Quatre ans après sa sauvage agression contre Yvan Colonna dans la prison d’Arles, Franck Elong Abé sera jugé devant une Cour d’assises spéciale pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste ». La qualification « d’association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime en relation avec une entreprise terroriste » n’a pas été retenue. Les deux magistrats instructeurs en ont décidé ainsi. Quelle étrange justice qui juge avant d’avoir jugé…
Malgré les innombrables zones d’ombre dans cette affaire, malgré l’incroyable facilité avec laquelle l’assassin a opéré, malgré le soi-disant mobile de blasphème contre Dieu qui d’évidence ne tient pas, ni par la personnalité d’Yvan, ni par l’évidente préméditation retenue par les magistrats, et malgré les accusations d’Elong Abé lui-même dans un courrier au juge à propos d’une intervention des services de renseignements français de la DGSI… les magistrats instructeurs estiment qu’il a agi seul, sans être influencé par une « tierce personne préalablement aux faits »… Comment peut-on à ce point supprimer toute investigation ?
Peut-on croire au simple concours de circonstances face à toutes les interrogations sans réponse ?
Pourquoi cet homme qui se proclame « héros de l’islam » a-t-il bénéficié de conditions de détention totalement défaillantes, alors que tous les voyants de la prudence étaient au rouge ? Qualifié de « haut du spectre » du terrorisme et de la dangerosité, plusieurs fois agresseurs dans les prisons où il est passé, mais également dans la prison d’Arles, violent, « provocateur », « contestataire », « complotiste », « taré » disent ses gardiens…
Pourquoi n’était-il pas suivi en conséquence, notamment en l’orientant en QER (quartier d’évaluation de la radicalisation) comme c’est la règle et comme l’ont demandé à trois reprises les professionnels de la commission pluridisciplinaire unique ?
Pourquoi les observations d’un gardien sur les menaces portées la veille par Elong Abé ont été effacées du dossier ?
Comment a-t-il pu par ailleurs le jour de l’agression se retrouver seul en présence d’Yvan Colonna, durant dix longues minutes où il a pu agir en toute liberté, alors que la salle de sport ne doit pas être nettoyée lorsqu’elle est occupée, et alors que les détenus dit « particulièrement signalés » (DPS) sont soumis à de fortes mesures de contrôle et de surveillance ? Ils ne doivent notamment pas se croiser hors la présence de gardiens.
Pourquoi le gardien affecté à ce secteur n’était pas présent au moins dans le couloir ?
Comment se contenter qu’il ait expliqué ne pas se souvenir où il était ?
Pourquoi les caméras de surveillance étaient-elle en panne précisément ce jour-là ? Et pourquoi aucun surveillant n’était devant les écrans au moment de l’agression ?
Pourquoi la direction de l’établissement a menti à la commission d’enquête parlementaire sur les conditions de détention et le déroulement des faits ?
Les avocats de la famille d’Yvan, Maître Anna Maria Sollacaro et Maître Dominique Paolini, dénoncent « l’approche minimaliste, une ignorance totale des zones d’ombre pourtant bien réelles, un document dont l’épaisseur témoigne de l’absence de volonté d’aller plus loin dans les investigations ». Force est de constater « une différence affligeante pour ne pas dire suspecte et révélatrice entre les constatations d’une enquête parlementaire très fouillée et documentée d’une part, et d’autre part, l’instruction telle que menée pourtant par une juridiction spécialisée ».
Tenterait-on de verrouiller le procès à venir ?
Pour notre part nous ne cesserons jamais de poser toutes ces questions. Pè a ghjustizia è pè a verità. •








