé qui fut chargé en 2014 par l’assemblée de Corse de mettre en place et d’animer le registre général des cancers de la Corse.

L’enquête apporte trois démonstrations :
1/ la corrélation entre le degré d’exposition au nuage radioactif et l’augmentation des pathologies thyroïdiennes, seules pathologies indéniablement imputables à la radioactivité artificielle provoquée par le nuage de Tchernobyl, et donc étudiés dans la présente enquête.
2/ la non influence des facteurs dits de confusion (amélioration des techniques de détection notamment).
3/ l’existence d’un sur risque de pathologies thyroïdiennes pour les hommes, les femmes, les enfants (lire par ailleurs).
Malheureusement cela n’a pas suffi à l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) pour obtenir justice devant la Cour d’appel de Paris qui a prononcé de façon incompréhensible un non-lieu en 2011.
Une pensée ici pour l’AFMT et sa présidente Chantal Lhoir, venue à plusieurs reprises dans l’île pour soutenir les malades corses et les accompagner dans leur bataille judiciaire.
Une pensée aussi pour Michèle Rivasi, aujourd’hui disparue, biologiste, première présidente de la Criirad, élue députée européenne en 2009, elle a soutenu avec force le combat corse pour la vérité dès ses premières heures et a mis toutes ses compétences au service de cette longue bataille politique.

Principaux constats de l’enquête épidémiologique commandé par la Collectivité de Corse
• Hommes : +78,28 % de thyroïdites. +64,51 % de nodules bénins. +103,21 % d’hyperthyroïdies. +28,29 % de cancers.
• Femmes : +55,33 % thyroïdites. Mais également toutes sortes de pathologies thyroïdiennes.
• Enfants : +62 % de thyroïdites. +14 % de nodules bénins, y compris une incidence probable sur les leucémies aigues avec une population trop faible pour établir une statistique. •

Quelles leçons tirer de Tchernobyl 40 ans après ?
Le risque 0 n’existe pas en matière nucléaire. C’est la grande leçon de Tchernobyl. Le nucléaire nous empoisonne pour des siècles, voire des millénaires (en témoigne la gestion complexe du sarcophage de Tchernobyl, mais aussi l’extrême difficulté à se débarrasser des déchets radioactifs des centrales nucléaires). La catastrophe de Fukushima est venue en 2001 démontrer la vulnérabilité des installations nucléaires en cas de catastrophes naturelles, ou de conflits armés comme en Ukraine aujourd’hui.
La prochaine catastrophe – car il y aura une prochaine catastrophe – arrivera-t-elle en France dans son parc nucléaire ancien et situé dans des zones forcément très peuplées ? La Corse est directement exposée aux vents du couloir du Rhône où se situent de nombreuses centrales. La sortie progressive du nucléaire est une question de survie pour l’humanité.
Les organismes dédiés à la protection des populations contre les rayonnements ionisants n’ont pas rempli leur rôle en France, plus enclin à défendre son industrie nucléaire qu’à se préoccuper des conséquences sanitaires du nuage radioactif. 40 ans plus tard, rien n’est venu contrebalancer ce constat alarmant, et rien n’a donc pu renforcer la confiance en une industrie nucléaire dont la fragilité ne réside pas seulement en la faiblesse humaine, comme à Tchernobyl, mais bien en un système solidaire qui organise le mensonge et la manipulation pour perdurer au détriment de la santé des populations.
Le lobby nucléaire est très puissant.
En Corse, grâce au combat pour faire reconnaître la réalité de la contamination radioactive et ses conséquences sanitaires, l’île s’est dotée d’un outil de veille qu’est le registre général des cancers de la Corse. L’État a toujours refusé de créer cet outil pour l’île. Aussi, c’est une particularité corse. Fruit de 20 ans de combat et d’une volonté politique exprimée et réalisée par les Corses, le RG2C est le seul registre régional de France, entièrement financé par la Collectivité de Corse. Il permet de surveiller l’évolution de tous les cancers, mais cela reste un outil d’analyse après coup, et avec un recul de 2 à 3 ans nécessaires à la collecte des données. Il ne peut être un outil d’alerte immédiate, celle-ci repose sur la vigilance des institutions. Et de ce point de vue, la Corse doit se doter d’un dispositif de protection de son peuple. Ceci dit, si la Corse avait pu disposer d’un registre en 1986, la démonstration d’une corrélation entre la contamination radioactive et les pathologies cancéreuses n’auraient pas pu être remises en cause et judiciairement le combat aurait été gagné. Aujourd’hui, il est nécessaire que les élus s’emparent de cet outil qu’ils ont créé pour cela. Les rapports du RG2C ne doivent pas être archivés, ils doivent être exploités politiquement et servir à renforcer voire créer des politiques de santé publique. •

  1. – SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants) remplacé par l’OPRI (Office de protection contre les rayonnements ionisants) en 1994, puis devient l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) avec sa fusion avec l’IPSN (Institut de protection et de sûreté nucléaire) en 2002.
    – INVS (Institut de Veille Sanitaire remplacé par l’Agence nationale de santé publique, Santé Publique France en 2016).
    – Sernat : Service d’études et de recherches radio-écologiques dans les milieux naturels ↩︎
  2. « Tchernobyl, autopsie d’un nuage » en 2000, et « Corse, le mensonge radioactif » en 2006, réalisés avec le soutien de France 3 Corse. ↩︎

aue-rect
pietra-rect
mattei-rect
pm-rect

Sustenite

A voce di l'autunumia dipoi sissant'anni

Abbunatevi

Arritti ùn pò campà senza voi !

soleco
ottavi
lmaiacciu
fratelliangeli
casart

Annonces
légales

Publicate i vostri annunzi ind'è Arritti : susteniteci !

Mondu

Testimogni

le 24/04/2026

Ce numéro est un dossier spécial entièrement consacré aux 40 ans de Tchernobyl (hormis l’actualité qui commande concernant la réforme…

Tchernobyl

le 24/04/2026

Ciernobil : Chì ne serà di a Corsica ? avia scrittu Arritti l’8 di maghju di u 1986. Èramu una…

U mo parè

le 24/04/2026

26 avril 1986. Une centrale soviétique explose. Un nuage radioactif traverse l’Europe, franchit les Alpes, survole la Méditerranée et atteint…

Da leghje dinù

Baleine rorqual

Accapu di a reddazzione

le 21/05/2026

« In mare, si ghjoca una battaglia silenziosa » dice u World Wide Fund for Nature, in corsu u Fondu…

30 di maghju, 2 ore è mezu dopu meziornu - Palazzu di Ghjustizia

le 21/05/2026

p4 Manif

Umagiu

le 18/10/2025

Max

ARRITTI lance un appel

le 08/08/2025

Aleria Arritti

Recevez
notre Newsletter

Ricevite l’attualità è i cartulari di a nostra redazzione, per e-mail, una volta à a settimana.

Ricerca