Le parquet de Tarascon a classé sans suite une enquête préliminaire ouverte en 2023 après le signalement des deux ex-députés corses Jean-Félix Acquaviva et Laurent Marcangeli de possibles dysfonctionnements de l’administration pénitentaire. Les élus mettaient en cause l’administration pénitentiaire dans la mort au centre pénitentiaire d’Arles d’Yvan Colonna. Cette décision intervient dans un contexte d’instabilité fort pour notre société. Loin d’apaiser les tensions, c’est un nouveau coup qui ravive la blessure de 2022 pour la société Corse.
En mars 2022, Yvan Colonna, incarcéré à la prison d’Arles, était mortellement agressé par Franck Elong Abé, autre détenu et fiché S. Il restera 19 jours dans le coma avant de succomber à ses blessures. Depuis, les circonstances de l’agression demeurent floues, et la recherche de vérité, notamment pour la famille Colonna, connaît de plus en plus d’obstacles. En 2023, à la demande de Jean-Félix Acquaviva et Laurent Marcangeli, à ce moment-là respectivement députés Liot et Horizons, ont mené l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire pour éclaircir les circonstances de la mort de Colonna. La réponse donnée par le parquet de Tarascon, tombée il y a quelques jours, est malheureusement sans surprise : un classement sans suite du dossier.
« J’ai classé sans suite le dossier début octobre, estimant que les éléments sur lesquels s’appuyait la saisine faite sur les éventuels dysfonctionnements n’étaient pas établis », a déclaré le procureur de la République de Tarascon, Laurent Gumbau, à l’Agence France-Presse (AFP), après avoir mené une enquête approfondie. L’une des questions à laquelle devait répondre cette enquête est l’effacement supposé de données sur le logiciel Genesis, le logiciel de l’administration pénitentiaire. En effet, selon J.-F. Acquaviva et L. Marcangeli, les dires d’une surveillante de la maison d’arrêt d’Arles rapportant dans le logiciel des faits importants avaient été recueillis dans le cadre de la commission d’enquête, notamment concernant un « changement d’attitude » d’Elong Abé avant son passage à l’acte. Selon cette agent pénitentiaire, il aurait prononcé des menaces de mort sur Yvan Colonna. Ces effacements ou malversations des données n’ont pas pu être prouvés, ni aucune autre infraction de l’administration pénitentiaire.
Mouvements lycéens et réactions politiques
La Corse est dans une instabilité politique et sociétale forte depuis maintenant plusieurs années. La mort d’Yvan Colonna a mis le feu aux poudres il y a maintenant trois ans, entraînant plusieurs jours d’actions de la part de la jeunesse Corse et l’une des plus importantes manifestations de notre Histoire contemporaine.
Cette actualité a, de manière tout à fait prévisible, ravivé l’indignation dans notre société déjà en proie à une suite d’évènements stimulant les tensions (affaire de la croix de Quasquara, déchirement autour des futures élections municipales…). Les réactions politiques ont été quasi-immédiates : « a decisioni vargugnosa » écrit Femu a Corsica dans un communiqué, « la raison d’État s’impose, une nouvelle fois » pour Core in Fronte, le Conseil exécutif de Corse rappelle « que l’exigence de justice et de vérité dans le dossier de l’assassinat d’Yvan Colonna fait partie des engagements auxquels l’État a souscrit, […] cet engagement doit être respecté ». Pour Jean-Félix Acquaviva, « sur la forme et les délais, deux ans et trois mois pour rédiger une lettre de classement sans suite dont le contenu est flou et nettement insuffisant quant aux justifications avancées, c’est donner le sentiment que l’on ne veut pas enquêter comme il se doit, que l’on cherche à enterrer l’affaire. »
L’annonce de cette décision a provoqué des mouvements de manifestations et d’indignations compréhensibles dès jeudi 16 octobre. À Aiacciu, des affrontements entre les jeunes manifestants et la police ont eu lieu après le rassemblement de vendredi 17 octobre au matin, pourtant commencé dans le calme, donnant lieu à une interpellation.
Classement sans suite, suite et fin ?
L’affaire n’est cependant pas terminée. Si le parquet de Tarascon a classé ce dossier, la famille et les avocats d’Yvan Colonna ont sollicité des investigations complémentaires. Il est demandé aux parlementaires à l’origine de la saisine, en l’occurrence L. Marcangeli et J.-F. Acquaviva, de déposer une plainte avec constitution de partie civile devant un juge d’instruction, pour « que les faits puissent être examinés en toute indépendance et transparence » [communiqué de Maître Paolini et Maître Sollacaro, avocats de la famille Colonna]. La commission d’enquête parlementaire ne concernait que certains dysfonctionnements, d’autres supposition de dysfonctionnement sont encore à explorer : la vidéo-surveillance, le parcours du meurtrier, les renseignements… La vérité autour de la mort d’Yvan Colonna devra encore faire un chemin tortueux avant de se révéler et de donner des réponses légitimes à sa famille ainsi qu’à l’ensemble de notre société. •








