Le 2 mars 2022, Yvan Colonna, détenu particulièrement signalé (DPS), était mortellement agressé au sein du centre pénitentiaire d’Arles par son codétenu Franck Elong Abé. Quatre ans après les faits, l’instruction judiciaire menée par le Parquet national antiterroriste (PNAT) est désormais close. Le réquisitoire définitif a été rendu. La famille de la victime demeure dans l’attente de l’ouverture du procès.
Une instruction lacunaire. Si le réquisitoire définitif ouvre la voie au renvoi de Franck Elong Abé devant une Cour d’assises spécialement composée, les parties civiles tiennent à souligner que l’instruction judiciaire a été conduite de manière incomplète, et ce, sur plusieurs points essentiels à la manifestation de la vérité.
Sur la demande de non-lieu concernant l’association de malfaiteurs, les parties civiles entendent dénoncer avec la plus grande fermeté la position adoptée par le PNAT dans son réquisitoire définitif. En effet, le Parquet a requis un non-lieu s’agissant du chef d’association de malfaiteurs, c’est-à-dire qu’il a écarté toute hypothèse de complicité ou de concertation préalable dans la commission des faits. Or, aux yeux des parties civiles et de leurs conseils, cette décision est en elle-même révélatrice des carences profondes qui ont entaché l’instruction. Comment, en effet, conclure à l’absence de toute entente criminelle lorsque les investigations nécessaires à l’établissement de cette vérité n’ont précisément pas été menées ? Le non-lieu requis sur ce chef n’est pas le fruit d’une enquête exhaustive ayant permis d’écarter cette piste : il est la conséquence directe d’une instruction qui ne s’est pas donné les moyens de l’explorer.
Sur les circonstances de l’agression, de graves interrogations demeurent sans réponse :
Absence de surveillance : aucun agent pénitentiaire n’était présent dans la salle de sport au moment de l’agression mortelle. Aucune explication satisfaisante n’a été apportée à ce jour sur ce manquement caractérisé.
Défaillance du dispositif de vidéosurveillance : les caméras de surveillance étaient en maintenance au moment précis des faits. Cette coïncidence n’a pas fait l’objet d’investigations suffisantes.
Classement sans suite : le Parquet de Tarascon a classé sans suite l’enquête visant l’administration pénitentiaire, en dépit de défaillances graves et documentées dans l’évaluation de la dangerosité de l’agresseur.
Sur le rôle potentiel des services de renseignement, une question fondamentale reste posée : le 14 février 2024, Franck Elong Abé adressait un courrier dans lequel il mettait expressément en cause le rôle de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et de l’État dans la commission des faits. Il y affirmait avoir été victime de manipulation et avoir agi en contrepartie de la promesse d’une somme d’argent. Or, à ce jour, aucun représentant des services de renseignement n’a été entendu dans le cadre de l’instruction. Le réquisitoire définitif écarte leur responsabilité sans que cette piste ait été sérieusement explorée.
Sur les conditions de détention d’Yvan Colonna et les circonstances ayant conduit à son maintien à la prison d’Arles, en dépit des demandes réitérées de rapprochement géographique formulées par lui-même et sa famille, les investigations sont apparues insuffisantes. Les personnes impliquées dans les décisions relatives à ce non-rapprochement n’ont pas toutes été entendues.
Les engagements des parties civiles. Malgré ces carences, les parties civiles et leurs conseils entendent se saisir pleinement de la phase de jugement pour pallier les insuffisances de l’information judiciaire.
Ils feront usage de l’ensemble des prérogatives procédurales à leur disposition, et n’excluent pas de solliciter la citation de tout individu susceptible de contribuer à l’établissement de la vérité, y compris des représentants des services de l’État.
Les parties civiles souhaitent, par ailleurs, souligner que la juridiction antiterroriste — celle-là même qui avait condamné Yvan Colonna à la réclusion criminelle à perpétuité — apparaît peu encline à identifier les commanditaires d’un assassinat qui, selon elles, a été orchestré en dehors des murs de la prison d’Arles.
Conclusion. La famille d’Yvan Colonna place ses espoirs dans la tenue du procès. Elle attend que celui-ci apporte enfin des réponses claires sur les conditions dans lesquelles un détenu particulièrement signalé a pu être assassiné au sein d’un établissement pénitentiaire de haute sécurité, et sur l’identité de ceux qui ont pu ordonner ou faciliter cet acte.
La vérité sera recherchée jusqu’au bout. » •
Les conseils de la sœur et du frère d’Yvan Colonna.








