La dernière présentation, dans Arritti en janvier dernier* de l’ouvrage Énergie et Prospérité, un éléphant dans le salon, exemple de la Corse, a fait ressortir le besoin de solutions opérationnelles rapides. L’auteur, Georges Guironnet, présentait son ouvrage le 3 mai à Isula Rossa. Après la présentation d’une quinzaine de slides, le débat qui a suivi, s’est orienté vers comment et quoi faire à notre échelle, ici ?
Le public ressent bien intuitivement, que la guerre en Iran, déjà majeure par ses conséquences énergétiques immédiates, va produire des remises en cause incalculables sur la durée. Le plan d’électrification de la France annoncé le 23 avril dernier le démontre : il faut accélérer l’autonomie énergétique de la France. Même si les motivations du gouvernement sont bien antérieures car motivées par la volonté de relance du nucléaire, l’annonce de ce plan tombe à pic, si l’on peut dire.
Mais quelles sont les conséquences pour la Corse déjà en phase de croissance de la consommation d’électricité, contrairement au continent en baisse importante ?
La Corse dans le noir à court terme ?
Dès cet été, ponctuellement, il y aura des absences d’électricité explique Georges Guironnet. Plus fréquemment encore et plus souvent les étés suivants. C’est une certitude pour plusieurs raisons indiscutables : augmentation de la population (plus 4.000 résidents), nouveaux usages, décarbonation de la mobilité (les ventes de voitures électriques ont dépassé les ventes de voitures thermiques), climatisation généralisée à cause de l’élévation de la température, explosion du numérique et surtout sortie du gaz qui additionne 15.000 foyers au réseau électrique déjà en grande tension.
« Ces constats objectifs amènent à un doublement des besoins d’électricité dans les 10 années à venir. Les conséquences en cascades seront dramatiques si nous ne réagissons pas dès aujourd’hui.»
Pour l’Europe, accélérer l’électrification est la seule solution pour accroître l’autonomie énergétique, et ainsi maîtriser ses coûts et ses approvisionnements. Et la Corse est encore plus concernée, avec une dépendance quasi-totale aux énergies fossiles importées, pour les carburants comme pour l’électricité.
Selon Georges Guironnet, le système électrique corse a déjà atteint ses limites : même avec d’éventuels (et indispensables) plans d’investissements majeurs, cela ne suffira pas. Des soutiens structurels sont indispensables, notamment l’hydrogène qui permet :
de transporter de l’énergie hors réseau électrique comme avec les carburants actuels, mais avec une production locale propre – « carburant » qui pourra alors servir pour la mobilité et les centrales thermiques,
et de soutenir ce même réseau par la flexibilité de ses installations et la possibilité de réinjecter de l’électricité directement.
« Le bonheur, c’est qu’en Corse, cet hydrogène sera aussi plus économique que les carburants actuels et que l’électricité des nouveaux moyens de production, particulièrement pendant les pics de consommation. Le bonheur, c’est aussi que la Corse a déjà l’autonomie juridique de décision dans l’énergie et les transports. »

Dans son essai Energie et Prospérité, un éléphant dans le salon, Georges Guironnet, après une description du passé et du présent, présente une vision positive de l’avenir de l’île, en route vers son autonomie énergétique. Il prône la maîtrise de cet élément fondamental à toute société, l’énergie, également source d’une nouvelle richesse mieux partagée.
Désormais, cofondateur et président de l’association AcquaSole pour la promotion des ressources naturelles de l’île, à commencer par l’eau et le soleil, associé à Toni Casalonga, il milite à travers la Corse pour la prise de conscience populaire et une action urgente de l’Exécutif de Corse. « Le monde n’attend pas la Corse. Nous devons agir par nous-même. Nous en avons les moyens ! »
Dans ce cadre, deux projets structurels existent dans l’île, totalement complémentaires : AlcHYmiste de Corsica Sole et HyCOR de HyFiT.
Les Corses au cœur d’un projet balanin pour une Corse plus résiliente
HyCOR peut être déployé immédiatement. Il propose tout d’abord à travers le sous-projet BalanHYna une infrastructure hydrogène basée en Balagne pour alimenter en priorité les trains, tout en les utilisant pour distribuer cet hydrogène à travers l’île tout le long de la voie ferrée. L’énergie nécessaire à la production de l’hydrogène est produite à partir de solaire flottant sur le lac
E Cotule en Balagne. Cette installation permet de réduire drastiquement l’évaporation (gain équivalent à une réhausse d’un mètre) et de supprimer les cyanobactéries, réponse aux deux problèmes majeurs de cette retenue, au grand bénéfice des agriculteurs de la plaine.
AlcHYmiste est « un projet ambitieux qui vise à remplacer les combustibles fossiles par de l’hydrogène vert produit localement à partir du soleil, du vent et de l’eau. Cette technologie permettra de convertir les centrales thermiques existantes pour qu’elles fonctionnent à l’hydrogène, supprimant ainsi la nécessité d’importer du carburant et réduisant considérablement les émissions de CO2 » explique de son côté sur son site le porteur du projet Corsica Sole.

Train corse : 130 ans d’histoire – l’avenir se joue maintenant !
En parallèle du projet HyCOR, les trains seront modernisés et rétrofités pour fonctionner à hydrogène. La Sardaigne va bientôt recevoir ses neuf premiers trains hydrogène. En Corse, la flotte sera élargie de 15 à 22 trains, avec un confort amélioré (vibrations et silence), du wifi à bord, un meilleur accueil PMR et un local à vélos. De nouveaux services seront proposés : une fréquence du péri-urbain réduite à 15 minutes, un express Aiacciu-Bastia en 2h30 trois fois par jour, la relance du fret et le lancement d’une activité patrimoine avec la remise en circulation de trains historiques.
Ce projet durable contribue à une triple autonomie :
Énergétique avec un carburant local, propre et économique ; et un fort soutien au système électrique.
Technologique avec 200 emplois directs, qualifiés ; et le développement de deux filières d’avenir mobilité et énergie.
Et financière avec des contributions financières majeures pour la Collectivité, directes (foncier) et indirectes (fiscalité) ; un développement des activités ferroviaires, notamment de fret commercial ; des économies très significatives, notamment en centaines de millions sur les investissements pour le réseau électrique, et d’environ 60M€ sur le mécanisme national de compensation.
À suivre avec attention, pour construire ensemble l’avenir de la Corse ! •
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