Depuis février et le début de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, dont la conséquence est la fermeture du détroit d’Ormuz et ses conséquences économiques en cascade, la crise mondiale s’est installée et elle s’amplifie au fil des semaines. La Corse ne pourra certainement pas en sortir indemne.
L’effet principal de cette crise concerne le coût des carburants, ce qui pèse sur les activités locales, et sur les coûts des transports dont la Corse est tributaire plus que toute autre région en raison de son
insularité.
Au plan local, la réalité des reliefs et des distances de la géographie de la Corse en fait un territoire où l’impact est maximum. Et l’effet destructeur des coûts du carburant sur le pouvoir d’achat sera encore beaucoup plus sensible pour ceux qui vivent dans l’intérieur.
L’effet est insidieux, mais chaque ménage est face à l’impact de l’augmentation considérable du prix de chaque plein de sa voiture qui, au rythme de plusieurs pleins chaque mois, le prive mécaniquement de 100 euros en fin de mois, voire davantage. Cet argent, exporté aussitôt hors de l’île, manque ensuite ici pour payer les dépenses de logement, de nourriture ou de loisirs. L’économie locale, qui est en premier lieu le fait des résidents, va se contracter d’autant.
L’effet sera très grand chez les plus vulnérables, ceux qui vivent avec un SMIC qui plafonne à 1.450 euros nets, et pour ceux qui sont encore beaucoup moins bien lotis, ces 18 % d’insulaires qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Pour eux ce sera beaucoup de pouvoir d’achat en moins pour tous les mois à venir. La crise sociale qui s’annonce va être sévère.
L’impact de ce nouveau choc pétrolier touche par ailleurs de plein fouet des secteurs économiques stratégiques importants pour la Corse, particulièrement les transports et le tourisme. Chaque Corse dépense plus qu’un européen moyen pour ses transports. C’est le lot de tous les peuples insulaires, et, face à cette crise, les Corses seront dans l’obligation de restreindre leurs déplacements. Et donc d’impacter l’activité des compagnies maritimes et aériennes qui en vivent.
L’autre impact concernera inévitablement l’activité touristique qui génère un bon tiers de l’économie corse. La saison ne fait que commencer, mais il y a tout lieu de s’inquiéter. Déjà, le coût excessif des transports a de
tout temps été un leitmotiv des récriminations des professionnels du tourisme. La saison 2026 s’apprête à battre des records à cet égard.
Le premier effet est la limitation de l’offre, puisque certaines lignes aériennes ont été arrêtées. Le deuxième effet est celui des prix des billets qui seront à la hausse sous l’effet des prix des carburants, et le risque est réel que cela entraîne un recul de la fréquentation. Et enfin ceux qui viendront le feront avec un pouvoir d’achat amputé des différents surcoûts payés pour leurs voyages et leurs déplacements sur place.
L’heure des bilans viendra cet automne, et les récentes saisons nous ont habitués à
une fréquentation plus tardive chaque année. Mais les premiers indicateurs n’ont rien de rassurant.
La Corse doit donc se préparer à une situation économique difficile désormais. Le conflit du Moyen Orient pourra-t-il se résoudre rapidement, et les causes de la crise qui s’annonce disparaître alors ? Il ne semble pas que l’on en prenne le chemin. Et s’il perdure,
les conséquences iront en s’aggravant au fil des mois.
Que peut-on faire ? Pas grand-chose à part subir. À tout le moins, il faudrait consolider les moyens existants de solidarité face à cette récession économique prévisible, particulièrement pour les publics les plus vulnérables susceptibles d’être affectés par des situations de rupture en termes de logement, d’endettement ou d’emploi.
Il faut en effet s’attendre à une aggravation sensible de la situation sociale, et se préparer à y faire face. •








