Plusieurs fois annoncé, enfin conclu : l’accord pour mettre fin au conflit engagé il y a un peu plus de trois mois par les USA et Israël contre l’Iran a été trouvé. Des destructions massives et des milliers de morts iraniens ont jalonné ces semaines de bombardements au coût politique et économique exorbitant. Avec une leçon bien prévisible : la force pure ne peut vaincre, il faut toujours en passer par des compromis et des solutions politiques.
L’Iran a gagné de ne pas avoir perdu ; les USA ont gagné en prouvant d’évidence qu’aucune autre puissance ne pouvait déployer autant de moyens militaires. Mais, au plan
des résultats concrets, sur le terrain du Moyen Orient, il n’y aura que des
perdants.
Beaucoup de perdants sont en Iran, au-delà des multiples victimes civiles : ce sont notamment les acteurs de la contestation démocratique qui avaient fait vaciller le régime dictatorial des Gardiens de la Révolution l’hiver dernier. Le pouvoir iranien sort de cet épisode renforcé, car la guerre déclarée par l’ennemi américain et sioniste a resserré l’opinion publique autour de ses dirigeants, et relégué pour longtemps les aspirations à la liberté du peuple
iranien.
Les autres pays du Golfe persique sont aussi largement perdants. Les dégâts matériels des ripostes iraniennes aux bombardements israéliens et américains sont lourds, et les victimes autres qu’iraniennes sont parmi eux. Quant à leurs modèles économiques destinés à sortir de la dépendance pétrolière, ils en ont été totalement déstabilisés. Le tourisme s’y implantait progressivement ; il sera durablement affecté. Le trafic mondial aérien avait choisi leurs compagnies et leurs aéroports pour structurer les hubs nécessaires aux transports internationaux vers la Chine et l’extrême Orient en général. Les dégâts enregistrés sur les plates-formes portuaires et aéroportuaires, et les incertitudes qui pèseront encore longtemps quant à la reprise possible de cette guerre, vont obligatoirement compromettre cette orientation.
Quant au reste du monde, sevré de pétrole et de gaz bon marché durant tous ces derniers mois, il n’a pu que subir les conséquences de l’aventurisme américain et israélien qui, en déclenchant cette guerre, imaginaient que leur victoire ne serait qu’une formalité. Ils se sont heurtés à une guerre non conventionnelle, multipliant l’usage des drones pour contrer les missiles XXL envoyés par les armadas US et israéliennes, et aussi les petites embarcations rapides déployées par milliers pour donner le tournis à la flotte américaine et ses impressionnants moyens. Au large, au milieu des océans, cela n’aurait eu aucune conséquence sérieuse. Dans l’espace confiné du Détroit d’Ormuz, cela a suffi pour rendre les tentatives américaines d’y assurer la sécurité de navigation totalement inopérantes.

Tout s’est donc joué dans le détroit d’Ormuz, véritable goulot d’étranglement pour le trafic des pétroliers et des navires gaziers vers le reste du monde. Au fil du temps, son blocus a vidé les stocks stratégiques mondiaux et provoqué des conséquences économiques qui allaient crescendo. Comme il était impossible de le débloquer par la force, il a bien fallu se résoudre à le faire par la négociation.
De cette négociation, étendue au conflit en cours au Liban, Israël ne voulait pas, et il a tout fait pour en ralentir et en compromettre l’issue. Mais la position iranienne dans le compromis était suffisamment forte pour inclure son allié du Hezbollah dans le deal, et contrarier durablement les va-t’en guerre du gouvernement de Benyamin Netanyahu.
Quant aux autres contentieux mis en avant pour justifier la guerre, notamment l’accès de l’Iran à l’arme atomique, ils sont renvoyés à des « négociations ultérieures ». Autant dire que rien n’est réglé malgré cette guerre qui a été menée à grands frais.
Donald Trump se trouve ainsi face à la réalité de son bilan : beaucoup de bruit et de fureur, mais aucun résultat positif et concret. Ormuz est à nouveau ouvert, mais il l’était déjà avant la guerre. L’Iran a gardé son pouvoir de nuisance, et l’espoir d’une alternative démocratique y a reculé. Profitant de cette guerre, le régime des faucons en Israël s’est déchaîné comme jamais, multipliant les bombardements à Gaza et au Liban, les colonies illégales en Cisjordanie palestinienne, et les provocations contre l’opinion mondiale. La Paix en Palestine n’a jamais paru aussi éloignée.
Sous Donald Trump, la « pax americana » est un fiasco complet. •








